DIRE STRAITS « Alchemy »

Dire StraitsVoici 42 ans dans BEST GBD pouvait toucher du doigt le futur du rock-biz avec ce premier double LP & CD live de Dire Straits. Porté par  toute cette modernité et le tsunami « Money For Nothing », il incarne aussi tout ce qui poussera Mark Knopfler quelques années plus tard à réduire drastiquement la voilure, rétropédalant de la démesure des grands stades aux petites salles et aux albums volontairement bien plus intimistes. C’est bien là toute l’alchimie de cet « Alchemy » !

Dire StraitsDrôle de chronique. Peut-être avais-je pris un MDA ou autre substance hallucinogène pour pondre un texte pareil. Pourtant plus de quarante ans plus tard mon trip de science-fiction version apocalypse entre « The Stand » et « Le survivant » parait, par bien des aspects, incroyablement contemporain. D’abord il y a cette référence à la vidéo en 1984, aux routes désertées par des autos sans essence. Mais aussi ce disque incarne un moment précis dans l’histoire de la musique : l’arrivée du compact-disc à un moment où l’on ignorait que celui-ci allait supplanter nos bons vieux vinyles… avant de voir les CD à nouveau écrabouillés par le retour du fils des 33 tours. Quant au live lui-même, dix titres en quatre faces, pour des versions carrément extended des tubes de la bande à Knopfler et deux titres obscurs annonciateurs du ras le bol du guitar hero qui rêve de quitter la lumière de Dire Straits ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Dire+Straits )  pour retrouver un peu d’ombre et une modestie qui lui side particulièrement. Je n’ai jamais oublié que lors de notre première rencontre je l’avais chambré en lui disant qu’il pouvait au moins se payer des chiottes en or avec tous les disques qu’il vendait. Ce qui l’avait bien fait marrer, tant il est à des années-lumière de la frime et de ce qui n’appelai pas encore le bling bling.

 

 

Publié dans le numéro 189 de BEST

 

 

Dire StraitsÇa s’est passé à quelques kilomètres de la maison. Le ciel s’est soudain enflammé. Je n’ai rien vu, j’étais occupé à regarder la vidéo, mais les autres m’ont raconté. Depuis ce jour, la neige est grise et elle tombe sur la ville sans se soucier du printemps. Il parait qu’un peu plus loin le soleil sait encore crever les nuages. Il faut partir et tout abandonner. Les routes sont inutilisables. A quoi serviraient-elles lorsque les autos n’ont plus une goutte de carburant à se mettre dans le moteur. Pas question d’embarquer ma collection de badges et la réédition des œuvres complètes de Duran et Duran. Et ce nouvel album en public de Dire Straits ? je ne l’ai pas encore écouté. Tous les voisins sont dead, par conséquent je peux mettre la stéréo à fond la caisse et en avant pour ce double « Alchemy ». olie pochette, une toile d’un dénommé Brett Whiteley qui date de 74, adaptée pour l’occasion. Une petite note — elles sont d’ailleurs extrêmement rares — nous prévient que les deux galettes ont été enregistrées au même concert et mixées sans re-re ni trucages. On remarque au passage que pour ne froisser personne Dire Straits ne révèle pas le nom de la ville ou ledit concert a été capturé. Pratique, ça permet toujours de rêver : « Hé, ce cri au milieu de « Telegraph Road », c’est quand tu m’as écrasé le pied », si vous voyez ce que je veux dire. Si on se livre à un petit boulot de synthèse sur la discographie du gang Knopfler, on réalise que le meilleur des quatre albums est le numéro trois c’est a dire «  Making Movies » . Dire Straits semble du même avis puisque quatre titres en sont repris live, alors que tous les autres ne sont représentés que par un seul.« Once Upon a Time in the West » ouvre ‘« Alchemy » et ça n’est pas une surprise. Par contre, I’intro-mélo-trompeuse-ça-n’est-pas-ce-que-vous-croyez-et-ben-si, n’était pas indispensable à ce western « fish and chips »- les spaghettis anglais- mais néanmoins superbe. Mark Knopfler s’en donne à cœur joie, les cinq minutes de la version studio s’effilochent en treize et quelques poussières. Certes sa guitare frappe de taille et d’estoc, l’homme est orfèvre en la matière, mais il est si doué en une prise que derrière une vitre ou sur une scène, cela ne fait pas une grande différence. Clap clap et re-clap jusqu’aux riff(vage)s d’« Expresso Love » plus café américain que quart de tasse bien serré. Lorsque « Private Investigations » attaque doucement, une seule question étreint mon vortex : « Alchemy » s’en ira t’il sur la piste du grand cimetière des vinyles rejoindre le triple « Yessongs » ou le  « Wings Over America»? Au contraire suivra t’il les grands élus  du Live comme « Get Yer’Ya Ya「s Out » ou le « Live in London » des Beach Boys ? Dur de trancher. Knopfler ne se défonce pas comme un Springsteen dés qu’il se retrouve sur des planches. Plus réservé, voire introverti, le Mark se départie rarement de son flegme britiche. Enregistrés en un seul concert, les titres enchainés n’offrent cependant pas la cohésion d’un gig. Et les images peuvent manquer, notre homme n’est pas un agité. J’imagine mal le guitariste de Dire Straits se plonger dans le goudron avant de s’enduire de plumes en chantant « Sultans of Swing » a capella. Pourtant il existe une version vidéo et un compact disc d’ « Alchemy » publiés en même temps que le disque audio. On n’arrête  décidément pas le progrès, mais pour le goudron et les plumes c’est un peu raté. Et les surprises, les boni, les inédits de derrière la sono ? Certes il y a ce boogie en diable qu’on ne retrouve sur aucun album de  « Dire Straits », « Two Young Lovers ». Rusé Knopfler, le titre figurait en face B du maxi 45 tours « Twistin’ by the Pool » . De même « Local Hero » appartient à la bande originale du film du même titre. Les voisins macchabés ne se sont pas réveillés, moi j’ai fini mon  « Alchemy » . Dehors la neige grise ne s’est toujours pas arrêtée. Il est grand temps de filer vers un autrement un peu moins sinistre. Lorsqu’on possède déjà toute la discographie de Dire Straits en Compact Disc au fond du sac, que faire d’un Live de plus ? Dans la carcasse à demi éventrée de mon immeuble, sur une table face aux verrières défoncées j’ai égaré mon « Alchemy ». A cette heure, les flocons l’auront sans doute déjà enseveli.

 

Publié dans le numéro 189 de BEST daté d’avril 1984BEST 189

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