NEW ORDER  LE GROUPE SOUTERRAIN LE PLUS LUMINEUX DU MONDE

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New Order_

 

Voici 30 ans, dans BEST, GBD traversait la Manche pour rencontrer ce qui constituait alors LE groupe le plus énigmatique, le plus secret du moment : New Order. Envoyé spécial du « Mini Journal de Patrice Drevet » sur TF1 ET de BEST à Manchester, j’étais alors accompagné d’une équipe de télé, suivi par Yves Bigot et son crew pour le « Rapido » d’Antoine de Caunes, la « concurrence » des « Enfants du Rock » sur Antenne 2. « Brotherhood », leur dernier album était sorti voici quelques mois et c’était sans doute la toute première fois depuis le suicide de Ian Curtis, que ses ex-compagnons de Joy Division se pliaient ainsi au jeu médiatique avec des journalistes français. Flash-back…

 

New Order_Que de chemin parcouru depuis les lentes incantations de Ian Curtis au désormais légendaire concert de Joy Division aux Bains-Douches ! Groupe météore, Joy Div sera figé par la légende du rock, ce funeste 18 mai 1980 lorsque le chanteur, hanté par le plus profond spleen, décide de mettre fin à ses jours, en se pendant dans sa villa de la banlieue de Manchester. Ian n’avait alors que 23 ans, bien trop jeune pour le « 27 club » de Jim Morrison, Janis Joplin, Jimi Hendrix ou James Dean. Et pourtant ! « Closer » le second LP du groupe mancunien, n’était même pas publié. Lorsqu’il sort c’est un tabac ! Immédiatement, pourtant les trois membres survivants décident de renoncer à leur patronyme. Trois mois plus tard, histoire de remonter la pente, les ex-Joy Div décident de donner un concert au Beach Club de Manchester. Ils n’ont alors aucun nom et la légende raconte que Rob Gretton, leur bouillant manager, leur suggère alors New Order, inspiré par un article paru dans le Guardian… sur le « nouvel ordre »…instauré par les dirigeants du Kampuchea démocratique…soit le sanguinaire régime de Pol Pot et de ses désormais tristement célèbres Khnmers Rouges. À la décharge de Gretton, quelques mois auparavant, du 26 décembre au 29 décembre 79, les Wings de McCartney, the Who, Queen, Elvis Costello, the Pretenders, the Clash, the Specials et quelques autres avaient donné une série de concerts pour venir en aide au peuple du Cambodge, désormais rebaptisé Kampuchea …ignorant, bien entendu la tournure génocidaire que prendrait ensuite ce nouveau régime, illustré par le terrible film « The Killing Fields (La déchirure) » de Roland Joffé. Durant le concert, les trois membres survivants de Joy Division vont s’essayer au chant et c’est finalement Bernard Sumner qui se révèle le plus convaincant. Cependant, comme ce dernier a parfois  des difficultés à coordonner sa voix et son jeu de guitare,  la petite amie du batteur Stephen Morris, Gilian Gilbert rejoint alors le groupe en tant que claviers et guitariste additionnelle. New Order devient alors  ce « bizarre carré d’amour » rencontré pour BEST. Il faut néanmoins, préciser un détail essentiel dans l’évolution du groupe. En 1981, ils partent  à New York où le rap et la musique électronique font leurs premiers pas. Dés l’éblouissant « Blue Monday », New Order plonge dans le courant de l‘Histoire, rejoignant ainsi le club fermé des pionniers de l’électro, aux côtés de Kraftwerk et de leurs collègues de Depeche Mode. Plus tard, le fameux Arthur Baker remixera certains de leurs 45 tours. Avec « The Perfect Kiss », « Shellshock », « Thieves Like Us » puis « Bizarre Love Triangle » et « True Faith », NO achève sa conquête de la petite planète bleue, tandis que le club fondé par leur label Factory, The Hacienda, devient aussi célèbre que le Studio 54 de New York ou le Palace de Paris. Malgré tout son succès, le groupe se sépare en 93. Chacun y va de son projet solo, avant que New Order ne se reforme une première fois en 98…pour se re-séparer en 2004…et se reformer à nouveau, mais avec un line up alternatif en 2011 après le refus de Peter Hook de rentrer dans le rang.

 

 

Publié dans le numéro 226 de BEST sous le titre :

 

 

BIZARRE CARRÉ D’AMOUR

Stephen

Stephen

 

 

Hivernale, la pluie martèle froidement la grande bâtisse ronde du Royal Albert Hall. Ce soir, la plus belle « venue » du Royaume-Uni s’offre le groupe le plus intrigant du moment. Dans un décor qui rappelle plus la salle du trône, où Tintin est fait Chevalier du Pelican d’Or dans « Le Sceptre d’Ottokar », que la pénombreet l’humidité des caves de Manchester, New Order va secouer les dorures de ses rythmes éthérés. New Order, groupe phare, groupe à part, se distingue aussi dans l’exercice subtil de la scène. Là où certains jouent la communication hybride, hypocrite et forcée, New Order ose la pudeur et la distanciation tranchée et aveuglante comme les projos blancs qui balaient les planches du Royal Albert Hall. New Order désarçonne à tout prix; même les fans hésitent à reconnaître les intros des morceaux tant leur exécution live est plus nerveuse, plus instinctive que leurs alter ego gravés dans le vinyle. New Order, maxi-machine à danser: « Confusion », « Sub Culture» ou « Bizarre Love Triangle» embrayent dans le feu du live, en overdrive rock tranchant comme le fil du rasoir. Quarante-cinq minutes d’un set traversé comme un cent-dix mètres haies, New Order joue l’entité en refusant la tentation du rappel. Plan de fin, lumières sur les dorures de l’Albert Hall, les quatre de Manchester laissent la sensation irréelle d’une faille spatio-temporelle. Pour tenter de percer New Order, il faut bien plus qu’un gig. Le son aérien, pulsé et synthétique, comme un cœur artificiel, m’entraîne vers le Nord du pays jusqu’au fief du groupe. Noir délavé comme un jean 501, Manchester est une méga toile d’araignée qui frissonne sous la neige fondue. L’Espace Renault rouge file comme un overcraft et la musique de New Order sur la cassette du bord invente l’apesanteur synthétique. « Brotherhood » est une B0 parfaite pour le film d’un reportage sur ce groupe affublé à chaque article des éternels et lassants qualificatifs de « secret» et de « n’accorde jamais d’interview ». Les rédacteurs rock alimentent le feu de la légende. New Order refuse le cirque traditionnel médiatique. Les journalistes craignent-ils ce qui leur échappe ? Comme ils ne parviennent pas à percer New Order, ils se planquent derrière l’image superficielle et quasi monastique d’un New Order idéalisé plongé jusqu’au cou dans un rock ténébreux. Clignotant à gauche vers le parking d’un petit immeuble de trois étages, genre modèle cossu de la banlieue de Manchester; en foulant le gravier devant chez Factory, j’ignorais encore qu’une heure plus tard, en rencontrant le groupe, la plupart de ces clichés s’auto-détruiraient comme la bande magnétique de MISSION IMPOSSIBLE. Mais pour l’heure, Factory is still Factory. Ambiance studieuse, un rien glacée, lithos arty sous verre et Tony Wilson, un manager qui pratique l’art du « no comment » forcené. C’est vrai, depuis toujours le label de Manchester cultive l’énigme comme tant d’autres les salades, cela vaut sans doute mieux. 

Rochdale

Barney

Barney

Dans le local où on entrepose également les disques, j’attends stoïquement Rob Gretton le manager de N.O. Dans n’importe quel autre label, un responsable promo maison m’aurait soûlé de nouveautés soi disant bandantes et de moult platitudes showbizesques variées. Factory préfère l’indifférence comme un artiste-peintre choisit une chambre de bonne anonyme d’une ville du bout du monde pour y jeter son âme sur un morceau de toile. Car si les choix musicaux Factory sont parfois contestables, voire même parfois chiants, chaque pochette est une œuvre d’art, un objet rare et précieux. Enfin, la barbe grisonnante du manager parait dans l’encadrement de la porte. En New Order, la vie est un feuilleton toujours rebondissant: d’abord Rob ne s’est pas réveillé, puis le studio habituel a subi une inondation et par conséquent l’entrevue est déplacée de trente bornes à Rochdale, dans le 16 pistes personnel du bassiste Peter Hook où le groupe prépare sa tournée australe. L’Audi 200 Quattro de Gretton ouvrira la voie sur l’autoroute, frisant l’aqua-planning. Rob est un drôle de personnage. Cinquième New Order, il a monté Gainwest Limited, une société qui gère les intérêts du groupe. Déjà manager de Joy Division, le barbu assure depuis toujours et à sa manière les tractations financières. Si le deal avec Factory est 50/50 pour |’Angleterre, chaque territoire est négocié séparément et au feeling. EMl pour l’lrlande, Warner au Brésil ou Q West, le label de Quincy Jones pour les USA. En France, Virgin assure la distribution (NDR: Alain Artaud qui était responsable de l’international chez Virgin France. Gretton l’allumé négocie à l’époque s’est toujours vanté d’avoir clot le contrat Factory avec Rob Gretton après une ardente partie de flipper électrique,en tirant sur un pétard, mais on n’a jamais su vraiment qui avait gagné;) That’s rock and roll !)  Les rapports avec Factory sont quasiment ceux d’un couple marié sans contrat; le label assure les coûts d’enregistrement et le groupe se débrouille pour subvenir à ses besoins. New Order n’est pas du genre à claquer des milliers de dollars en hôtel‘s de luxe. À l’instar de Dépêche Mode avec Mute, New Order n’a jamais signé aucun contrat avec son label  et contrôle à 100 % tous les stades de la production, le choix des titres, de la gravure, de la pochette, etc. La liberté est bien une question de totale confiance mutuelle. On a souvent reproché au groupe le choix de son patronyme, mais, répétons-le, New Order -I’Ordre Nouveau- n’a aucune consonance fascisante,  bien au contraire. New Order c’est comme le New Deal de Roosevelt, une nouvelle donne égalitaire à outrance, un socialisme qui fonctionne comme un kibboutz ou un kolkhoze et qui bafoue les lois trop souvent puantes et réacs de la showbiz machine. Le dernier album ne s’intitule pas « Fraternité » par hasard… Lorsque lan Curtis, le chanteur de Joy Div’ s’est pendu, les trois autres se sont accrochés pour continuer à tout prix le combat-rock. Dos à la scène, en refusant obstinément de jouer les titres de Joy Division, les New Order sont des outlaws et des arracheurs de dents et tout leur blé a été siphonné par the Hacienda, le club qu’ils ont ouvert à Manchester. La liberté c’est aussi le droit au mensonge.

 

Factory

Peter

Peter

En 87, New Order apparaît comme LE groupe montant. L’album « Low Life » avait déjà. éclaté comme une somptueuse grenade offensive. « Brotherhood », c’est l’escalade. Un exocet-choc, un LP génial et tout simplement POPULAlRE où chaque chanson est comme un paquet de biscuits pour la route; et elle est longue, la route. « Brotherhood » est si lumineux qu’il vaut mieux l’écouter avec des lunettes de soleil. Rochdale, petite bourgade de province industrielle sert donc de planque à nos rockers terroristes. Sa rue principale serpente dans l’ennui avec ses boutiques aux devantures fatiguées. Dans une ruelle, face à une bâtisse baroque de briques rouges délavées, les New Order font vibrer le studio 16 pistes de terribles accords froidement ravageurs. Le blond Barney Sumner (alias Bernard Albrecht) chante les yeux fermés en dodelinant doucement de la tête. Stephen Morris, le batteur a le regard fou comme l’éclat d’une cymbale. Peter Hook, barbu, en T-Shirt souvenir de San-Diego envoie  son jeu de basse si particulier, sans doute l’unique trait d’union entre Joy et New Order. Ravissante pièce rapportée depuis l’époque Joy, Gillian Gilbert laisse ses doigts fins courir sur les claviers. C’est vrai, New Order est une anti-entité, un non-groupe et les interviewer n’est pas à proprement parler une partie de plaisir. Premier axiome : à une question censée ne correspond pas obligatoirement une réponse cartésienne. Ensuite, les New Order manient avec un certain talent le doux équilibre entre le no comment et le delirium tremens. Si on les interroge sur leur vie privée, leur fournisseur officiel de chaussettes ou leur marque préférée de Gin, le souffle du silence impressionne indubitablement la bande magnétique. Parfois, au contraire, ils jouent la provoc’ à fond ‘en racontant à leur malheureux et néanmoins choqué interlocuteur qu’ils investissent toutes leurs royalties dans la fabrication d’une secrète bombe atomique. Lorsqu’on lui parle studio, Bernard réplique Buckingham Palace. Stephen – que certains journalistes surnomment « Simplet» – est sans doute le plus gentil du gang, mais son innocence a quelque chose d’illuminé au fond des yeux. Quant au barbu Peter, il ne lui manque pas grand chose pour être le plus, loquace des New Order et rafler à Bernard le titre de spokesman officiel du groupe. Lorsqu’on évoque leur label « Factory », les N.O. répliquent. « ami ami» et « nécessaire sauvegarde de leur vie privée ». Si on les interroge pour savoir s’ils n’ont jamais de dollars au fond‘des yeux ils répondent: «on a besoin d’un minimum d’argent pour continuer à exister, mais pas question de faire de la musique à l’abattage. On n’a pas envie de se tuer à la tâche. » Et si on leur demande une définition ad hoc du mot « fun », ils vous disent : «le fun ? Heu, il y a si longtemps on se souvenait encore ce que c’était, mais je crois que nous avons oublié. » Et les New Order d’éclater de rire et ces éclats de balayer comme un mauvais rêve leur image de sinistrose. Les quatre de Manchester sont des gais lurons, mais leur obsession d’indépendance leur colle aux pattes comme un sacré lot de casseroles. Sage, silencieuse, appliquée dans son coin au réglage de ses programmes, Gillian Gilbert, l’égérie de New Order, se distingue du reste du groupe. ll est. vrai qu’elle n’a pas connu lan Curtis et toute l’époque Joy. Et surtout, elle incarne ce virage à angle droit, le second souffle  depuis « Blue Monday » qui a mené New Order jusqu’aux pistes de danse de Manhattan. S’il était propulsé par une vague de fond comparable à celle de Cure, New Order le groupe souterrain le plus lumineux du monde, pourrait se transformer sans peine en pourfendeur de taille et d’estoc des charts. Le parallèle avec Cure n’est pas forcément débile. À mon sens la formation de Robert Smith a passablement emprunté au son New Order. Je parie que sans les guitares de « Low Life » jamais il n’y aurait eu leur « In Between Days ». Aujourd’hui c’est « Bizarre Love Triangle» qui incarne le côté dance-floor/fer de lance avec son beat irrésistible. Ce titre est choc. Saura-t-il mener New Order vers un légitime jackpot des ventes ? Si New Order était un groupe conventionnel, la réponse serait: assurément. Mais avec eux, tout peut arriver.

L’interview

Gillian

Gillian

ll faut se méfier des eaux dormantes, Gillian croise les jambes dans sa robe à fleurs Liberty’s. Brune, fragile, c’est avec un pâle sourire et un filet (mignon) de voix qu’elle susurre à mon micro quelques réponses au flot de questions en suspens sur l’énigmatique New Order. Drôle de gymkhana pour un journaliste, car il faut sans cesse jongler pour éviter les chausse-trappes et les blocages de questions « trop personnelles ».

New Order fait-il parfois des sets acoustiques ?

Bien sûr, nous faisons des trucs acoustiques autant qu’électroniques. Mais les gens adorent nous classer dans toutes sortes de placards. Lorsque le groupe a commencé, on nous demandait: « qu’est-ce qui vous prend de sombrer ainsi dans l’électronique ? » Nous aimons toucher à tout et notre futur est loin d’être purement électronique. D’ailleurs, lorsque nous jouons sur scène tout est vraiment live. Certains groupes acceptent de jouer sur bandes ou disquettes, pas nous. Au contraire nous bouleversons chaque soir le choix des morceaux.

Vous ne jouez jamais les mêmes chansons dans le même ordre…

Exact. Dix minutes avant le début du concert, nous décidons collectivement de ce qu’on va faire. C’est un drôle de sport. Avant chaque tournée, ça nous oblige à répéter plus de quarante morceaux, c’est-à-dire tout ce que nous avons écrit depuis le début du groupe. Pour nous c’est plus dur de bosser ainsi, les morceaux ne sont pas toujours parfaits, mais c’est nous et on ne peut pas nous changer. Et c’est le seul moyen d’échapper à l’ennui. Un concert New Order c’est un peu comme jouer à la roulette russe. Nul n’est parfait, surtout pas nous.

 …sauf les « Kisses » ! (Cf « The Perfect Kiss )

Oh c’est juste un titre et eux aussi sont choisis à la dernière minute. Chez nous en général, le titre n’a qu’un très vague rapport avec le texte, mais les gens cherchent toujours obstinément à lire entre les lignes.

Pourquoi n’imprimez-vous jamais vos textes sur les pochettes ?

Parce qu’ils sont indissociables de la musique, il ne faut pas les séparer. Lorsque lan est mort et que j’ai rejoint le groupe, tous les journalistes nous demandaient : « mais comment pouvez- vous continuer ? ». Ils croyaient tous que lan faisait absolument tout, mais il y avait déjà trois autres personnes pour assurer la musique. Sans doute à cause des circonstances dramatiques de sa mort, les fans se sont-ils plus penchés sur les textes. Lorsqu’un événement comme celui-ci se produit, tout le monde se transforme en médecin légiste pour tout disséquer. La durée d’existence de Joy aura été si courte. En fait bien peu de gens ont vu les concerts de Joy Division ; lorsque le groupe a commencé à être connu, il n’existait déjà plus.

New Order c’est une toute autre histoire ?

On ne cherche pas à imposer quoi que ce soit au public, on veut juste lui offrir ce qu’il y a de mieux en nous. Et s’il apprécie, c’est super, car nous, on apprécie vraiment chaque instant avec New Order.

De même, il n’y a jamais vos noms sur les pochettes…

ll y a le nom du groupe et c’est bien nous.

 Car vous croyez que les gens doivent s’attacher à la communauté du groupe sans se soucier des individus qui la composent. C’est très socialiste !

Ça l’est si tu colles une étiquette socialiste. Pour nous, ce qui compte c’est LE GROUPE. ll faut savoir se dépasser soi-même.

Je sais que vous êtes passablement motivés par les compact-discs. Pourquoi n’offrez-vous pas plus de musique sur vos albums CD, des trucs comme les faces B inédites des maxis ?

C’est drôle que tu en parles, car nous allons justement sortir une compilation de nos singles en CD. (NDR les CD déboulaient à peine sur le marché du disque)

Parlons des Maxi de N.O.

Nous aimons réaliser nos disques de manière assez différente de ce qu’on fait sur scène. Par exemple « Confusion » et « Shell Shock » live n’ont quasiment rien à voir avec les versions du disque, ça nous évite de devenir des gâteux précoces comme la majorité des groupes. »

Time’s out, Gillian Gilbert rejoint ses petits camarades et on sort prendre un thé au local caf’. Dans le parking face au studio, l’écurie des véhicules à moteur du groupe est alignée côte à côte: |’Audi de Rob, la Mazda Sport de Barney, la Volvo de Stephen, la Toyota de Peter et la Fiat de Gillian. Avec les walkman CD qu’on leur a offerts au Japon, voilà deux ans, |es bagnoles constituent le seul vice matérialiste des membres du groupe et un inépuisable champ de discussions internes. Plus tard, de retour au studio. les New Order attaquent leur répétition par « Paradise ». L’ambiance est appliquée : méticuleux et pourtant complètement instinctifs. Bernard, Stephen, Peter et Gillian semblent jouer d’un scalpel invisible qui déchire les tripes. L’émotion mise en avant prime tout. La cohésion de groupe est si forte qu’elle semble effacer jusqu’aux visages de ceux qui le composent. Drôle de sensation.  Malgré le gig du Royal Albert Hall, le trip à Rochdale, la découverte du studio de répète, la nébuleuse New Order garde jalousement la plupart de ses secrets. Profondément allergiques au système pop music, les New Order rejettent l’imagerie facile du culte de la personnalité pour mettre en avant toute la déflagration de leur musique. C’est vrai, je ne sais rien de leur vie quotidienne, de leurs habitudes culinaires et de leur vote aux prochaines élections. Je sais juste qu’ils sont parfois capables de rigoler. Et toujours d’engendrer d’entêtantes merveilles comme « Brotherhood ». Preuve par 4 qu’il faut sans doute savoir parfois oublier la légende pour jouir pleinement de la  réalité.

Publié dans le numéro 226 de BEST daté de mai 1987

 

 

 

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