LES PREMIERS RAPPEURS DU MONDE MADE IN FRANCE 

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Voici 30 ans, pour la légendaire rubrique « Le Rock d’Ici » dans BEST, GBD réalisait la toute première interview d’une formation rap hexagonale. Sorti sur le label indé New Rose, le duo Destroy Man & Johnygo balançait d’un flow alors inédit les toutes premières rimes d’un rap en Français qui allaient ouvrir la voie à ce h-i-p h-o-p dont un certain Sidney s’apprêtait à nous entretenir intensivement. Quant à l’ami Cachin, s’il avait  à l’époque quitté ses couches-culottes, il n’en était pas loin. Glorieux flash-back d’un mag si précurseur et de son Rédac chef, Christian Lebrun si visionnaire…

 

Destroyman & JohnygoSi je vous parle de genèse du « Rap français », vous allez immédiatement me citer  NTM,  IAM ou encore MC Solaar. Certes, mais leurs débuts sur scène comme sur vinyle sont respectivement millésimés 89 ou 90. Là nous sommes en juillet 1987 et sous sa couverture toute à la gloire de Prince ( et oui…encore une « découverte » de GBD…on en reparle très vite sur Gonzo) BEST allait servir de révélateur photographique à un tout nouveau courant musical : Le Rap d’Ici. En effets, quelques années auparavant Grandmaster Flash et ses Furious Five inventaient littéralement le rap. Correspondant d’Actuel à NY, dés 82 Bernard Zekri produisait la toute première tournée hip hop en France avec, entre autres, Fab-5-Freddy et Futura 2000. B-Side, sa girl-friend de l’époque faisait partie de cette tournée inédite. Afrika Bambaata était en embuscade, tout comme le « ladies love James » LL Cool J et bien d’autres. Mais en France, et en Français il nous faudra attendre près de 5 ans pour voir enfin émerger un authentique beat camembert qui ouvrira la voie des NTM et IAM. Certes, Destroy Man & Johnygo n’ont pas su transformer l’essai en se hissant direct au sommet de nos charts, mais leur statut de pionnier est incontestable, aussi 30 ans après il est grand temps de leur rendre cet hommage mérité à leur « Égoiste » qui a su défricher tant et tant de terrain. Yo !

PS: le numéro du contact téléphonique à la fin de l’article est à lui seul un véritable voyage dans le temps…enjoy 😉

 

Publié dans le numéro 228 de BEST sous le titre :

 

DESTROY MAN & JHONYGO : LE RAP D’ICI

 

Flight noir et T-shirt bombé, comme les murs du métro, jean clean et Adidas, Destroy Man et Jhonygo sont la réponse francophone au heavy metal hard core rap des Run DMC. En 82, il y avait eu cette tentative de hip hop camembert avec le  « Change de Beat » de Fab Five Freddy et B-Side, aujourd’hui ces deux  « frères  » incarnent un mouvement musclé et passionné -on l’a vu à la fin du gig Run DMC/Beastie Boys lorsque les B-Boys parisiens et banlieusards confondus se sont mis en tête de transformer les autocars des deux groupes en décapotables à coups de barrières de sécurité – solidement ancré dans les cités. Vrais faux durs, un rien timides, drapés dans un speed urbain pour se donner du cran, Destroy et Johnygo ont affronté sans desserrer les dents leur premier et ever » entretien de leur vie.

« Puisque le mouvement existe depuis longtemps, pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour faire un disque?

Destroy Man : Ce sont les maisons de disques qui ont attendu: elles dormaient. Nous on était prêts depuis longtemps.

Le rap, vous êtes tombés dedans comme Obélix ?Destroyman & Johnygo

D.M. : Je me demande. Avant on était dans le rock and roll. Mais notre façon de vivre changeait, la société aussi, alors on a suivi.

Jhonygo: En 83 on a vu arriver ce truc nouveau avec de la joie et une rage de vivre.

D.M. : On reflète la génération de maintenant parce qu’on est des galériens de la rue. Dans plein de cités. dans plein de quartiers de Paris on connaît beaucoup de gens branchés par notre truc. Demain, ils seront encore plus nombreux.

Votre truc, le rap est un mouvement très clean : pas d’alcool, de clopes ou de dope.

D.M. : Chacun fait ce qu’il veut. Les gens que je connais, peut-être qu’ils se battent un peu de temps en temps car ils ont le sang chaud, autrement c’est vrai, ils aiment bien délirer sur des choses très saines. Faut rester intègre et savoir résister aux perversités de cette société. Nous on vit dans notre truc basé exclusivement sur les filles et le fun. C’est peut-être un truc teen-ager, mais ça suffit pour nous rendre heureux.

Dans le rap, on a l’habitude de taxer des bouts de chansons par-ci par-là, vous pratiquez aussi, non ?

J: ll arrive qu’on reprenne quelque chose d’un disque s’il représente un bon moment passé et qu’il permet de mieux exprimer le rap. Beaucoup de rappeurs sont des galériens sans blé; ils entendent un super riff de guitare, un truc mortel. Pourquoi acheter une guitare alors que le truc est déjà là et qu’il me fait un gros battement. Quand je le prends, c’est plus direct et les gens qui l’entendent sont en transe comme moi.

D.M. : Nous on est cool, on est direct. On fait un disque pour que les portes s’ouvrent devant nous. On a le feeling. Fresh !« 

Électrique et mordant le rap des Destroy Man/ Jhonygo a tout le TNT qu’il faut pour dégonder et les portes et les oreilles. Hé, man, une seule question : saurons-nous tenir le choc ?

Contact : Yaba

 46.33.37.25

Publié dans le numéro 228 de BEST daté de juillet 1987

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