LAURENT VOULZY À PLEYEL

Laurent VoulzyCela faisait bien longtemps que la p’tite Mary ne nous avait pas parlé de Laurent Voulzy. Or la Voulze était justement hier à la Salle Pleyel, pour un concert d’une rare délicatesse, or le contraire version Hellfest nous eût étonné ! Rassurez-vous, le show fut bien partagé entre une première partie acoustique ,héritée de sa tournée des cathédrales, et un second acte plus électrique. Et à ce propos une panne de courant inattendue s’est même transformée en l’un des plus beaux moments de communion avec le public, confirmant qu’après plus de cinquante ans de carrière, le chanteur demeure un artisan précieux de la chanson française qui a su faire tanguer juste un peu plus fort le cœur tango ( bière + grenadine) de notre JCM.

Laurent VoulzyPar Jean-Christophe MARY

Il existe des artistes dont les chansons semblent traverser les décennies sans prendre une ride. Laurent Voulzy appartient à cette catégorie rare. Depuis les années 1970, ses mélodies accompagnent plusieurs générations, mêlant harmonies sophistiquées, influences anglo-saxonnes et poésie lumineuse. Dans une Salle Pleyel comble, le chanteur retrouvait son public parisien pour le premier de deux concerts exceptionnels. Pendant près de deux heures trente, il a déroulé le fil d’un répertoire devenu patrimoine populaire, dans une mise en scène sobre où la musique était le cœur ( grenadine ? NDREC ) du show. Dès l’arrivée des spectateurs, la chaleur exceptionnelle qui écrase la capitale impose quelques attentions particulières. Des brumisateurs installés dans le hall procurent une fraîcheur bienvenue avant l’entrée en salle. Une délicatesse appréciée, à l’image d’une soirée placée sous le signe de l’élégance. Parmi les invités non surprise, Alain Souchon, compagnon de toujours, accompagné de son épouse, ainsi que Pierre Richard, prennent discrètement place.

Laurent VoulzyÀ 20 h 45 précises, les lumières s’éteignent. Seul en scène, guitare en bandoulière, veste bleue sur les épaules, Laurent Voulzy ouvre le concert avec « Bubble Star ». Une voix, quelques accords, et cette manière unique de faire naître le silence avant même la première note. Peu à peu, Karen Brunon, Michel Amsellem, Elsa Fourlon et Médéric Bourgue le rejoignent. Tous passent d’un instrument à l’autre, chantent, tissent des harmonies vocales qui constituent depuis toujours l’une des signatures sonores de Laurent Voulzy. Cette première partie, volontairement acoustique, prolonge l’esprit de ses célèbres concerts dans les cathédrales. Ici, rien n’est démonstratif. Les arrangements respirent, les cordes dialoguent avec le piano, les silences prennent autant d’importance que les notes. « Le Rêve du pêcheur », « Quatre Nuages » puis J »e suis venu pour elle » installent une atmosphère contemplative. Avant cette dernière, le chanteur raconte avec simplicité avoir rêvé cette histoire avant qu’elle ne devienne réalité. Une confidence murmurée plus qu’annoncée. Puis survient l’imprévu. Au beau milieu du concert, l’électricité disparaît brusquement. La salle plonge dans le noir. Avec son humour coutumier, Laurent Voulzy désamorce immédiatement la situation : « C’est peut-être à cause de la canicule… il n’y a plus de courant ! » Les rires succèdent aux applaudissements. Loin d’interrompre la magie, cette panne donne au concert une dimension nouvelle. Le public entonne spontanément « Belle-Île-en-Mer », » Marie-Galante » a cappella. Un moment suspendu, presque irréel, où plusieurs milliers de voix prennent le relais. Pour prolonger cette parenthèse, Laurent Voulzy reprend ensuite, accompagné d’Elsa Fourlon, « The 59th Street Bridge Song (Feeling Groovy) » de Simon and Garfunkel.

Laurent VoulzyCette interruption devient également l’occasion d’un hommage particulièrement émouvant à Alain Souchon. Installé dans la salle, son ami reçoit des mots d’une tendresse sincère. « Il écrit des paroles magnifiques, souvent visionnaires. Il devrait avoir un fauteuil à l’Académie française », glisse Voulzy avant d’évoquer avec humour les chansons « désespérées » de son complice et de qualifier « J’ai dix ans » de « chanson d’une extrême violence », déclenchant les rires du public. Lorsque le courant revient enfin, c’est naturellement un medley des compositions de Souchon qui s’impose : « Allô maman bobo », « Rame », « J’ai dix ans » et « Foule sentimentale » prennent une résonance particulière dans cette salle où l’émotion affleure à chaque instant. La suite retrouve son climat de confidence avec la reprise du « The Captain of Her Heart » de Double, « La Fille d’avril », « My Song of You », « Karin Redinger » ou encore « Le Cœur grenadine », dédié au batteur Manu Katché. Mais c’est sans doute Ma seule Amour, adaptation d’un poème de Charles d’Orléans, qui constitue le sommet artistique de cette première partie. Les harmonies vocales, le violoncelle et les résonances inspirées des musiques sacrées anglaises composent un moment d’une pureté exceptionnelle. Dans la salle, le silence devient presque palpable.

Laurent VoulzyAprès quelques minutes d’interlude, changement de décor. La batterie avance au centre de la scène, Laurent Voulzy troque son acoustique pour une Fender bleue et fait basculer la soirée dans une énergie pop-rock. « Les Nuits sans Kim Wilde « retrouve tout son éclat, tandis que « Le Soleil »donne réserve une belle surprise : Julien, Nicolas et Cliff, trois des quatre fils du chanteur, rejoignent leur père sur scène pour partager ce morceau emblématique. « Le quatrième fait actuellement le tour de l’Asie », sourit-il. La fête gagne encore en intensité avec une version électro de « Cocktail chez Mademoiselle », remixée par Yuksek, portée par un impressionnant solo de piano de Michel Amsellem. Puis l’arrivée de Manu Payet sur « Amélie Colbert » fait définitivement basculer la Salle Pleyel dans une ambiance de célébration collective. Debout, le public chante désormais chaque refrain. « Rockollection », « Le Pouvoir des fleurs », puis les rappels — « Derniers Baisers », « La Nuit »,  le Beatles « All You Need Is Love », « Belle-Île-en-Mer », « Marie-Galante » et « Paradoxal Système » — referment une soirée où nostalgie et joie se seront constamment répondu. Chez Laurent Voulzy, les chansons ne vieillissent pas. Elles continuent de vivre avec nous. La panne de courant, loin d’être un incident, aura révélé ce qui fait la singularité de cet artiste discret : une proximité authentique avec son public et une capacité rare à transformer l’imprévu en émotion. Plus de cinquante ans après ses débuts, Laurent Voulzy demeure l’un des derniers orfèvres de la chanson française, capable, le temps d’une soirée, de suspendre le cours du temps.

All pix by JCM

Un grand merci à Kenza Boucif, Ioanna Giourgas et aux équipes de la Salle Pleyel pour leur accueil.

 

 

 

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