MORT DU HÉROS DE WOODSTOCK COUNTRY JOE MCDONALD
Sa chanson a percuté la postérité un certain soir du 15 aout 1969 à Woodstock, lorsqu’avec son emblématique « I-Feel-Like-I’m-Fixin’-to-Die Rag » le Californien Country Joe McDonald seul sur scène, sans son groupe the Fish avec lequel il joue aussi le 17, s’est imposé comme un opposant majeur à la guerre du Vietnam qui décimait alors tant de jeunes américains. Hélas, le natif de Berkeley s’est éteint à 84 ans après avoir lutté contre la maladie de Parkinson. Je ne l’avais jamais rencontré mais Donovan m’avait en 2008 très longuement parlé de ce personnage fantasque de la rock culture, une interview que je partage avec vous aujourd’hui. RIP Country Joe !
C’était en 2008, sans doute pour Rolling Stone j’avais eu la chance de tendre mon micro à Donovan car au-delà ses épatantes compositions, il y avait une légende urbaine qui me taraudait : « Mellow Yellow » et les filaments séchés de bananes qui une fois séchés soi-disant pouvait vous défoncer ! Et la réponse de Donovan Leitch fût pour le moins déconcertante :
« Je connais cette légende sur « Mellow Yellow », c’est vrai. Mais ça a été une énorme surprise pour moi lorsque les gens ont commencé à me demander si « Mellow Yellow » dissimulait une invitation à fumer des bananes ! Je leur ai dit : non, pas du tout ! Mais des années et des années je me suis demandé d’où venait cette rumeur. Et un beau jour, j’ai trouvé d’où ça venait. Je peux même te le raconter, d’accord ?
Voici huit ans, je suis à Cleveland, Ohio au Rock And Roll Hall Of Fame Le thème de l’expo est : le rock psychédélique. Et ils ont publié à cette occasion un livre magnifique, un livre sur les musiciens du rock psychédélique. Un des artistes présents est Country Joe Mac Donald & The Fish, de San Francisco. Il est là, à mes côtés et on dédicace ces beaux livres assis à la même table. Alors c’est à ce moment qu’il se penche vers moi et me glisse à l’oreille : « Hé Donovan, en fait c’était moi ! »
Je lui réponds : qu’est-ce que tu veux dire par là ?
Et il réplique : Tout ce bazar sur « Mellow Yellow », mec ! Le coup de fumer des bananes. C’était moi !
J’ai dit : d’accord…on en reparle dès qu’on a fini.
On a continué notre séance de dédicace, il y avait des centaines de gens qui faisaient la queue. Et à la fin, je l’ai entraîné vers une petite pièce adjacente dans ce Cleveland Rock and Roll Hall of Fame.
Et je me suis assis face à lui comme tu es aujourd’hui face à moi et je lui ai dit :
Okay, alors maintenant, tu vas me raconter !
Et il m’a raconté : On était en 1966, on était à San Francisco et on avait un concert ce week-end. Et on voulait faire de la pub pour ce concert, alors on a loué un camion et on a mis le groupe sur le camion. On voulait se balader aux alentours du croisement de Height et d’Ashbury et dans San Francisco à jouer notre musique. Mais quelqu’un a lancé : faisons quelque chose de différent, pour une fois. On est allé direct dans un hangar où l’on entreposait des accessoires pour le carnaval (voir un des Dirty Harry où Harry Callaghan pourchasse un tueur dans ce même entrepôt dans la scène finale) et on a déniché une banane géante. On l’a hissée sur le camion. Juste avant qu’on ne démarre, ma petite amie qui assurait la sono a eu une nouvelle idée : faisons un truc de plus, je vais téléphoner aux radios locales et leur balancer cette info : on peut être raide en fumant des peaux de bananes séchées.
Je l’ai regardé et j’ai dit à Country Joe : d’accord mais que s’est-il passé ensuite ?
Alors Joe m’a répondu : tout ça ne devait durer qu’un week-end, mais ce vendredi-là, précisément tu as sorti « Mellow Yellow » qui s’est directement hissé à la seconde place du Top. Les deux évènements se sont déroulés le même week-end. Joe faut-il le préciser est un « bohémien radical » , il a toujours fait ce genre de coup pour attirer l’attention sur sa musique, bien sûr, mais aussi et surtout pour promouvoir des causes politiques.
C’est toute l’histoire de la légende urbaine de « Mellow Yellow » et des bananes psyché !
Et ça t’a pris toutes ces années pour enfin trouver une réponse à cette énigme !
Sans doute des millions d’ados ont essayé ce truc insensé ! Pas moi. »
Et aujourd’hui cet allumé de Country Joe McDonald, chanteur principal légendaire et cofondateur du groupe de rock psychédélique des années 60 Country Joe and the Fish vient de casser sa pipe. Il s’est éteint chez lui à Berkeley, à coté de San Francisco, après avoir longuement lutté contre la maladie de Parkinson. Son décès a été confirmé par une source proche de sa femme Kathy.
McDonald et son groupe ont acquis une renommée nationale après sa performance au festival de Woodstock en 1969. Le titre « I-Feel-Like-I’m-Fixin’-to-Die Rag », hymne emblématique contre la guerre du Vietnam, comprenait un appel-réponse effronté avec le public, connu sous le nom de « The Fish Cheer », qui épelait le mot « F », laissant une empreinte durable dans l’histoire de la musique et de la contre-culture. La performance a ensuite été popularisée dans le monde entier grâce au documentaire Woodstock de Michael Wadleigh en 1970, consolidant la chanson comme un classique de l’ère contestataire. Country Joe and the Fish, fondé en 1965 avec le guitariste Barry « The Fish » Melton, était un pilier de la scène musicale de la baie de San Francisco. Leurs premiers disques notamment les EP « Talking Issue », « #1: Songs of Opposition » (1965) et « Country Joe and the Fish » (1966), abordaient des questions politiques et sociales, capturant l’esprit d’une décennie turbulente.
Avec l’arrivée du claviérs David Cohen, du batteur Gary « Chicken » Hirsh et du bassiste Bruce Barthol, le groupe a gagné en popularité sur la scène locale de la Bay Area. C’est ainsi que le groupe se produit dans des salles emblématiques telles que le Fillmore Auditorium et l’Avalon Ballroom, et part en tournée un peu partout aux USA. Leur premier album, « Electric Music for the Mind and Body », est devenu l’un des premiers grands disques de rock psychédélique à émerger de San Francisco. « I‑Feel‑Like‑I’m‑Fixin’‑to‑Die », sorti plus tard dans la même année, s’est également classé dans les charts et a garanti la place du groupe dans l’histoire du rock. Country Joe and the Fish s’est produit dans de grands festivals tels que le Monterey Pop Festival en 1967, aux côtés de leurs concitoyens Jefferson Airplane et Grateful Dead. Après le split de Country Joe and the Fish, McDonald a continué à mêler musique et militantisme politique. Il a ainsi travaillé avec des groupes tels que Vietnam Veterans Against the War et Swords to Plowshares, se produisant lors de concerts de bienfaisance et de commémorations en faveur des vétérans et contribuant à mettre en lumière les besoins des soldats de retour au pays. Ses albums solo reflétaient souvent cet engagement, notamment « Vietnam Experience » (1988) et ses collaborations ultérieures avec d’autres musiciens tels que Jerry Garcia des Grateful Dead. McDonald a également revisité son catalogue plus tard dans sa vie, en sortant « Time Flies By », un double album de 2012 qui compilait des chansons couvrant toute sa carrière et réaffirmait son impact durable sur la musique américaine. So long Joe McDonald le Campagnard…
