LE CHŒUR DU SUD AU DÔME DE PARIS

Le choeur du sudAu Dôme de Paris, dimanche 28 juin, c’était on dirait le sud, comme le chantait si bien Nino Ferrer avec le projet ambitieux Le Chœur du Sud de Franck Castellano qui a démontré qu’un concert choral de variétés pouvait dépasser le simple exercice vocal, pour devenir un véritable spectacle pour tous. Porté par près de mille choristes amateurs, un plateau d’invités populaires et une mise en scène soignée, ils ont offert plus de deux heures d’un show intense, profondément humain, chaleureux et habité, où la musique a constamment servi l’émotion pour toucher l’enfant de chœur qui sommeille toujours en notre toujours vierge Mary.

Le choeur du sudPar Jean-Christophe MARY

 

 

Il est des spectacles qui surprennent par leur ampleur, d’autres par leur sincérité. Celui proposé par Le Chœur du Sud réunit les deux. Dès les premières minutes, le regard est happé par cette impressionnante marée blanche de près d’un millier de choristes investissant la scène du Dôme de Paris. Un tableau spectaculaire, mais jamais démonstratif. Car derrière la puissance visuelle se cache avant tout une aventure humaine, celle imaginée par Franck Castellano, devenu en quelques années l’un des grands artisans du chant choral populaire en France.

Sous sa direction précise et généreuse, l’ensemble impressionne d’abord par sa cohésion. Les respirations communes, la justesse des harmonies et la discipline collective donnent rapidement le sentiment d’assister à une formation professionnelle plutôt qu’à un rassemblement de choristes amateurs venus des quatre coins de l’Hexagone. Pourtant, jamais la technique ne prend le pas sur l’émotion. Le répertoire, particulièrement bien construit, évite l’écueil de la simple succession de tubes. Il dessine un véritable parcours musical où se croisent la chanson française, le rock, la pop internationale, les grandes fresques lyriques et les influences sacrées. De Clara Luciani à Téléphone, de Florent Pagny à Madonna, chaque transition semble pensée pour renouveler sans cesse l’attention du public.

Le choeur du sudParmi les moments les plus saisissants de la soirée figure sans conteste « Ameno » d’Era. Les harmonies chorales, inspirées des chants grégoriens, mêlées aux nappes orchestrales et aux éclairages bleutés, plongent la salle dans une atmosphère presque mystique. Pendant quelques minutes, le Dôme de Paris semble suspendu hors du temps. Les mille voix respirent à l’unisson et transforment cette œuvre devenue emblématique en une véritable expérience sensorielle. Autre point fort, l’équilibre trouvé entre le chœur et les artistes invités. Chimène «  Bad ass » Badi, particulièrement en voix, impose sa présence sans jamais éclipser les choristes. Au contraire, elle dialogue avec eux, les valorise et partage généreusement la scène. Son interprétation de son « Je viens du Sud », reprise par toute la salle, constitue l’un des sommets émotionnels du concert. La jeune Flora confirme également un talent vocal prometteur, tandis que Michal apporte une touche plus théâtrale avec une interprétation habitée d’ « Ainsi soit je ».

Le choeur du sudMais la véritable réussite de cette soirée tient à cette capacité, devenue rare dans les grands spectacles, de créer un sentiment de proximité malgré des proportions gigantesques. Franck Castellano ne dirige pas seulement un chœur ; il fédère une communauté. Chaque prise de parole respire la bienveillance, chaque regard adressé à ses choristes traduit une forme de gratitude réciproque. Cette dimension humaine s’est révélée avec une force particulière lorsqu’une choriste a été victime d’un malaise en plein concert. L’interruption aurait pu briser le rythme du spectacle. Elle en est devenue l’un des instants les plus marquants. Sans agitation, dans un silence presque recueilli, les mille chanteurs sont restés immobiles tandis que les secours intervenaient. Le public a accompagné ce moment avec un respect remarquable. En quelques minutes, le concert rappelait que derrière la performance se trouvaient avant tout des femmes et des hommes réunis par une passion commune.La reprise, portée par les lumières des téléphones illumine toute la salle sur « J’avais su t’aimer. » Visuellement, le spectacle séduit également par une mise en scène sobre mais efficace. Les jeux d’éclairages sculptent les tableaux sans jamais chercher l’esbroufe. Le contraste permanent entre les choristes vêtus de blanc et les chefs de chœur en noir renforce l’élégance de l’ensemble.  À l’heure où les productions musicales privilégient souvent les effets techniques, Le Chœur du Sud rappelle que la première force d’un spectacle reste l’émotion collective. Celle qui naît d’un souffle partagé, d’une harmonie parfaitement trouvée ou d’un refrain repris spontanément par plusieurs milliers de personnes.

Le choeur du sudFranck Castellano signe ici bien davantage qu’un concert : il offre une célébration du chant, du partage et du plaisir de faire de la musique ensemble. Intense, humain, chaleureux et profondément habité, ce rendez-vous parisien confirme que le chant choral peut aujourd’hui séduire un très large public lorsqu’il est porté avec autant d’exigence, de générosité et de conviction. Une réussite aussi spectaculaire qu’émouvante qui prouve que le choeur du sud n’est définitivement pas à l’ouest !.

All pix by Jean Christophe Mary

 

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