AEROSMITH « Aerosmith »

aerosmithUn demi-siècle après sa publication, le premier opus d’Aerosmith revient furieusement dans une « Legendary Edition ». Un album rugueux déjà porteur d’une signature sonore unique et qui incarne les origines d’un certain mythe rock musclé made in USA, un disque fondateur qui a sans nul doute fait endosser le cuir le plus endurci à notre bon JCM !

aerosmithPar Jean-Christophe MARY

 

Enregistré à Boston en 1973, « Aerosmith » marque l’acte de naissance d’un groupe appelé à devenir l’un des piliers du rock américain. Sur cet album éponyme, le quintette grave ses premiers classiques — « Make It », « Mama Kin » et, bien sûr, « Dream On » — posant les fondations d’une carrière qui traversera cinq décennies. À l’époque, Aerosmith n’est qu’une formation locale ambitieuse mais déjà habitée par une énergie brute qui va marquer durablement l’histoire du rock. Si ce premier opus sonne avec ses imperfections et son côté brouillon typique, il contient tous les ingrédients pour lancer en orbite un groupe qui allait devenir la référence du hard rock américain des années 70. L’influence des Rolling Stones est ici manifeste, du jeu de guitare boogie survolté de Joe Perry aux envolées lyriques déjà spectaculaires de Steven Tyler. Là où nombre de formations américaines de l’époque regardent vers l’Angleterre, Aerosmith opère une forme de réappropriation. Leur musique ne cherche ni la fidélité au blues originel ni l’élégance formelle des groupes britanniques là Rolling Stones, Led Zeppelin en tête s’abreuvent à la source du blues avec révérence. Ce blues américain, Steven Tyler et Joe Perry tordent, le compressent, le font glisser plutôt que swinguer. Le résultat ? Un blues rock urbain aux riffs nerveux, un blues crade qui sent la sueur, les bars enfumés et les amplis poussés au maximum. Un blues rock terrien qui ne cherche pas la finesse mais l’impact. Au cœur de cette alchimie deux figures fondatrices. D’un côté Steven Tyler, frontman charismatique au timbre unique, capable de passer du murmure au cri avec une force et une intensité rare. Son phrasé s’autorise des échappées en falsetto et un goût prononcé pour le scat, héritage direct des racines afro-américaines. De l’autre le guitariste Joe Perry. Héritier de Jeff Beck et de Keith Richards, il développe un jeu de guitare incisif, à la fois ancré dans le blues et nourri d’une sensibilité rythmique typiquement rock. Ensemble, ils forment l’un des duos les plus emblématiques du rock, un duo déjà très soudé dès ce premier disque.

aerosmithMusicalement, l’album navigue entre boogie-rock, blues électrique et hard rock naissant. « Make It » ouvre le bal avec une énergie brute, presque désordonnée, qui traduit l’urgence de jeunes musiciens encore en quête de reconnaissance. « Mama Kin », sans doute le sommet du disque incarne ce rock sale et viscéral, où la tension domine chaque note. On a la sensation que le morceau est sur le point de dérailler à chaque instant et c’est précisément ce qui le rend si vivant. À l’inverse, « Dream On » introduit une rupture formelle. Sa construction progressive, son introduction délicate au piano et son déploiement quasi orchestral en font une pièce singulière dans le paysage rock de l’époque. Tyler y déploie une intensité vocale qui confère au morceau une dimension presque dramatique. Une composition hors du temps, qui deviendra l’un des plus grands classiques du rock. D’autres titres confirment le potentiel du groupe. « One Way Street » met en avant les racines blues d’Aerosmith avec un chant habité et des guitares expressives. « Movin’ Out » et « Walkin’ the Dog » prolongent cette veine, entre reprises inspirées et compositions encore perfectibles mais pleines de fougue. Même les titres plus mineurs, comme « Write Me » ou « Somebody » participent à cette impression de groupe en pleine ébullition, encore imparfait mais qui déjà à tous des grands. Si tout n’est pas encore parfaitement maîtrisé, l’essentiel est là : une identité sonore forte, une attitude, et surtout une énergie qui ne triche pas. Cet album est important car il capture l’instant où un groupe n’est pas encore une légende, mais en porte déjà toutes les promesses. En 1973, Aerosmith ne révolutionne pas le rock mais il le réinvente « à l’américaine », en lui injectant une bonne dose de crasse, de groove et d’attitude qui manquait cruellement à la scène US de l’époque. Et cinquante ans plus tard, Aerosmith reste un monument du rock américain.

 

 

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