JANET JACKSON : « Unbreakable »

Partager

Janet Jackson

« Unbreakable », le 11éme album de Janet Jackson en 33 ans de carrière peut fièrement assumer son titre : incassable …car il peut s’enorgueillir de constituer sans doute son meilleur disque depuis « Velvet Rope » paru en 97. Revue de détail des 17 chansons orfévrées avec la fidéle complicité de Jam et Lewis.

 

Janet JacksonSi je n’ai jamais rencontré Micheal Jackson, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Mais Michael cultivait l’art de glisser comme une anguille pour éviter les types dans mon genre, journalistes et autres critiques. Si j’ai par contre croisé Jermaine au milieu des 80’s, charmant garçon au demeurant, il ne m’a jamais bluffé comme sa petite sœur Janet. Je n’ai jamais oublié cet été 1984 lorsque Janet et moi nous sommes installés sur un canapé dans la maison familiale d’Encino. Janet vivait toujours chez ses parents Katherine et Joe Jackson , c’était juste avant le flop de son mariage avorté avec James DeBarge en septembre. Janet n’avait pas encore fêté ses 18 ans et elle publiait son second LP « Dream Street » à la pop black insouciante. Mais sa voix fragile et acidulée avait déjà cette ressemblance troublante avec celle de Michael. Deux ans plus tard, c’est un voyage initiatique dans les « twin-cities » qui allait la propulser au firmament, avec la rencontre des deux leaders mythiques de the Time, inventeurs avec Prince du fameux Minneapolis Sound : Jimmy Jam et Terry Lewis. La p’tite Janet ( je l’avais surnommée « Ginette » Jackson) publie « Control » et désormais, plus rien ne sera comme avant. Près de trente ans plus tard, si leur studio Flyte Tyme a déménagé pour Los Angeles, Jimmy…enfin pardon, désormais James Harris III et Terry Lewis sont toujours fidèles au poste. Et entre leurs mains, le génie musical transcende les chansons de Janet. D’ailleurs, avec ses partenaires tout se joue à armes égales, c’est devenu une affaire de famille : toutes les compositions sont créditées à égalité de leurs trois noms, à l’exception du premier single « No Sleep » qui compte également une participation du rapper J Cole. Certes, les 17 titres de « Unbreakable » ne vont pas tous pulvériser les charts, néanmoins cet album regorge bien des trésors. D’abord il y a ce son, limpide comme un cascade de groove, si habilement constitué par les Flyte Tyme. Et puis, , il y a la personnalité de Janet, sa voix qu’elle sait porter si haut avec cette troublante similitude qui fera toujours d’elle l’éternelle petite sœur de Michael, la plus douée de toute la fratrie après le Seigneur de Neverland.

 

Janet retrouve sa voix d’adolescente

 

 

Incassable, « Unbreakable » ouvre l’album avec son cool groove chaloupé qui réveille l’insouciance de « Runaway ». Et,l’on réalise de suite que, depuis la mort de Michael, si Janet n’avait rien sorti d’aussi bon c’est que sans doute cette déchirure lui avait en quelque sorte coupé les ailes. Incassable est ainsi la déclaration de son retour en force. D’ailleurs, elle s’adresse directement à nous: « Hello it’s been a while…lots to talk about…I’m glad you’re still here….I hope you’ll enjoy it ( salut…ça fait longtemps…on a plein de choses à évoquer…je suis si heureuse que vous soyez encore là…j’espère que cela vous plaira » annonce Janet à la fin de ce titre. She’s back et dés le second morceau , l’electro speedé « Burn It Up » en duo avec Missy Elliott, Janet montre qu’elle ne plaisante pas et que sur le son d’aujourd’hui pas question de se laisser distancer par toutes les Taylor Swift, Ariana Grande ou autres Selena Gomez du monde. Second hit prévisible avec « The Great Forever » où, sur un pur funky beat, Janet place sa voix haute comme celle de Michael. Et l’on songe immédiatement à leur duo « Scream » de 95 comme à « The Way You Make Me feel » boosté par une prod colossale. Mais Janet est tout autant à l’aise en version piano voix dépouillée, comme sur l’intro de la délicate « Shoulda Know Janet Jackson unbreakableBetter », qui joue le contraste des cassures de rythmes. D’ailleurs sur la slow « After You Fall », Janet retrouve sa voix d’adolescente telle que je l’ai connue la première fois dans la San Fernando Velley. On songe également à Diana Ross lorsqu’elle venait à peine de quitter les Supremes . Sans doute, la composition la plus aboutie de tout l’album, l’irrésistible et pleine de promesses «  Broken Heart Heals » évoque ostensiblement son « Someone’s To Call My Lover » et son sample de « Ventura Highway » en 2001. Sauf que là il n’y a aucun échantillon aussi emblématique que celui d’América. Il n’empêche, « Broken Heart Heals » est un des rocs sur lequel peut s’appuyer « Unbreakable », un titre qui a le potentiel d’un « Runaway ». C’est dire ! Retour vers les années 80 avec « Night », dont le rythme electro funk reprend quasi note pour note…le « I Wanna Be Your Lover », le tout premier tube de Prince sur son album éponyme de 1980. Un clin d’œil subliminal au Kid de Minneapolis ? Maybe ! Avec la swinguante « No Sleep » avec J Cole, Janet nous ramène droit à 015, faisant preuve d’une redoutable et contemporaine efficacité. Il faudra également compter avec la lumineuse « Take Me Away », autre single possible sur son beat entrainant à la « Together Again ». Enfin, dernier titre remarquable et autre hit en puissance, avec le néo-rétro totalement Jackson 5 au son incroyablement Motown intitulé « Gon’To Be alright » qui pulse sur les cuivres comme « ABC » , « I Want You Back» ou encore « Skywriter ». Enfin un dernier message : « Am I done ? Thank you…Jimmy, you’re not recording that, are you ? You did, didn’t you ? Oh my gosh, I should have known better…( On a fini ? Merci…Jimmy tu ne m’as pas enregistré? C’est ce que tu as fait, n’est-ce pas ? Bon sang, j’aurais dû m’en douter…).Au fil des albums et des années, j’ai eu souvent le privilège de retrouver la p’tite Janet ; cette fois, si je la croise, je lui dirai que son « Unbreakable » est littéralement à tout casser.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *