DE ROCK AND ROLL HIGH SCHOOL À GET CRAZY
Voici 43 ans dans BEST GBD se téléportait au fictif Saturn Theater de LA pour y rencontrer Allan Arkush, réalisateur du fameux « Rock’n’Roll High School » avec les Ramones, qui signait son second film avec ce « Get Crazy » où Malcolm McDowell jouait les Jagger arrogants et Lou Reed les Bob Dylan neurasthéniques, dans un film juste dingue où l’on retrouve tous les clichés du rock avec les groupies, le destroy et même un dealer sardonique aux yeux de braises pour une critique acerbe du rock-biz. Flashback…

J’avais découvert ce « Get Crazy » au Festival du film de Deauville et j’avais été immédiatement piqué au vif par ce petit grain de folie rock and roll. D’abord avec « Orange mécanique » puis « Oh Lucky man » j’étais fan de Malcolm McDowell et depuis le Tropicana Motel j’étais devenu pote avec les Ramones, surtout Joey et Dee Dee. Donc tendre mon micro au réalisateur de « Rock’n’Roll High School » était à mes yeux tout sauf une hérésie rock. Quelques mois plus tard, le film d’Allan Arkush est présenté au Festival du film rock de Val d’Isère, le Val Rock, et à cette occasion pour l’émission de Patrice Drevet sur FR3 « Drevet vend la mèche », j’allais justement interviewer Malcolm McDowell pour son rôle de Reggie Wanker dans « Get Crazy » qui sera publié lors d’un second épisode sur votre Gonzomusic…
Publié dans le numéro 185 de BEST sous le titre :
GIVRÉ

Une carcasse vert-de-gris fantomatique, une cathédrale de l’espace dessinée par Druillet ? Ce théâtre de LA, le Wiltern Theater, est une perle de l’architecture des années trente, chaque fois que je « cruise » sur Wilshire Blvd, ce théâtre me fait rêver. Manifestement, Allan Arkush, le réalisateur de « Get Crazy », a, lui aussi, flashé et l’a rebaptisé « Saturn Theater » pour en faire le pivot central de son film, une salle de concert où plane l’ombre du Fillmore de Bill Graham. Souvenez-vous, c’était à la fin des années soixante, pour trois dollars, le Fillmore vous envoyait en l’air, ivre de musique et de rêve. « Get Crazy c’est le Fillmore revisité par tous tes clichés du rock and roll : Woody Allen à Woodstock ou les Freak Brothers font du cinéma. C’est aussi « Airport » rock, un music suspense catastrophe où des gags défilent comme des centuries de space invaders. Au Saturn Theater, on fête le nouvel an dans un méga concert. Le vieux théâtre va vibrer grâce Reggie Wanker (Malcolm Mc Dowell), un super héros des charts, mélange subtil de Mick Jagger et de Rod Stewart, Piggy, le punky enragé que ses musiciens doivent enchainer, King Blues, un BB King éméché à la garda, et Auden (Lou Reed), un Dylan fantôme qu’on cherchera tout au long du film. « Get Crazy » hypertrophie les personnages traditionnels du monde rock du Bill Graham local (Daniel Stern) au dealer aux yeux lasers, le manager véreux de Serpent records (!) en passant par les hordes de groupies fanatisées. C’est qu’Arkush n’en est pas à son premier flirt avec le rock. Il a littéralement grandi avec. Originaire du New Jersey, Arkush passe tout naturellement ses étés à Asbury Park où il découvre Springsteen et Patti Smith, Tout en écoutant le Velvet et les groupes de New York, Allan Arkush s’inscrit aux cours de cinéma de l’Université de New York. Son prof préféré y sera Martin Scorsese, inconnu à l’époque. Durant ses études, notre réalisateur plonge dans le circuit rock: pour se faire de l’argent de poche, il devient justement éclairagiste au Fillmore de Bill Graham.

Electrric Larry
Le rock lui offre son premier thème de tournage avec les copains du Fillmore, Arkush filme en trois jours la grandeur et la décadence d’une rock star, un court métrage qui lui rapporte un prix ; pourtant malgré ses diplômes, notre réalisateur abandonne le cinéma pour se griller la tête tous les soirs au Fillmore. Lorsque la salle ferme, en 71, Alian Arkush part pour l’Europe où il assure les éclairages des Who, du Grateful Dead et de quelques autres monstres sacrés. À son retour aux States, il reprendra sa caméra. Mais ie rock est une drogue dont Arkush ne peut guère se passer. Pour l’exorciser, il tournera donc des films rock et notamment le fameux « Rock’n’Roll High School » avec les Ramones ( Voir sur Gonzomusic ). Aujourd’hui, Allan Arkush est à LA et mise beaucoup sur « Get Crazy » dont il nous a confié quelques clés.
« Parlons un peu de « Rock ‘n’ Roll High School ».
C’était en 78, à la crête de la new-wave pour les U.S.A. Si j’ai choisi les Ramones, c’est parce qu’ils représentaient un sang neuf. Le film a été tourné en 20 jours, à marches forcées de vingt heures par jour. Ce qui explique la construction du film en scènes très courtes.
Tu as tourné dans ton ancien lycée ?
Non, dans un collège catholique de Los Angeles abandonné car il n’offrait pas suffisamment de garanties de sécurité en cas de tremblements de terre. Au fur et à mesure du tournage, je trouvais que ce décor avait un côté « déjà vu » : en fait il avait déjà servi pour « Rock Around The Clock » et Blackboard Jungle ». Mon seul regret concernant ce film, c’est que faute de moyens, on n’avait même pas pu le sortir en stéréo.
Pourquoi ne pas avoir utilisé le Fillmore West pour « Get Crazy » ?
Le Fillmore était trop exigu et il n’a pas ce côté théâtre des 30’s qui convenait au Saturn.
« Get Crazy » aborde le thème de !a catastrophe-rock, as-tu songé au concert des Who à Cincinnati ? ( Le drame du concert des Who est survenu le 3 décembre 1979, lorsque le groupe se produisait au Riverfront Coliseum (aujourd’hui Heritage Bank Center) de Cincinnati, dans l’Ohio, aux États-Unis. Une confusion régnait quant à l’heure de début du concert et toutes les portes d’entrée de la salle n’étaient pas ouvertes. La ruée des spectateurs vers les seules portes avait provoqué la mort de 11 personnes. : NDR)
C’est vrai, mais le film est aussi une réaction face à la manière dont les concerts sont organisés de nos jours, on bourre les salles jusqu’à la gueule sans aucun respect du public. Moi, ça me fait débander d’aller voir les Stones ou Bowie dans un stade de hockey ou de base-ball. D’ailleurs, à un moment, la production voulait m’obliger à remplacer « Get Crazy » par « It’s A Rock And Roll Riot », c’est débile.
Parlons un peu de tes personnages, d’abord Daniel Stern/Bill Graham ?

Allan Arkush et sa collec extensive de vinyles
Daniel et moi, nous nous ressemblons étrangement physiquement et dans « Get Crazy» il était le seul à pouvoir camper mon propre personnage Je l’ai choisi surtout grâce à une scène de « Dîner », lorsqu’il engueule sa femme parce qu’elle a dérangé un disque de sa précieuse collection. Moi, j’ai une collection de disques démentielle et l’agis exactement comme lui.
Et Malcolm Mc Dowell ?
Son personnage est un patchwork de Jagger et de quelques autres. J’ai surtout voulu souligner le côté gosse gâté, ado attardé qui symbolise la plupart des rock stars. Le seul clin d’œil direct à Jagger, c’est lorsque McDowell chante sur la scène du Saturn : il bouge exactement comme Mick.
Mon personnage préféré, c’est incontestablement Lou Reed.
C’était le plus dur de tous un baladin éternel qui traîne sa guitare en permanence et qui l’utilise comme un journal intime il peut écrire toute la journée sur n’importe quel sujet. C’est ce qui m’a poussé à faire de Lou cette Arlésienne qu’on attend jusqu’à la fin du film. Quand j’ai bossé au Fillmore, on a attendu Dylan pendant des années. À chaque fois, il promettait de passer et on l’attendait encore : c’est ce qui m’a inspiré le personnage d’Auden. As-tu remarqué que la première fois où Lou Reed apparaît, tu le vois dans sa chambre en compagnie d’une femme sous des toiles d’araignées c’est une copie de la pochette de Dylan « Bringing It All Back Home ».

Allan Arkush et Lou Reed
Et Electric Lrary qui distribue des doses de LSD comme des hosties ?
Lui c’est un mélange de deux piliers du Fillmore, un dealer de coke du nom d’Electric Larry et Ozzlie qui fabriquait lui-même son acide, avec la détestable habitude d’en verser dans les distributeurs d’eau potable-à chaque concert du Dead et de l’Airplane.
Donc le film est un kaléidoscope de toutes ces anecdotes glanées au FilImore ?
Dans un sens, « Get Crazy » est à l’opposé de « Rock’ n’ Roll High School » où je transposais mes fantasmes rock lycéens pour les rendre vraisemblables. « Get Crazy, c’est l’inverse : les anecdotes véridiques y apparaissent comme des fantasmes.

Lou Reed
Y a-t-il une vie possible après le rock ?
Naturellement ; mais le rock fera toujours partie de ma vie, même si mon attitude face à lui est en constante évolution.»
Avec « Get Crazy », embarquez sur une galère cosmique aux couleurs punk et psychédéliques, un concert givré qu’on ne vivra jamais. Ladies and gentlemen, welcome to the Saturn Theater et gare à vos neurones….
À suivre l’interview de Malcolm McDowell au Festival Val Rock lors de la présentation du film « Get Crazy »
Publié dans le numéro 185 de BEST daté de décembre 1983
