CENTER

Vassia CenterVoici 30 ans dans BEST, GBD chroniquait l’album de Center, premier groupe indépendant soviétique publié de l’autre côté du rideau de fer. Emportés par le charismatique Vassia, nous avions découvert Center en live lorsqu’il avait ouvert au Krulya Sovetov  de Moscou pour les Écossais de Big Country. Sur fond de drapeau rouge…flashback nostalgique tovaritch !

CENTER PrivietLa semaine dernière ( Voir dans Gonzomusic https://gonzomusic.fr/gbd-chez-les-soviets.html  ) GBD Tintin reporter vous entrainait chez les soviets, l’espace d’un concert pour la paix, où une formation occidentale, en l’occurrence Big Country, dans la foulée de leur bien nommé « Peace In Our Time », partageait la scène d’un vaste palais des sports moscovite avec des groupes russes indépendants : une première mondiale tant chargé de symboles mais aussi d’espoirs. Premier groupe moscovite à se glisser à l’ouest Center, le groupe de Vassia Choumov avait eu le privilège d’être produit au studio Ferber à Paris par Maxime Schmitt, qui avait réalisé Taxi Girl comme le mythique « Chat Bleu » de Mink Deville. Et le résultat était assez étonnant, la langue russe collant assez bien à l’esprit du rock de Vassia largement inspiré des Beatles et des Kinks. Autre souvenir marquant, dans la foulé de la sortie de l’album, Barclay organise un concert de center au Gibus, l’ami tchèque Jiri Smetana n’y était bien entendu pas étranger. Le plus marquant dans cette histoire fut sans doute la présence de Jack Lang tant il semblait incroyable qu’un Ministre de la Culture en exercice descende dans une cave rock pour assister à un concert, cela parait anodin mais à l’époque c’était une incroyable Première. Jamais Malraux,  ou ses successeurs, le joyeux Maurice Druon ou le néanmoins guilleret Alain Peyrefitte n’auraient ainsi frayés avec des « blousons noirs ». Quelques années plus tard, incroyable rencontre j’avais retrouvé l’ami Vassia à Santa Monica, à LA, où il venait d’émigrer pour faire de la musique. На свой comme on dit là-bas 😉

 

Publié dans le numéro 247 de BEST

 

CenterGorbatchev et perestroïka, comme Kennedy et sa New Frontier, irrésistiblement le leader de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques se taille une authentique légende de pop star solide comme une sacrée Beatlemania. Et avec lui « red » devient soudain « beautiful », tandis que la fascination pour son non-marxisme New Age gagne les kids de la planète. Sur la crête de cette soviet- wave, le rock and roll de là-bas retrouve une fonction fer de lance de révolte et d’insolence. J’ai vu Center sur une scène russe et j’ai craqué. Explosés, volatilisés, désintégrés, le groupe de Vassia Choumov en dix accords faisait voler autant de masques que les accords SALT, un sacré coup d’aspirateur!

Biberonné au même rock que nous, celui des Stones, des Kinks, du Velvet, des Doors, de Bowie, des Beatles, des Stranglers et de tant d’autres, Center lui injecte le flux de son identité slave et des textes si acides sur la société soviétique que l’encre devrait en brûler le papier. « Navsiegda » ( Pour Toujours) joue l’ironie exacerbée en forme d’inventaire où du Spoutnik à la Balalaïka en passant par les blinis. Vassia énumère tous les kifs relatifs de l’URSS en souhaitant que « la liberté et la vérité soient à nous pour toujours”.  Back to Brejnev, trois ans auparavant, Vassia aurait pu se retrouver presto au Club Med goulag de chez Sibérie où les roustons gèlent grave. Et pas que… Aujourd’hui, le leader de Center peut chanter en toute impunité un texte aussi critique que « Tcheloviek » (Un Homme) mélange de « Nowhere Man » des Fab Four et du fameux « je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre » du numéro Six, le Prisonnier. Le rock sombre Velours Souterrain de Vassia me fait aussi parfois songer à Lou Reed, tant sa musique sait peindre le blues urbain de la Moskova en quelques riffs incisifs. Grâce à Center, Kafka rencontre enfin les Stranglers dans une red jam infernale, New Order et les influences OMD/Gary Numan/ Human League prennent soudain un goût infernal de caviarburger. Sous sa pochette allégorico-fifties- no future stalinien, le cœur de Center est une parfaite mécanique rock réglée par Maxime « Cherchez Le Garçon »  Schmitt, producer de TaxiGirl et de Kraftwerk, un son canon capable d’enfoncer bien des parts d’un marché vaste comme le globe. Pour la première fois, un groupe non officiel russe a le talent, les roustons et le son qu’il faut pour faire des pieds de nez à tous les Angles et aux Saxons. Après l’Irlande des Pogues, l’Afrique du Sud de Clegg, l’Israël d’Ofra Haza. l’Islande des Sugarcubes, la glasnost- transparence – de Center et le choc d’un rock qui roule en cyrillique prouvent que l’on n’a pas fini de voyager avec ses oreilles.

 

Publié dans le numéro 247 de BEST daté de février 1989BEST 247

 

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2 réponses

  1. Dounia dit :

    Bonjour,
    Nous sommes un label indépendant de musique urbaine. Nous souhaiterons avoir vos coordonnées afin de pouvoir vos envoyer des informations concernant la sortie des projets de nos artistes.

  2. STEPHANE FARGETTE dit :

    Bonjour. Pensez-vous qu’il est possible de retrouver des vynils de ce groupe ?

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