WALLY BADAROU À LA BOURSE DE COMMERCE
Hier à la Bourse de Commerce, j’ai pu aider un pauvre : un certain François Pinault. En effet, pour assurer ma mission de journaliste et assister au premier concert solo ever de l’ami Wally Badarou, malgrè ma Carte de Presse, j’ai dû me délester de 22 €. Mais je suis rassuré, grâce à mon obole, ce François-là au moins pourra sans doute manger à sa faim ce soir. Quant à Wally Badarou, seul accompagné de ses machines et d’une touchante simplicité, il a su revisiter avec flammes les radieuses compositions de ses années Island, lorsqu’il officiait aux cotés de Robert Palmer, Sly and Robbie, Grace Jones ou encore ses petits protégés de Level 42.
Pourtant tout avait bien mal commencé : cependant à l’entrée de gentils cerbères m’ont recalés, m’obligeant à financer les bonnes œuvres de mister Pinault. C’est sûr et certain, ne gagnant que mille fois mes maigres émoluments mensuels, ce monsieur-là doit forcément être dans le besoin, le pauvre ! J’ai même songé à faire un don de 1€ symbolique à sa Fondation, c’est dire. Mais le pire restait à venir avec en ouverture le duo British SlicknBobby de drum n bass. Leur show donné dans une gangue de béton modèle atrium a bien failli estourbir à jamais le peu d’audition qu’il me reste, à coups d’infra bass en mode massive attaque. Pourtant, au fil des ans, j’ai résisté à pas mal de sons chelous, mais là on est dans le domaine de l’insupportable, avec des vrombissements dignes d’un décollage de B 52. Terrible. Je pense que certains des spectateurs d’hier ont subi des dommages auditifs irréversibles. Malgrè mes Air Pods avec réducteur de bruits, je me suis réfugié au rez de chaussée évitant ainsi d’aggraver mes acouphènes. Pour le public resté sur place, on ne peut que prier pour eux et aussi que François soit bien assuré !
Mais heureusement qu’il y a Wally pour se remettre de ces émotions. Pour l’avoir interviewé au début des années 80 pour BEST, je savais combien il pouvait être doué. Et hier soir, le fameux clavier français d’origine béninoise l’a prouvé de la manière la plus cinglante, revisitant seul avec ses machines les titres de ses trop rares albums, mais également ceux de ses plus fameuses collaborations, à l’instar de ce medley où il a enchainé « Pop Musik » de M, « Addicted To Love » de Robert Palmer et « Libertango » de Grace Jones. Interprétant une partie de sa BO du « Kiss of the Spider Woman » ou encore un bien funky titre de Level 42 (Voir sur Gonzomusic LEVEL 42 AU 42ème NIVEAU ) avec lesquels il a longtemps collaboré, Wally emporte aisément l’adhésion du public. Normal, sa douceur et sa timidité, sa modestie et son talent ne pouvaient laisser quiconque indifférent. Musicien hors pair, il joue au pur feeling, lorsqu’il mélange un beat high life d’inspiration Fela aux claviers funky de … Wally Dit Herbie hancock, moi je penche plutôt pour du Stevie Wonder façon « Too High » pour créer un son neuf. Lorsqu’il achève son set bien trop court, on en voudrait encore et encore, mais la Bourse doit appliquer un couvre-feu, l’ami Wally sera donc privé de son rappel. Lorsque je le retrouve dans sa loge pour le saluer et le remercier, je ne peux m’empêcher de lui lancer : mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de faire ton propre show live ? Sa non réponse et son sourire radieux prouvent qu’il y a manifestement pris gout et qu’on peut parier qu’on n’attendra plus quarante ans pour assister à nouveau à un concert de Wally Badarou.
