MORY KANTÉ « Akwaba Beach »

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Mory Kanté

 

Voici 30 ans dans BEST, GBD persévérait dans sa croisade pour la world music avec cette chronique du second album de Mory Kanté, vecteur d’un des plus gros succès du tam tam planétaire avec le fameux « Yéké Yéké ». Ainsi, après le Xalem, les Touke Kunda et Youssou N’dour, le mag de la rue d’Antin s’engageait pour une nouvelle star de l’Afrique francophone. Trois décennies plus tard, il fait toujours aussi bon sous les palmiers ensoleillés de cette « Akwaba Beach ». Flashback…

 

 

 

Certes j’avais quitté l’antenne de RFI après quatre années aussi intenses que  passionnantes, où j’avais eu tout le loisir de programmer et d’animer une émission quotidienne totalement melting pot où je pouvais mêler rock français et anglo-saxon, funk et world music, rap et reggae, sans oublier les prémices de la musique électronique. Métisseur un jour, métisseur toujours. Je continuais avec la même philosophie dans l’édition de 18h du JT de TF1 chaine publique…puis privée,, mais toujurs à Cognacq-Jay le fameux « Mini-Journal de Patrice Drevet » et dans les colonnes de BEST. Par conséquent lorsque j’entends ce « Yéké Yéké » et les autres chansons de cet « Akwaba Beach » mon sang ne fait qu’un tour. Certes j’avais déjà état séduit par son live « Mory Kanté à Paris » de 84, tout comme par son premier LP « international » « 10 Kola Nuts » de 85. Mais avec cet album, Mory Kanté allait réussir un véritable tour de force : imposer son étourdissante rengaine africaine non seulement dans la cuisine des ménagères de moins de 50 ans, mais aussi sous les spotights des pistes de danse des discothèques. Le succès fracassant de « Yéké Yéké »  va surtout échapper très vite aux frontières de l’hexagone pour s’imposer en tant que véritable phénomène planétaire. La chanson sera même adaptée dans une douzaine de langues étrangères. Cependant, derrière chaque grande victoire il y a souvent un grand homme ( ou une grande femme), dans le cas de Mory Kanté, il s’agit de Philippe Constantin, PDG du label Barclay à l’époque et l’homme dont le flair exemplaire avait déjà révélé Higelin, Telephone, Starshooter comme Taxi Girl. Chez Barclay, Tintin propulsera Stephan Eicher, Khaled, Bashnung, l’Affaire Louis Trio et tant d’autres…mais c’est déjà une autre histoire du rock, n’est-ce pas ?

 

Publiée dans le numéro 234 de BESTMory Kanté

 

Second LP sur le label Barclay pour célébrer le retour de Mory Kanté, le griot électrique, et la nouvelle Afrique en micro-chips qu’il incarne si bien. L’eau a coulé sous les ponts depuis son « Mory Kanté à Paris » le premier LP paru chez Celluloid du Malien enfiévré. À la grâce de la kora et des percus traditionnelles sont venues se greffer les séquences infernales des computers qui chantent le monde des années 80. D’ailleurs « Akwaba Beach » démarre sur  l’irrésistible « Yéké Yéké » qui figurait déja sur son premier trente. Mais, cette fois, le lifting technologique est assez vertigineux pour emporter pistes de danse et ondes FM. Cuivres renversants,  percus syncopés et le cri puissant de Mory dans l’écho. « Yé Ké Yé Ké » saura fondre la glace et dynamiser notre occident frileux. Multi cross-over. le nouveau son de Mory frise même le funk minnéapolitain de Jimmy Jam et de Terry Lewis‘, « Tama » rappelle furieusement le beat du « What Have You Donc For Me Lately » de Janet Jackson. Quant à « Africa 2000 » il incarne toutes les aspirations utopiques d’une Afrique unifiée sur lignes de synthés avec la kora de Mory au feeling contrasté d’un cœur qui bat la chamade. Les adeptes de l’afro-folk canal historique vont sans doute hurler à l’anathème, au métissage sur un mode  Frankeinstein. mais le supersonique Mory vole déjà trop haut dans les nuages pour la DCA de leurs critiques. Les plages d’« Akwaba Beach » sont une aventure qui donne I’envie de plonger. Après les Touré et Youssou N’Dour. Il faudra désormais compter avec Kanté.

 

Publiée dans le numéro 234 de BEST daté de janvier 1988

 

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