ECHO AND THE BUNNYMEN THE LAST INTERVIEW

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Echo and the Bunnymen  

Voici 30 ans dans BEST, GBD rencontrait pour la toute dernière fois ses amis d’Echo and the Bunnymen. Quelques mois après la sortie de leur LP éponyme, les Hommes-lapins débarquent à Paris pour un concert magistral au Grand Rex et Mac et ses copains ouvrent alors la porte de leur chambre d’hôtel pour se confier à quelques très rares journalistes, dont GBD justement, lui offrant un entretien exclusif. Ce sera hélas leur chant du cygne.  Flash-back !

 

Ian McCulloghOn a beau inlassablement refaire le match, face à un échec, cela ne change jamais rien. À mon sens, Echo and the Bunnymen auraient du faire vibrer les stades et exploser les charts de leur légendaire rock made in Liverpool. Exactement comme leurs collègues U2 et Simple Minds à l’époque. Hélas, malgré toutes mes prières, les dieux ne du rock ne m’ont pas exaucé. Juste après ce concert grandiose et cet album qui porte si fièrement leur nom, la formation de Ian McCullogh ne survivra pas à la tragédie qui le frappe. Un peu plus d’un an après cette ultime rencontre, ce funeste 14 juin 1989, lorsque sur la route de Liverpool à Londres, chevauchant sa puissante Ducati de 900cm3, l’ami Pete de Freitas percute violemment un véhicule sur l’autoroute A51 à la hauteur de Longdon Green, dans le Straffordshire. Le génial batteur d’Echo est tué sur le coup, à seulement 27 piges. Echo ne s’en remettra jamais, payant également le prix fort de sa « rebel attitude » auprès de son label comme auprès des médias qu’ils n’ont jamais courisé contrairement à tant d’autres. Mais Pete était un type jovial et cool, que j’appréciais particulièrement. Son humour si corrosif comme sa franchise.Son sourire et sa liberté de pensée. Pete, si tu peux me lire là où tu es, cet article t’est dédié !

Publié dans le BEST 235 sous le titre :

  BOUCHE À OREILLES

« Confidences dans la chambre d’Echo and The Bunnymen : rares, car lan McCulloch n’aime guère ce Jeu-là. Et pourtant il y gagne. »

Christian LEBRUN

Typhon sur les Fnac, en trois heures les 200 000 places de l’Hippodrome se sont arrachées à la volée. Hurlements et évanouissements des minettes, les scalpers ont encore frappé en raflant tous les billets pour mieux les revendre à pris d’or. Avec leur apparition en uniformes de plongeurs du « Rainbow Warrior » au show télé caïd de la médiamétrie, les nouveaux Fab Four de Liverpool ont une popularité qui fait sauter les boîtes noires de la SOFRES. Leurs fans dépassent tous les excès, les nanas se baladent désormais toutes en caleçons blancs, copies conformes de ceux portés par le groupe sous leurs jeans. Raymond Barre, André Lajoinie et Arlette Laguiller se sont littéralement déchirés pour savoir qui allait leur remettre leur disque de diamant -1 million d’exemplaires-. Le Maire de Paris leur a offert sa « mairerie », les clefs de la ville et le sidérant privilège de survoler Paris en ULM et d’atterrir où bon leur semble. Aujourd’hui, la moitié du pays porte des T-shirts à leur effigie et de Télé 7 Jours à Match en passant par Actuel, Mac étale ses cheveux de jais sur toutes les couves de nos magazines. Après sa réception à l’Elysée et à quelques mois des présidentielles, les observateurs politiques n’ont qu’une question en tête: de quel côté les Echo and the Bunnymen feront-ils pencher la balance ?Echo and the Bunnymen

Rock fiction : Echo devrait ètre à ce jour LA dernière bombe des kids, un groupe miroir à l’émotion aveuglante comme Cure, U2, ou Simple Minds. Or nous sommes très loin, hélas, de l’inscription au Guiness Book of Records. Et pourtant c’est mathématique : le phénomène Cure n’a explosé qu’au 7éme LP  « The Top» , U2 au 5éme  avec « The Unforgettable Fire »  et Simple Minds au 6éme avec « New Gold Dream ». Il faut plus qu’un smash hit pour métamorphoser un groupe en leader puis en légende. Depuis sa naissance, à l’aube des 80’s, Echo n’a balancé que cinq albums ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/echo-and-the-bunnymen-la-legende-des-hommes-lapins.html ) et ils sont pourtant plus brûlants que le fer rouge. Sobrement baptisé  « Echo The Bunnymen », le petit dernier porte en lui tous les chromosomes du surdoué. Rock rageur et évanescent, au psychédélisme lancinant, les chansons d’Echo ont la puissance poétique des éléments déchaînés. Echo est un soleil et déchaîne la tempête. Echo est aux confins de l’arc-en-ciel sur l’échelle imaginaire qui mène droit à la mythologie.

LES QUATRE SAISONS

Trois longues années de silence se sont écoulées avant ce nouvel LP, tant de questions se sont accumulées. Saisissant l’occasion rare d’un concert parisien, j’ai voulu savoir sur quel pied pouvaient bien danser aujourd’hui les hommes-lapins.

 « Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?

lan Mac Cullogh : (en français) Je ne sais

pas…

Les Pattinson : On a décidé de s’accorder une année sabbatique. On a fait une déclaration dans ce sens à la presse. C’était peut- étre une erreur, mais c’était notre choix. Puis Pete…

Oui, Pete-De Freitas devrait nous expliquer pourquoi il a quitté le groupe et comment il l’a réintégré ?

Pete De Freitas : Je suis parti pour voyager et m’aérer la tète. J’ai fait d’autres trucs aussi ( NDR : dont un autre groupe, les Sex Gods) , mais j’ai très vite compris que les Bunnymen me manquaient vraiment. Hé, après tout, je n’ai disparu que huit mois l

Et pendant ce temps, Echo tournait avec un autre batteur.

P.D.F. : Ils sont partis aux USA sans moi, tu imagines?

l.M.C. : Normal Pete, tu avais déserté. En fait, nous aurions dû remettre en service Echo notre vieille drum machine; elle avait un sens de l’humour plus caustique que le tien. Sérieusement, si nous avons mis tant de temps à émerger, c’est qu’« Ocean Rain » complétait un cycle comme les Quatre Saisons. « Crocodiles » incarnait le printemps, « Heaven Up Here » l’automne, « Porcupine » l’hiver et « Ocean Rain » l’été. La boucle était bouclée, il nous fallait un peu de temps pour recréer. À l’époque de « Crocodiles», nous avions tout juste vingt ans. Pete avec ses l8 balais était le benjamin. Nouveaux nés du rock, nous refusions déjà l’implacable logique mathématique des majors, le cercle infernal d’un LP tous les six mois enchaîné à une tournée forcément obligatoire jusqu’à ce que mort s’ensuive. Nous évitons en bloc de faire ce que les gens attendent de nous. Nous avons la même attitude face à la presse, aux copains ou à la maison de disques.

Est-ce ainsi que les hommes-lapins demeurent libres ?

l.M.C. : L’indépendance est sans doute ce qu’il y a de plus important au monde. En théorie, cela parait facile. Mais lorsque tant de gens entourent un groupe, encore faut-il savoir leur résister. Alors tant pis si on se fait traiter de sales gamins gâtés.

Tu évoquais les débuts d’Echo; moi je songeais que les radios pirates chez nous avaient commencé à vous programmer en même temps que U2, Simple Minds et Cure. Les autres ont explosé, ne crois-tu pas que le moment soit venu pour Echo and The Bunnymen d’être aussi grand que la planète î

l.M.C. : Je doute qu’on y parvienne un jour. Je n’ai jamais cru aux mega-sensations. En 82, lorsque nous avons balancé notre N° l « The Back Of Love » dans la foulée d’« Heaven Up Here », c’était évident: nous étions le meilleur groupe du monde. Mais il y a quelque chose dans ce que nous faisons qui fait que nous ne serons jamais aussi grands que la planète. Tu ne peux pas forcer les gens à acheter des disques.

Mais on peut les informer…

l.M.C. : Oh yeah ! Sais-tu que Robert Smith raconte à tout le monde qu’on est son groupe fétiche ? Tu crois que tous ses fans achètent nos disques ? Pas plus d’un sur dix, sinon cela se saurait. Si Bob l’allumé n’arrive pas à les convaincre, que leur faut-il ?

STUDIO DES DAMESOcean Rain

Parlons de la ville du monde que tu préfères.

l.M.C. : Ah Paris, comme je l’aime. Avec Liverpool, elle constitue l’un de mes deux pôles d’attraction. Mais Paris est la plus belle par ses bâtiments et son atmosphère particulière. C’est peut-être un signe, mais nous y avons enregistré notre meilleur album. Et si beaucoup d’Anglais trouvent que les Parisiens les regardent de haut, je m’en fiche car c’est déjà un privilège que d’être à Paris.

Vous aviez enregistré « Ocean Rain » au studio des Dames dans le 18éme et j’ai toujours senti l’atmosphère de Paris dans cet album.

l.M.C. : C’est un bonheur de songer qu’il y a quelque chose de parisien dans ce disque. À cette époque j’écoutais beaucoup Brel. U2 et Simple Minds, c’est vrai, en étaient au même point que nous. Je nous revois encore dans ce studio où nous réécoutions nos bandes, moi je me disais: « nul autre groupe au monde n’oserait faire une telle musique ». Et « Killer Moon » était la meilleure chanson jamais écrite depuis les Beatles. Nous devions enregistrer à Londres, mais cela ne me plaisait pas du tout. J’en ai parlé au boss de notre maison de disques, je lui ai dit : « boss, on veut le faire en France. Ça va sacrément nous aider de nous balader sur les pavés de Paris. » Le mec n’était pas convaincu, il voyait déjà les factures défiler sous ses yeux. Mais je suis un entêté et il a fini par craquer. Heureusement, car « Ocean Rain » n’aurait pu naître nulle part ailleurs. Il a quelque chose de nostalgique, comme un film en noir et blanc tourné à la Libération de Paris. D’ailleurs, dans cet album on retrouve aussi toute ma fascination pour Piaf et Brel, car il devait être plus chanté que tout ce que nous avions fait auparavant. Je voulais que la voix soit la plus forte possible et ça a marché.

« Echo and The Bunnymen », le dernier album ne sonne pas comme Paris ou Liverpool, est-il plus mondial 7

l.M.C. : Lorsque tu viens de Liverpool, ça te colle à la peau pour toujours et tu en es fier.

Pourtant tu ne sens pas spécialement la Mersey !

l.M.C.: Hé, elle ne pue pas, la Mersey, c’est une rivière superbe aussi large que deux terrains de foot. L’eau y est plus claire qu’à Venise !

MON JEUEcho and the Bunnymen

Dans notre dernière interview, tu me traçais ton itinéraire favori dans les rues de Liverpool, Vas-tu toujours au « Grapes », ce pub adjacent à feu-the Cavern ?

l.M.C. : Non, car tout ce quartier a été chamboulé. Ils ont édifié une galerie commerciale, le « Cavern Walks ; il est bourrée de boutiques qui vendent des gadgets superflus et des chocolats hors de prix. Sur les cendres du club où les Beatles ont démarré, ils ont construit cette galerie de plastique et de plexiglas, c’est pathétique, mais c’est un symbole.

Et puis, lorsqu’on a désormais une vie de famille, on ne vit plus exactement de la même manière ?

l.M.C. : Disons que désormais je picole plus à la maison qu’au pub, maintenant. Mais Laureen ma femme ne boit pas du tout. On se retrouve plus souvent chez des amis pour faire la fête.

Tu t’occupes de ta fille ?

l.M.C. : Et comment, l’adore prendre soin d’elle. Je la change. Je la nourris. À sa naissance, les quatre premiers mois, Laureen la nourrissait au sein et moi je changeais toutes ses couches. Il faut assurer, sinon ça n’est pas la peine de faire un môme. Changer son bébé c’est super et c’est tout aussi rock and roll que de descendre des pintes dans un club. Un bébé c’est de la poésie à l’état pur. Au cours de notre dernière tournée US, j’ai fait quelques interviews où les mecs me branchaient sur mes textes et «leur sens poétique hypertrophié », comme ils disaient. Moi je leur répondais qu’il y avait plus de poésie dans les gazouillis de son kid. Tu peux articuler les pensées poétiques les plus profondes ou réagir comme un enfant, avec la plus renversante des spontanéités. Souvent mes textes rejoignent l’enfance et cette simplicité leur donne plus de sens, plus de puissance. L’art et la poésie sont des bunkers pour internés volontaires qui se dopent à leur propre snobisme. Cette soi-disant élite se gorge de bouquins sans être capable de formuler une seule phrase qui cogne vraiment, c’est un peu le thème de la chanson « The Game »sur le dernier album. « Pride a proud refusal/and l refuse to need your approval ». Je n’ai nul besoin qu’on me dicte ce qui doit compter pour moi et c’est pareil pour tous les autres. Moi je lis dans les têtes mieux que dans les livres. Je connais trop bien mes faiblesses et celles des autres. Alors c’est sur elles que j’écris.C ‘est la règle principale de mon jeu. Dès que l’on donne un stylo et une signature à un mec sous trois paragraphes, il a l’impression de posséder le monde. Alors, c’est vrai, moi aussi je possède le monde.

Echo and the Bunnymen by Jean-Yves Legras

Echo and the Bunnymen by Jean-Yves Legras

Tu ne grandiras jamais?  Tu ne veux pas devenir un big Mac  (NDR: Mac étant justement le surnom de IMC) ?

I.M.C. : J’espère bien que non. Ce refus total transpire dans tout ce que j’écris. Je ne vis que pour la recherche de cette innocence et l’espoir secret qu’elle ne me quittera jamais. Si c’est aussi apparent dans notre musique, c’est normal, je suis un grand gosse. À la limite, lorsque j’étais ado je me sentais beaucoup plus adulte qu’aujourd’hui. Je songeais aux fondements du monde en me trouvant très mature tandis que tous mes potes zonaient aux coins des rues, la clope au bec et la chope au poing. Moi j’aime mieux les arbres et les horizons qui donnent un sens à la magie du rock. Comme le chantait Bowie sur « Hunky Dory » .’ « Je ne suis ni un prophète ni un homme de l’âge de pierre/ je ne suis qu’un superman potentiel ».

Sous le ciel en trompe I’œil et les étoiles artificielles du Grand Rex, sur la scène au milieu des colonnes, temple imaginaire élevé à ces nouveaux dieux de la Mersey, Echo live est une claque éblouissante. Au premier rang, dépassant d’une tête ou deux tous les spectateurs Anton Corbijn, sa mini-Braun 8 mm au poing tourne un futur clip pour les Bunnymen. À sa batterie, Pete De Freitas martèle les irrésistibles pulsions du moteur d’Echo, suivi par la basse de Les et la guitare de Will. Sous le soleil exactement des spot-lights, Mac noyé dans la lumière blanche incarne toute la sensualité des Bunnymen. Sexualité provocante en clair-obscur, les lèvres de Mac sont des baies rouges que désirent mordre toutes les filles à la fois. Et lorsque les Bunnymen reprennent en le griffant de leurs accords acidulés le «Twist and Shout » version Beatles, le Rex tétanisé s’abandonne alors tout à fait. Les Echo and the Bunnymen inventent l’orgasme pour les oreilles et c’est bien plus fort que le petit lapin de Playboy. Ce groupe est un géant et si je dois me casser les poings pour enfoncer le clou de votre conviction, that’s the game ! ( NDR : l’album à sa sortie a d’abord été baptisé « The Game » avant d’être re-baptisé « Echo and the Bunnymen »). Tel le répliquant de « Bladerunner », une des mythologiescinéphiles de Mac, qui raconte à la fin du film : «J’ai vu des choses que tu ne pourrais croire», ce rock exerce la fascination de paysages inconnus, de flashes éblouissants, de sensations insoupçonnées. Il est tout simplement  INÉDIT!

 

Publié dans le BEST 235 daté de février 1988

 

 

 

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