Moi je passe mon Nouvel An avec les Stones…et vous ? Episode Five : live at the Tokyo Dome 1990

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Stones live

Dans la collection « From the Vault », cette cave aux trésors de live historiques que les Rolling Stones publient peu à peu, voici l’addictif coffret « The Complete Series 1 » composé de cinq DVD (ou BD et autres versions collector’s). Cinquième et dernier épisode : live at the Tokyo Dome 1990…en attendant bien sûr l’an prochain la parution d’un concert cher aux fans français des Stones, le show des « Abattoirs » en juillet 76 magistralement réalisé par mon frangin Freddy Hausser pour son « Juke-Box » .

 

Rolling Stones.Tokyo DomeCertes, je n’étais pas présent ce soir-là au Tokyo Dome…mais presque. En effet, ce show se situe dans la partie orientale du Steel Wheels/Urban Jungle Tour. Or deux mois auparavant, le 13 décembre 89, par contre, j’assistais bien au show de la même tournée donné au Stade Olympique de Montréal, Canada où mes potes de Living Colour assuraient la première partie sur ce qui constitue sans doute la plus vaste scène qu’il m’ait été donné de contempler face à 78.000 spectateurs. Au Tokyo Dome, c’est un peu la même story, mais avec « seulement » 55.000 spectateurs sauf que…à Tokyo, les Stones ont donné 10 shows du 14 au 27 février donc fois dix…soit en tout plus d’un demi-million de spectateurs…what a jackpot ? Il est vrai que le groupe de Jagger ne s’était pas produit en live depuis plus de sept ans. Et si ce n’est les fortes rumeurs de split, tout n’était certes pas au beau fixe entre les « Glimmer Twins » Mick et Keith.

Et tandis que retentit « Start Me Up », Mick apparaît avec son sens si perso du style portant un blouson multicolore sur fond jaune, chemise vert satin flashy et pantalon de bandit mexicain clouté sur les côtés…tout un trip ! Mick a 47 ans. On note que l’ami Charlie a vieilli. Tout en noir as usual et portant une sobre chemise blanche, Keith paradoxalement s’en sort bien considérant qu’il revient de loin, même si son visage demeure bien buriné par le choc des années…et les excès. Il porte également une veste jap noire. On l’ignore encore à cette heure, mais ce sont les tout derniers concerts où Bill Wyman tient la basse. « Bitch » en impeccable salope rock. Puis c’est au tour de « Sad Sad Sad », une track obscure de « Steel Wheel », il en faut toujours au moins une par concert n’est-ce pas ?  « Domo aligato ! », lance Mick ze polyglote, avant un rugeux « Rock And Hard Place ». Retour aux choses sérieuses, avec la soul-food d’ « Harlem Shuffle », le hit de Bob and Earl en 63. Belle reprise tout de même, il faut l’avouer. « Are you feeling good ? » interroge Mick. « Yeah ! » reprend la foule des japs, tandis que Keith attaque l’intro emblématique de « Tumbling Dice » boostée par trois choristes black- dont le vibrant Bernard Fowler- et cinq cuivres dorés sur tranche… du coup, la version est bien plus soul qu’à Leeds ou Hampton, par exemple, et ça glisse comme du velours. De même, « Miss You », avec ces musicos-là perd son coté disco pour retrouver un son bien plus léger, insouciant, funky même, en un mot. Piano électrique et arrangements cool, Mick, tient une guitare bleue en main, tandis que deux pulpeuses choristes black bas résillés sexy viennent soudain l’entourer. Et le Mick se met alors forcément à crier. Et ce cri Jaggerien se fond dans le solo de Bobby Keys, véritable grenouille qui a manifestement grossi comme un bœuf. Suit un solo guitaristique de Ron Wood dans son uniforme rouge de grenadier de Sa Majesté. Mick s’est changé pour revêtir un look de samouraï jaune satiné et pailleté, qui brille comme un sapin de Noel. Trois mots en jap à nouveau pour faire couleur locale et c’est reparti, avec un petit bijou des 60’s, « Ruby Tuesday » très fidèle à l’originale de 67, l’alter-ego si délicat du EP « Let’s Spend the Night Together ». Puis la méconnue « Almost Make You Sigh » de « Steel Wheels » prend la relève. Et cela le fait incontestablement avec ses superbes harmonies et sa cool mélodie, en insouciante balade amoureuse un peu groovy, et incontestablement réussie. Mick tombe enfin la tapisserie qu’il s’était collé sur le dos et annonce un autre titre de cet album « Steel Wheels », LE hit incontestable du CD « Rock and Hard Place », certes composition très classique Stones, mais plutôt réussie. Mick arbore une chemise verte électrique quasi fluo. Ça tombe bien, puisqu’ il empoigne une guitare verte si judicieusement assortie. Même si elle n’a pas toujours un gout vestimentaire ultra top, on se dit : » ah quelle coquette cette Jagger ! ».

On est loin des coulisses de la tournée « Cocksucker Blues » !

 

Sérieusement, musicalement, « le plus grand groupe de rock and roll du monde » tient toujours indiscutablement la route. Mais c’est désormais une énorme machine avec 5 Mickmusiciens additionnels, quatre choristes féminines et Bernie Worrell, ce qui fait cinq, sans oublier autant de cuivres avec ceux du Huptown Horns. Seul détail qui cloche: on ne note aucune complicité ou presque entre les membres historiques de la firme : Rolling Stones, comme si chacun faisait un peu son show de son côté. Mick ne vient pas «chercher » Keith pour se planter et dandiner autour de lui, comme si souvent durant leurs concerts. Dix ans presque sans tourner ensemble, décidément cela marque. D’où cet aspect un peu raide, un peu guindé sans doute, comme s’ils devaient à nouveau réapprendre à vivre ensemble, réapprendre à partager le même espace. Mais c’est un peu « chacun chez soi ». D’ailleurs, dans les backstages de Montréal, juste après la fin du show, et alors qu’ils résidaient tous dans le même hotel, j’ai pu voir les Stones s’engoufrer dans cinq SUV noir différents. Un peu froid, non ? On est loin des coulisses de la tournée « Cocksucker Blues » ! « You’re not the only one with  mixed emotions » chante justement la chanson…et si c’était vrai ? Back to boogie avec« Honky Tonk Women », Mick court sur l’escalier gignatesque de la structure « Steel Wheel » où l’on découvre une énorme femme gonflable. « All right…ooooouuuhh » gémit Mick, avant d’attaquer l’intro si emblématique de « Midnight Rambler ». Mick se met même à l’harmonica pour l’exécuter en version boogie rock et piano. Keith, bon élève appliqué et cool arpente la scène. Mick danse et improvise, il roule du cul, tandis Ron se déhanche de son côté. Le public hurle sur les « ooooouuuhh »  de Mick. Puis reprise tandis que Keith fait vibrer sa guitare, avant de relancer la puissante Stones machine. Mick se rapproche enfin de Keith, qui lui met la main sur l’épaule… « so you heard about the Midnight rambler… » boogie on…. Mick boit un coup et prononce à nouveau quelques mots en japs. Les fans de l’Empire du Soleil Levant sont aux anges. Il a revêtu une veste, sobre pour une fois tandis que résonne l’intro de « You Can’t Always Get… » interprétée au cor de chasse et là miracle à Tokyo puisqu’il parvient à faire chanter à l’unisson un chœur de 55.000 nippons. « And I went down to the demonstration to get my fair share of abuse… » Keith a tombé la veste, il est désormais en T shirt bleu. Lorsque Ron Wood de son côté flashe la chemise bleue. Mick dégaine les maracas. Que du bonheur. Jagger est en grande forme et cela s’entend. Lorsque le chanson s’achève, il lance Keith qui va vocaliser son habituel titre du set. Super applaus du public, et cette fois c’est « Can’t Be Seen » également extraite de « Steel Wheels ». Avec sa guitare blanche immaculée on peut dire que Keith se fait vrai kiff, il s’éclate. Nous avec. Et là bonus de chez bonus, suit une seconde et inattendue chanson pour Keith…waw quelle évolution Stoniène avec ce « Happy » qui rocke et roule son « bon temps » sous la clameur nippone agitée. Et c’est toujours notre Keith qui attaque l’intro de « Paint it Black ». Large sourire de Charlie…la nostalgie sans doute. La Mick s’est encore changée pour une veste cette vraisemblablement fois taillée dans les rideaux rouges de son château de la Loire. Jeu d’ombre neo-théatre Nô avec l’intro piano de « 2000 Light Years From Home ». Et soudain, Mick accroupi se relève peu à peu. Puis « Gimme Shelter » démarre sur les chœurs féminins. Once again un ou deux mots de jap avant de lancer la traditionnelle présentation des musicos. Et ça repart sur « It’s Only Rock and Roll ». Mick tombe la chemise pour se retrouver en mini T Shirt au slogan déjà précurseur « Stop Global Warming ». Il enlace affectueusement Bill Wyman et retentit « Brown Sugar » pour un public déchainé.

« (I Can’t get No) Satisfaction »

 

Rappel StonesMick les bras en croix arpente sa scène désormais dantesque, puisqu’elles n’ont jamais cessé, au gré des ans, de se prolonger par des estrades et autres passerelles, qui s’enfoncent de plus en plus loin dans la « fosse » au milieu du public des grands stades. D’ailleurs, si on fait le calcul, notre bondissant vocaliste court aisément entre 15 et 20 kilomètres par show. Pour tenir un tel rythme, avant chaque tournée Jagger parcourt d’abord quotidiennement 10km en petites foulées. Puis il nage quelques longueurs dans sa piscine avant de s’entrainer en salle de sports. Enfin, sous la direction de son coach, il s’adonne au noble art. Rien de surprenant, donc à ce qu’il pète ainsi la forme à 47 piges pour interpréter un incendiaire « (I Can’t get No) Satisfaction » qui fait chaud au cœur du public. Et soudain, Keith se fait à son tour la promenade sur les passerelles, quand Mick part à la rencontre de ce public agglutiné au pied de la scène derrière les barrières de protection histoire de taper quelques mains dressées vers lui…satisfaction, donc, en quelque sorte pour ce public halluciné. Et pendant ce temps-là les cuivres pulsent inlassablement cette si satisfaisante version groovy de « Satisfaction ». Thank you, good night… mais non ce n’est pas fini puisque « Jumping Jack Flash » explose au rappel. Final en feux d’artifices et here they come. Mick apparaît en peignoir bleu roi, intérieur mauve…toujours de si bon gout ! Heureusement, dessous il a enfilé un T shirt Stones. Re course à pied sur les passerelles métalliques. Puis finalement, il salue à la japonaise avec tous les musicos, puis seulement entre les 5 Stones. Sayonara Jagger-san !

 

 

2 heures et 15 minutes pour 24 titres.

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