QUAND MALCOLM MCDOWELL BALANÇAIT TOUS LES SECRETS D’ALEX
Il est Mick l’insurgé de « If » mais aussi le flippant Alex de « A Clockwork Orange », Michael Arnold Travis de « O Lucky Man » ou encore le rock and rolleur dingue Reggie Wanker de « Get Crazy », Malcolm McLaren est tous ces héros à la fois et cinq années après avoir interviewé Allan Arkush le réalisateur de « Get Crazy », j’avais enfin l’occasion de rencontrer pour la télé ce monument de la culture cinématographique British pour enfin recueillir ses secrets les plus sombres.
La vie de journaliste connait décidément bien des rebondissements : cinq ans après avoir découvert le film « Get Crazy » projeté à Deauville et tendu mon micro au rock and roll roll réalisateur Allan Arkush ( Voir sur Gonzomusic DE ROCK AND ROLL HIGH SCHOOL À GET CRAZY ) qui avait auparavant accouché du mythique « Rock ‘n’ Roll High School » avec les Ramones avant de signer cette dinguerie de « Get Crazy » débordant de tous les stéréotypes de la culture rock des excès divers de la défonce aux groupies en passant par le delirium tremens. Cinq ans plus tard au Festival du film rock Val Rock de Val d’Isère en décembre 1988, « Get crazy » avait une seconde chance boostée par la présence magnétique de Malcolm McDowell. Je ne sais pas vous, mais moi et pour ceux de ma génération en tout cas, le cinéma de Stanley Kubrick aura tenu une place cruciale dans notre part de révolte adolescente avec « 2001 Space Odyssey », « Shining » et surtout « A Clockwork Orange ». Dix-sept ans après la sortie de ce film vertigineusement visionnaire, pour le show « Drevet vend la mèche » sur FR3, j’avais enfin l’occasion de pouvoir enfin percer les secrets les plus sombres d’Alex et notamment son glaçant « Singing In the Rain » dans sa scène emblématique la plus violente. Et aussi of course d’évoquer cette fichue rock star diva de Reggie Wanker dans « Get Crazy ».
« Bonjour Malcolm, dis-nous pourquoi tu es par essence un acteur rock.
Hé bien déjà j’ai grandi à Liverpool ce qui est déjà tu l’avoueras un bon début pour devenir un acteur rock and roll ! J’ai grandi avec les Beatles, je les ai même vus en concert lorsqu’ils n’étaient encore que the Silver Beatles. Comme tous ces groupes des rives de la Mersey découverts en live, comme the Searchers, Gerry and the Pacemakers… tant et tant de groupes. Donc, je me sens totalement intégré à cette culture rock qui a toujours tenu une place centrale dans ma vie. Voilà pourquoi je suis si heureux d’avoir pu tourner « Get Crazy » à Hollywood où j’ai le privilège d’incarner un chanteur rock et c’est super cool.
Avec « Get Crazy » pour la toute première fois on découvre Malcolm McDowell chantant sur une scène face à un public ?
Oui, absolument c’est vrai car c’était ma toute première fois
Mais tu n’as tout de même pas enregistré tout un album ?
Non en effet, disons qu’on me l’a proposé, mais je n’ai pas aimé l’ambiance. Beaucoup trop de cocaïne à mon gout, j’ai donc décliné. (rire sarcastique)
Cela marche dans les deux sens, toi tu as une forte fascination pour le rock, mais on peut dire que le rock a aussi une puissante fascination à ton égard, non ?
Oui mais je dois avouer que je suis terriblement jaloux des chanteurs rock. Là je parle des meilleurs, bien entendu, mais ceux-là sont tellement excitants, ils ont un tel contrôle de leur public, un tel pouvoir ! J’aime cette idée qu’une seule personne soit autant capable de cristalliser la foule. Ils tiennent dans leur main d’immenses arènes et cette puissance me fascine vraiment. Il leur suffit parfois de lever un seul doigt pour que la foule se lève comme un seul homme pour hurler. C’est dingue, mais je trouve cela vraiment séduisant.
Mais toi tu déclenches sans doute la même clameur lorsque tu parais à l’écran sauf que tu ne l’entends pas.
Je ne l’entends pas, c’est vrai. Et comme tu ne l’entends pas, tu ne parviens pas à y croire. Les chanteurs de rock ont la preuve incontestable de la manière dont ils affectent le public. En tout cas j’ai adoré chanter dans ce film juste dingue, allumé et cool ou je me suis éclaté.
Oui toutes les 15 secondes il y a une blague ou un stéréotype du music-biz, c’est juste dingue « Get Crazy ». Tu y chantes comme Mick Jagger mais tu bouges comme Rod Stewart, c’est drôle.
Exact, en tout cas je me suis beaucoup amusé car quand j’enregistrais car toutes les chansons du film étaient pré-enregistrées en studio, je portais ce casque et je pouvais écouter la voix de l’auteur de la chanson ( Dan Walsh et son acolyte compositeur Michael Price : NDR) dans les écouteurs et je tentais de l’imiter ; la chanson était intitulée « Hot Shot ». Et on a fait 20 prises et c’était franchement la cata. Et là j’ai dit : bordel, j’ai arraché les écouteurs et balancez moi la musique direct. Là je me suis éclaté, j’ai pu gueuler et faire ma rock star. Et c’était réussi, la preuve c’est que tu distingues chaque mot que je chante dans la chanson. Car souvent dans le rock on ne comprend pas tout ce que chante le type. Mais en tant qu’acteur, mon job est que justement chaque mot doit être entendu et compris.

Je viens de faire une interview avec Julian Temple, le réalisateur de « The Great Rock and Roll Swindle » (Voir sur Gonzomusic HASTA LA REVOLUCION SIEMPRE CON LOS STONES et il m’a dit des choses très positives à ton sujet, notamment pour ton rôle dans « Orange Mécanique ( A Clockwork Orange » qui nous transportait dans le futur. Or il semble que désormais ce futur-là soit devenu notre présent avec les gangs, la violence, le crack et tout cela. Qu’en penses-tu ?
Simplement : je vous avais prévenu ! Que te dire d’autre. Mais soyons juste : ce n’était pas moi, ce n’était pas non plus Kubrick, c’était Anthony Burgess qui a écrit cet incroyable et visionnaire roman futuriste. Un véritable chef d’œuvre de la littérature qui nous a facilité les choses à Kubrick et à moi pour pouvoir le transposer au grand écran. C’était un si belle écriture et je pense que la plupart de ces prophéties on les doit au talent d’Anthony Burgess.
Mais tu incarnais Alex et désormais Alex est dans nos rues…
Voyons les choses ainsi : c’est aussi plus facile désormais pour la police d’appréhender tous ces Alex avec leurs chapeaux-melon et leurs maquillages, c’est aussi plus facile de les repérer. Le truc au sujet d’Alex c’est une vision morale, c’est un film moral d’une certaine manière car c’est une dichotomie. Ce type est un voyou, un violeur et un assassin même s’il est issu d’un milieu très frustre, avec des parents qui l’ont négligé ; bref, l’histoire habituelle. Le tout dans une atmosphère high tech sans sentiments ni amour. Et pourtant il est féru de Ludwig Van Beethoven, heureux de sa vie et capable de l’apprécier. Mais combien de gens connaissons nous qui apprécient vraiment leur existence ? Pas tant que ça, crois-moi. C’est un des côtés les plus attachant de son personnage. Et donc la dichotomie du violeur assassin d’un côté et de l’autre sa « joie de vivre » ( en Français dans le texte : NDR). C’est pour cela que les libéraux détestent le film car le personnage est foncièrement immoral. On va dire que j’aime Alex, mais il n’a pas de morale. Puis le gouvernement le torture et le modifie, altérant même son cerveau par ce conditionnement au point de le détruire, de tout détruire en lui.
Et quand ils détruisent Alex c’est aussi nous qu’ils détruisent.
Précisément.
Il fallait aussi que je t’interroge sur la fascination que Malcolm McDowell pouvait inspirer aux femmes.
J’adore les femmes, ce n’est un secret pour personne.
Et elles t’aiment en retour.
Tu crois ? j’ai toujours été fasciné par les femmes, d’ailleurs j’aime mieux les femmes que les hommes. Ce qui n’est pas toujours le cas. Mais moi, en tant que Malcolm McDowell, je me suis toujours mieux entendu avec les femmes. Car je ne parle pas des personnages que j’ai pu incarner.
Dans « Get Crazy » on te voit t’extirper d’un backstage littéralement rempli de nanas…
… je sais ( rire)…
Est-ce un fantasme que tu aimerais vivre en vrai ?
Non, absolument pas. J’aime les relations uniques avec une seule femme.
Donc tu es quelqu’un de fidèle ?
Oui. Et monogame.
Et pourtant toutes ces femmes viennent te voir et te sourient …
Voilà pourquoi je suis amical avec tout le monde. Si j’aime autant les femmes c’est qu’elles s’ouvrent autant à moi et donc par conséquent je me sens à l’aise de m’ouvrir avec elles mais en tant qu’ami. Pas besoin de spécialement les emmener au lit. Et ça me plait.
Quel est ton prochain film ?
« Sunset » un film de Blake Edwards ???ou je tiens un super rôle. Le film raconte l’Hollywood des années vingt. Bruce Willis et James Garner jouent aussi dedans. C’est un acteur que j’adore, on rigole énormément avec lui. Impossible de garder son sérieux avec lui. On y trouve aussi Mariel Hemingway, tout plein d’excellents comédiens. Moi je tiens le rôle d’un patron de studio, un personnage dans la veine de Charlie Chaplin, je joue une immense star du vaudeville qui parvient à racheter le studio dont il devient le boss. Mais le type est un vrai salopard, pervers et sadique, vraiment le sale type dans toute sa splendeur. Rien à voir avec Chaplin, bien entendu. J’ai adoré jouer dans ce film.
C’est un peu la face cachée de Charlie Chaplin ?
Oui mais c’est tellement sombre et noir et moi cela m’amuse de jouer ça.
Tu n’as pas de blague à nous raconter ?
Je ne raconte jamais de blague, mais par contre je vais te donner un exemple de mon humour noir. Dans « A Clockwork Orange », quand nous tournions la fameuse scène où que je viole cette femme et que je tabasse son vieux gars, j’ai commencé à penser dans ma tête : do do do do ( il fredonne « Singing In the Rain ») et tac, il donne un coup en mesure. Car « Singing In the Rain » est une euphorie totale, si tu dois imaginer l’euphorie sur grand écran alors tu imagines Gene Kelly chantant et dansant « Singing In the Rain ». J’ai donc immédiatement opté pour « Singing In the Rain », car mon personnage d’Alex est joyeux et euphorique. Bien entendu, cela a donné quelque chose de totalement terrifiant et de très noir, au point que c’est insoutenable à regarder. Il entonne cette superbe chanson qu’on associe tous à Gene Kelly, c’est mon sens de l’humour un peu tordu, mais moi je trouve ça drôle.
Et c’est bien toi qui a eu l’idée de siffler la chanson ?
Bien sûr mais c’est aussi une collaboration entre tous du réalisateur à l’éclairagiste.

Malcolm McDowell et Stanley Kubrick
Mais ce sifflement aura marqué toute une génération.
Il aura fallu à Kubrick l’instinct d’en prendre conscience et de foncer avec sa voiture pour acquérir illico les droits de la chanson ; car il devait les sécuriser avant que nous ne tournions la scène. Et c’est là où on comprend combien il peut être génial et visionnaire. C’est aussi un être extraordinaire.
Quand on fait ce qu’on aime dans la vie on ne vieillit pas, n’est-ce pas ?
Je ne me sens pas plus vieux aujourd’hui que quand j’ai tourné « If », en fait je me sens même plus jeune. C’est comme si j’avais tojours 18 ans. Bon je perds un peu la mémoire et la vue sans compter la surdité… non, je rigole. »
Voir sur Gonzomusic DE ROCK AND ROLL HIGH SCHOOL À GET CRAZY
