GAËTAN ROUSSEL AU CARRÉ DES DOCKS DU HAVRE

Gaëtan RousselSamedi dernier, le Carré des Docks du Havre affichait complet pour accueillir Gaëtan Roussel. En tournée pour défendre son nouvel album, « Marjolaine », tout juste paru, l’ancien leader de Louise Attaque a livré près d’1 h 45 de concert intense et généreux. Entre déflagrations rock, refrains fédérateurs et parenthèses intimistes, le chanteur a fait vibrer les 4 400 spectateurs, allant jusqu’à quitter la scène pour chanter au cœur de la foule. Une soirée placée sous le signe du partage et d’un répertoire qui traverse les générations, un show tellement zen qu’il mérite, s’il faut en croire JCM, largement son qualificatif de Havre… de paix !

Gaëtan RousselPar Jean-Christophe MARY

Chez Gaëtan Roussel ( Voir sur Gonzomusic   https://gonzomusic.fr/?s=Ga%C3%ABtan+Roussel), les chansons ont plusieurs vies. Celles de sa carrière solo, celles de Louise Attaque, formation dont il fut le leader et la voix immédiatement reconnaissable, mais aussi celles qu’il a écrites ou composées pour d’autres artistes, de Vanessa Paradis à Alain Bashung, en passant par Hoshi. Autant de répertoires qui se croisent sur scène sans jamais se concurrencer. Entouré de cinq musiciens et porté par une scénographie visuelle particulièrement soignée, le chanteur a offert un voyage musical où les époques et les univers se répondent avec une remarquable fluidité.

20 h 53. Les lumières s’éteignent. Les 4 400 spectateurs plongent dans l’obscurité tandis que l’écran géant s’anime. Des panneaux lumineux apparaissent, des fleurs semblent éclore et les silhouettes des musiciens se dessinent progressivement. En ouverture, la sono diffuse « Girly Thing » de Claudia Valentina. Le décor est planté. Veste blanche à manches courtes, cravate et pantalon noirs, casquette vissée sur la tête, Gaëtan Roussel fait son entrée sur « Marjolaine », titre éponyme de son nouvel album. Son visage se démultiplie sur l’écran dans un kaléidoscope de couleurs évoquant les sérigraphies pop art d’Andy Warhol.Gaetan Roussel
« Bonsoir Le Havre, tu peux chanter avec moi, comme ça on va faire connaissance… Allez les copains, on y va ! » lance-t-il. Dès les premiers « lalalala » des « Nuits parisiennes », incontournable tube de Louise Attaque, la salle donne de la voix. Le refrain est repris à pleins poumons. La communion est immédiate. Avec « Passe la vie », l’ambiance monte encore d’un cran. Mélodie lumineuse, rythme nerveux et adresse directe aux spectateurs : « Et toi, ça va là-bas ? Tu es ici chez toi ! » Les cris fusent jusque dans les balcons. Le public est déjà en ébullition.
La tension devient franchement rock avec « La Frousse », puis « Amours ». Sur ce dernier titre, le chanteur donne le signal : « Vous êtes prêts à sauter ? Un, deux, trois, quatre ! » Dans la fosse, les spectateurs s’exécutent sans se faire prier. Infatigable, Roussel joue avec cette ferveur collective qui ne cessera de grandir. Rappelant que trois ans se sont écoulés depuis leur dernière rencontre, il propose bientôt une expérience singulière : « Ça fait trente minutes que l’on se connaît. Est-ce que tu me fais confiance ? Oui ? Alors ferme les yeux. » Une séquence électronique et atmosphérique introduit « Je reste là », nouvel extrait de « Marjolaine », avant qu’un solo de guitare électrique ne vienne rompre cette parenthèse suspendue.

Gaetan RousselLe concert prend ensuite une tonalité plus mélancolique avec « Crois-moi ! », extrait d’ « Éclect!que ». « S’il te plaît, crois-moi, la vie file entre nos doigts. » Un refrain qui résonne comme une réflexion sur le temps qui passe. Avec « Mes prières », autre titre du nouvel album, les paroles évoquant les conflits et les blessures apportent une gravité supplémentaire. Les mots défilent sur l’écran géant tandis que le public se transforme en une immense chorale.
Mais la douceur ne dure pas. « Dis-moi encore que tu m’aimes », extrait de Ginger, relance la machine. Puis arrivent deux monuments de Louise Attaque : « Léa » et « Ton invitation ». La ferveur atteint son sommet. Sur ce dernier morceau, la guitare rugit et Gaëtan Roussel quitte soudainement la scène pour rejoindre la fosse. Au milieu des spectateurs, il chante et reprend en boucle : « Tu sais, j’ai toujours raison, tu sais, j’ai pas toute ma raison… » Des milliers de voix scandent le refrain à l’unisson. Un grand moment de communion.
Le chanteur ménage alors une séquence plus intimiste avec « Nos blessures » et « Les matins difficiles », interprétés au plus près du public. L’occasion de rappeler qu’au-delà de Louise Attaque et de sa carrière solo, il est aussi un auteur-compositeur recherché. « Il y a », écrite pour Vanessa Paradis, apporte une respiration délicate. « Si je pouvais, je resterais avec vous tout le temps », glisse-t-il avec un large sourire avant de regagner la scène.
L’émotion se prolonge avec « Résidents de la République », composée pour Alain Bashung et publiée sur son album le crépusculaire « Bleu pétrole ». Sur l’écran apparaît un portrait dessiné du chanteur disparu. Gaëtan Roussel interprète cette chanson avec une retenue qui contraste avec l’énergie déployée jusque-là. Un hommage sensible à une figure majeure de la chanson française.
Louise Attaque reprend ensuite ses droits avec « Si l’on marchait jusqu’à demain », porté par son motif de guitare et de violon immédiatement identifiable.

Gaetan RousselPuis « J’entends des voix », extrait de « Trafic », entraîne les Docks dans un univers électro-rock hypnotique. Le chanteur tourne sur le plateau comme un fauve en cage, autour du caméraman dont les images sont retransmises en direct sur l’écran géant. Une séquence visuelle et sonore particulièrement saisissante.
Avec « Help Myself (Nous ne faisons que passer) », la tension monte encore. Batterie sèche, riff entêtant et refrain imparable : les spectateurs chantent à l’unisson. Pour l’occasion, les musiciens se retrouvent baguettes à la main autour d’une batterie pour une impressionnante démonstration de percussions collectives. Un final de première partie particulièrement musclé.
22 h 22. Après une brève sortie de scène, Gaëtan Roussel revient pour les rappels. « Merci pour votre accueil, merci du fond du cœur ! » lance-t-il. Il reprend « Je vous trouve un charme fou », chanson écrite pour Hoshi, dont la délicatesse offre un nouveau contraste. Deux autres extraits de « Marjolaine » prolongent cette fin de soirée. Avec « Lovés », la salle se transforme en ciel étoilé : des milliers de téléphones s’allument dans la pénombre. Une superbe envolée de guitare aux accents flamenco, soutenue par la voix de la claviériste, apporte une touche inattendue. Puis « Tout s’en va », mélancolique et élégant, installe une dernière parenthèse suspendue autour de ces mots : « Dis-moi pourquoi… dis-moi pourquoi tout s’en va. »
Mais pas question de quitter les Havrais sans un ultime cadeau. Après avoir demandé au public de faire « un maximum de bruit pour notre équipe », le chanteur lance le morceau que tout le monde attend : « J’t’emmène au vent ». Le classique de Louise Attaque fait chavirer les Docks une dernière fois. « On va vous prendre avec nous dans nos cœurs », promet-il avant de présenter ses musiciens et de remercier chaleureusement la salle. Au Carré des Docks, Gaëtan Roussel a prouvé que son répertoire ne se résumait pas à une collection de tubes nostalgiques. En faisant dialoguer Louise Attaque, ses compositions personnelles et les chansons écrites pour d’autres artistes, il a offert un spectacle à son image : généreux, électrique et profondément humain. Plus qu’un retour sur les succès d’hier, une célébration vivante de chansons qui continuent de rassembler. La tournée Marjolaine se poursuit et s’achèvera en apothéose au Zénith de Paris, le 25 février 2027.

Un grand merci à Clarisse Fieurgant ! 

ALL PIX BY JCM

Set-list

1-Marjolaine
2-Les nuits parisiennes (Louise Attaque)
3-Passe la vie
4-La frousse (Louise Attaque)
5-Amours (Louise Attaque)
6-Je reste là
7-Crois-moi !
8-Mes prières
9-Dis-moi encore que tu m’aimes
10-Léa (Louise Attaque)
11-Ton invitation (Louise Attaque)
12-Nos blessures
13-Les matins difficiles
14-Il y a (Vanessa Paradis)
15-Résidents de la République (Alain Bashung)
16-Si l’on marchait jusqu’à demain (Louise Attaque)
17-J’entends des voix
18-Help Myself (Nous ne faisons que passer)

Rappels :

19-Je vous trouve un charme fou (Hoshi)
20-Lovés
21-Tout s’en va
22-J’t’emmène au vent (Louise Attaque)

 

 

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