TEX & MEX STARS Épisode 4
Voici 42 ans dans BEST GBD jouait les Tintin en Amérique en débarquant à Austin sur les traces de Joe King Carrasco, le nouveau roi de cet État à l’étoile solitaire, qui n’allait pas manquer de propulser le tex-mex aux confins intergalactiques des plus riches horizons soniques. La preuve par l’immense Billy Gibbons rencontré à Houston qui évoque ZZ Top, bien sûr, mais aussi le légendaire Freddie King qui lui tout appris et les nouvelles pousses comme Stevie Ray Vaughan, sans oublier Moon Martin, le héros du rock de Lone Wolf. Épisode 4 : Welcome to Texas !
Les ravages de l’âge sans doute ? J’avais carrément zappé ce second épisode de mon reportage au Texas pour BEST où j’interviewais à nouveau à la fois le ZZ Top Billy Gibbons ( Voir sur Gonzomusic DUSTY HILL ET ZZ TOP THE BEST INTERVIEW ) mais également le regretté Moon Martin ( Voir sur Gonzomusic Bad News Moon Martin est mort et aussi MOON MARTIN « Mystery Ticket » ) Puissant flash-back de l’État à l’étoile solitaire pilier majeur du rock and roll.
Publié dans le numéro 187 de BEST sous le titre :
LA TERRE DES ÉTOILES
« De Buddy Holly à ZZ Top, il faudrait plus de deux épisodes pour évoquer toutes les stars qu’enfanta le rock texan. Gérard Bar-David en tous cas en glane encore une belle poignée. » Christian LEBRUN
RECETTE
Le rock Texan n’est pas, heureusement, obnubilé par son passé ; la preuve, nos ZZ Top ont des monceaux d’amis musicos mucho locos, des gens comme Stevie Ray Vaughan ( Voir sur Gonzomusic STEVIE RAY VAUGHAN AND DOUBLE TROUBLE « Texas Flood » et aussi LE FLOT TEXAN DE STEVIE RAY VAUGHAN ) par exemple :
« Je connais Stevie depuis qu’il est tout môme », reprend Dusty Hill, « son blues n’est visiblement pas neuf, mais ce qui importe c’est I’énergie qu’il canalise ; crois-moi ça c’est vraiment irrésistible. Avec son groupe, Double Trouble, il a su insuffler la nouveauté à un style vieux comme le monde.

Stevie Ray Vaughan by Jean Yves Legras
Je peux te citer d’autres musiciens, comme mon frère Rocky Hill, qui ont su imprimer un nouveau virage au blues du Texas. L’oeil du tigre, exactement comme dans « Rocky Il » tu aurais du le voir lorsqu’il a ouvert le show à l’auditorium de Corpus Christi pour nous lemois dernier. Corpus c’est un endroit fou, il y fait si chaud que parfois les cerveaux y disjonctent : le Rocky Hill Band leur a fait perdre la tête. Il y a aussi une chanteuse super du nom d’Angela Strehly, la Betty Wright d’ Austin. Elie chante le blues et la soul, elle compose des chansons volcaniques. Dans un genre différent il y a aussi Joe King Carrasco ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Joe+King+Carrasco ), un parfait dosage entre l’humour et I’énergie. Avant qu’il ne disparaisse, Freddie King était aussi un ami, j’ai joué avec lui lorsque j’avais quatorze ans et je lui doit beaucoup.Freddie ne s’est pas contenté de m’apprendre le blues, il m’a aussi montré comment aimer les gens. Au Texas, c’est vrai, il existe une certaine compétition entre les musiciens, mais ici je crois qu’elle est la plus amicale du monde. »

Freddie King by Jean Yves Legras
Le Texas est peut être un nouvel Eldorado, mais le son des six coups y résonne toujours avec violence. Si Austin, ville universitaire est plutôt pacifique, Houston par contre est la plus meurtrière de I’Union puisqu’on y tue quelqu’un en moyenne tous les quarts d’heure, c’est encore pire que le Bronx. Dans certains bars on vous informe encore que le port d’une arme a feu est interdite dans les débits de boissons, ce qui sous- entend qu’on peut en trimbaler une partout ailleurs. De même dans un « pawn shop » (préteur sur gage), j’ai trouvé sur un rack de Winchesters et autres carabines la notice suivante : « Les gamins et les adultes ont la même passion pour les jouets. Ce qui les distingue c’est juste le prix de leurs joujoux. »
Heureusement, au Texas on ne s’enfile pas que du plomb dans I’estomac. La proximité du Mexique rend la bouffe exotique à souhait. La preuve, Billy Gibbons nous offre en exclusivité la recette secrète de ses légendaires « ZZ enchiladas » pour dix personnes:
« Pour faire la fête, rien de tel que les ZZ enchiladas. D’abord, la sauce : si vous n’en trouvez pas de fraiche, vous pouvez utiliser des conserves. Il en faut trés exactement 35 onces (un kilo) ainsi que trois kilos et demi de fromage jaune (style hamburger), cing poulets dodus et un quart de litre d’huile de maïs. Tu verses I’huile sur le feu en mélangeant la sauce. Dans le même temps tu mets tes poulets dans l’eau bouillante un peu plus d’une heure. Pour les galettes, il est recommandé de les rouler toi-même. De toutes façons, il en faut une bonne vingtaine. Le poulet découpé est placé dans les galettes ainsi que les tranches de fromage. Tu verses la sauce en rajoutant du fromage avant de placer ton plat au four une vingtaine de minutes. Pour que a recette soit vraiment parfaite, il ne te resteplus qu’a jouer une face d’« Eli
minator » à fond la caisse ! » Bon appétit.
Sur la frontière de l’Oklahoma, une petite localité du nom de Lone Wolf a 150 miles de Dallas a donné le jour à un autre rocker texan fameux. Mais Moon Martin a préféré la douceur du littoral californien au plomb fondu texan. Pour le retrouver, un jet, quelques coups de fil et un changeur automatique de disques géant visible à des miles à la ronde : la tour Capitol sur Hollywood blvd à Los Angeles.
LONE WOLF

Moon Martin by Jean Yves Legras
Moon a quitté le Texas à dix-huit ans, même si ses parents et sa famille vivent encore à Lone Wolf, Lorsqu’il débarque en T-shirt mauve et chaussettes assorties dans le bureau où je l’attend, je m’étonne de son absence d’accent texan nasillard:
« Moon Martin : Rassure-toi, on n‘oublie pas si facilement le Texas. Il suffit que je boive quelques coups et mon accent revient à la charge. Tu sais, toute mon enfance a été bercée par les radios de là-bas, et surtout les radios black qui matraquaient le « do-wop » comme Otis Williams and the Charms ou Johnny Ace, le texan noir, un prodige du rhythm and blues. Ace a eu une drôle de fin, une mort de outlaw. Un soir de Noël, il se produisait au city Auditorium de Houston: il a voulu jouer à la roulette russe…et il a perdu. Dommage. En tous cas, je n’oublierai jamais sa voix de baryton et ses ballades amoureuses comme «My Song» Un hit phénoménal sorti en 1962. Comme tu le sais, le Texas est une fourmilière de rockers de tous poils, des 13 th Floor Elevator, un fameux groupe d’Austin psychedélique trés dur au son strident, jusqu’à Freddie King, ce guitariste pionnier du blues moderne fasciné par Muddy Waters et toute la scéne blues de Chicago. Il leur a d’ailleurs dédié son plus grand hit, le classique instrumental « Hide Away ».Lorsque je retourne au Texas ¢’est pour voir mes parents ou en tournée, comme la dernière fois avec Dave Edmunds. Quand nous avons joué à Austin c’ était vraiment délirant Le public était totalement excité : ils savent que je suis comme eux, je porte en moi les «long horns »! (race de boeuf texan aux longues cornes, symbole du Texas comme le Tatou Alamo ou I’Etoile Solitaire), »
Auteur du tube « Cadillac Walk » popularisé par Mink DeVille, Moon n’a pourtant jamais mis les pieds au Cadillac Ranch d’Amarillo-photographié dans le « The River » de Springsteen. À une époque il composait ses chansons en conduisant un énorme camion Mack qui sillonnait les routes du désert. « Bad Case of Loving You » ou « I’ve Got a Reason » sont nées de cette manière. Aujourd’hui, Moon Martin flirte avec les synthés électroniques comme le PPG, mais pour composer il n’oublie pas le Texas :
« Les camions c’est fini depuis longtemps » , continue Moon Martin, « mais j’aime encore chercher l’inspiration sur les routes. La différence c’est que maintenant j’ai toujours un mini K7 à portée de la main, alors qu’à I’époque je devais fredonner la même chanson pendant des heures si je ne voulais pas l’oublier. Cette fois pour mon nouvel album, j’ai roulé plus de trente heures d’affilée en direction du Texas. Dans ce cas-là, je suis toujours seul, je suis un loup solitaire, sans petite amie ou quoi que ce soit. Parfois je m’arrête quelques heuresdans un motel en plein désert; c’est très Hitchcock, les buissons tumbleweed roulent dans le vent et le sable vole, c’est invivable mais j’adore cela. C’est dans ce climat que j’ai composé les nouvelles chansons comme «Johnny Get Your Handcuffs » ou « Night Train to London », que tu découvriras bientôt. Il y a aussi «Living in the Money Jungle », inspirée par la série DALLAS, ainsi que « Love Sniper » et « Emergency ». Je sais de toutes façons que cet album sera sans doute le plus agressif de tous. La production sera signée Bill House, l’ingénieur qui m’a aidé à faire quelques retouches sur le dernier disque. Car en rentrant des Bahamas, je n’étais pas cent pour cent satisfait du travail de Robert Paimer. Lorsque tu écouteras le nouvel LP je crois qu’il te réservera bien d’autres surprises. »
En dehors des points communs géographiques, des Texans comme ZZ Top et Moon Martin partagent le même sens du son «rentre dedans », une attitude directe dont il faut chercher l’originalité chez les pionniers du siècle dernier. A I’heure où le rock-biz de LA est en plein marasme et New York se cherche en lorgnant vers I’Angleterre, le Texas offre une puissante alternative pour le rock américain. Dans un État en perpétuelle mutation et où les buildings sont démolis tous les dix ans, on ne prend-pas I’habitude de s’installer dans une routine ou une autre. Lorsque je retrouverai le Texas dans cinq ou dix ans, il sera encore transfiguré, c’est la grande force de I’État à I’Étoile Solitaire. So long dear Lone Star !
TEX & MEX STARS Épisode 1
TEX & MEX STARS Épisode 2
TEX & MEX STARS Épisode 3
Publié dans le numéro 187 de BEST daté de février 1984
