RONNIE WOOD À L’OLYMPIA
You better knock, knock on wood, baby… et cela n’a pas raté, comme dans la chanson d’Eddie Floyd, samedi dernier le public de l’Olympia a pu allègrement taper du pied pour accompagner deux heures de blues, de soul et de pur rock’n’roll d’exception signé Ronnie Wood. Entouré d’Imelda May, de Chanel Haynes et de musiciens de haute volée, le fameux guitariste des Rolling Stones a célébré les différents chapitres de sa carrière, des Faces aux Stones en passant par son répertoire solo. Un concert parfois vacillant dans son exécution, mais porté haut et fort par le super pouvoir du fun.
Par Jean-Christophe MARY
Il est un peu plus de 20 heures lorsque le légendaire Ronnie Wood entre sur la scène de l’Olympia. Chemise bleue, pantalon blanc, guitare en bandoulière, sourire aux lèvres. Derrière lui, un simple rideau rouge frappé de son visage.
Il salue le public et lance les hostilités avec « It’s Only Rock ’n’ Roll (But I Like It) ». D’entrée le show file sur l’autoroute du rock’n’roll. À la fin du morceau, son médiator vole dans la salle. Premier d’une longue série. À 79 ans, le guitariste des Rolling Stones est juste la pour jouer, s’amuser. Et, surtout, prendre du plaisir.

Pendant près de deux heures, Ronnie Wood va parcourir une histoire du rock britannique dont il constitue l’un des témoins les plus privilégiés.
Les Rolling Stones, évidemment. Les Faces, naturellement. Mais aussi sa carrière solo et, plus largement, tous ces morceaux qui ont nourri son imaginaire, le blues, le rhythm and blues, la soul, la country et bien sûr rock’n’roll. Après l’ouverture tonitruante de ce « It’s Only Rock ’n’ Roll (But I Like It) », « Am I Grooving You », de Freddie Scott, installe une couleur blues. Puis « Take It Easy », reprise d’Hopeton Lewis, apporte ses accents rocksteady avant que « Flying », magnifique ballade des Faces, ne ralentisse le tempo.
Ronnie Wood change de guitare au fil des morceaux. Une Stratocaster, une Telecaster, une Grestch, une ou deux autres encore se succèdent…
Avec « Hey Negrita », on retrouve le territoire des Rolling Stones. Stratocaster en main, maracas à l’occasion, grimaces et sourires, il redevient ce guitariste immédiatement identifiable par son mélange de nonchalance et d’instinct.
Le morceau s’étire en longueur comme beaucoup d’autres qui vont suivre.
Puis Wood s’attaque à « Seven Days », écrite par Bob Dylan. La voix n’a rien de spectaculaire mais elle possède cette patine qui sied au blues et au rock. A nouveau, son médiator vole au-dessus des premiers rangs.
Vient alors « Remember (Walking in the Sand) », présenté avec Imelda May. L’arrivée de la chanteuse irlandaise change immédiatement la donne. Sa voix puissante, rocailleuse, presque physique, apporte un contrepoint idéal à celle de Wood. Avec « You’re So Fine », « Baby What You Want Me to Do » et « Show Me », les deux voix se mêlent. Puis Chanel Haynes la choriste des Rolling Stones entre elle aussi pleinement dans la danse.
Le groupe AMMO qui accompagne Ronnie Wood sur cette tournée est constitué de fines lames du rock et du blues. Andy Newmark à la batterie, Willie Weeks à la basse, Johnny Lee Schell à la guitare et Andrew Wallace aux claviers forment une section rythmique suffisamment solide pour permettre à Wood de prendre des risques et de changer de direction sans jamais perdre totalement le fil.
« Mystifies Me » constitue l’un des moments les plus touchants avec son atmosphère de recueillement. Puis « River Deep, Mountain High » fait monter la tension. Chanel Haynes déploie alors toute sa puissance vocale et emporte littéralement la salle. La suite ramène Ronie Wood vers les Rolling Stones avec « Country Honk ». Telecaster noire en main, violon à l’appui, le guitariste revisite le morceau dans une veine country. Un choix qui rappelle combien la musique des Stones est enracinée dans les musiques américaines. Le jeu de Ronnie Wood n’est pas toujours parfaitement précis. Certaines notes dérapent, quelques transitions manquent de netteté, certains passages sont moins maîtrisés. Mais qu’importe ce soir, c’est l’envie de jouer, de prendre du plaisir dans un élan de liberté qui importe. Et cette liberté de jeu explique aussi la réussite d’Imelda May et de Chanel Haynes. Avec « Chain of Fools », les deux chanteuses prennent véritablement possession de la scène. Les voix se croisent, se répondent, se défient. Ronnie Wood les accompagne avec un large sourire.
La deuxième partie du concert gagne encore en intensité. « Boogie Disease » est joué avec une énergie presque animale. Le groupe se lâche. Puis « Spoonful », plus lourd, plus sombre, permet à Imelda May de montrer l’étendue de ses capacités vocales. Et lorsque arrive « Ooh La La », l’un des classiques des Faces, l’Olympia chante à l’unisson . Le morceau transforme la salle en chorale improvisée. Puis les premières mesures de « Can’t You Hear Me Knocking » font immédiatement monter la température. Le riff est là. Même s’il est brinquebalant, il est reconnaissable entre mille. Quelques approximations une fois encore, mais elles ne parviennent pas à briser l’élan. Au contraire, elles rappellent que ce concert est joué en direct, sans filet, avec cette part de risque qui constitue précisément le sel du rock. Après « Outlaws », Ronnie Wood remercie longuement le public. Fin du set.

À 22 heures, Ronnie Wood revient pour le rappel. Accompagné du batteur, il plonge dans un medley « Dust My Broom / Plynth / Gasoline ». Bottleneck sur la guitare, le voilà revenu aux racines du blues. Le son est plus dépouillé, plus brut. Puis vient le dernier coup de semonce avec « Stay With Me ». Le morceau emblématique des Faces est accueilli comme un hymne. Imelda May et Chanel Haynes rejoignent Ronnie Wood. Le public chante à pleins poumons. Ronnie Wood est heureux, souriant. Deux heures durant Ronnie Wood a livré un show plein d’énergie, dans l’esprit de ceux des 70’s. Un show rock’n’roll et blues chaleureux, sans démonstration technique, mais avec beaucoup de plaisir partagé.
Un grand merci à la cool Carine Chevanche et aux équipes de Corida pour cette soirée exceptionnelle.
All pix by JCM
Set-list:
1. It’s Only Rock ‘n’ Roll (but I Like It)
2. Am I Grooving You
3. Take It Easy
4. Flying
5. Hey Negrita
6. Seven Days
7. Remember (Walking in the Sand)
8. You’re So Fine
9. Baby What You Want Me to Do
10. Show Me
11. Mystifies Me
12. River Deep, Mountain High
13. Country Honk
14. Chain of Fools
15. Boogie Disease
16. Spoonful
17. Ooh La La
18. Can’t You Hear Me Knocking
19. Outlaws
Rappel : Stay With Me
