EARTH,WIND & FIRE…UN WHITE PEUT EN CACHER UN AUTRE

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Earth, Wind & Fire

Amis Gonzobuzzeurs et Gonzobuzzeuses sachez bien que l’age est une terrible décadence. Je le sais pour l’avoir moi même expérimenté. Sous le choc de la mort de Maurice White, j’étais certain de l’avoir rencontré voici 30 ans pour BEST. Sauf que…ma fucking mémoire m’a joué des tours car, en fait, en 1983 ce n’était pas Maurice White et son frangin bassiste Verdine que j’avais interviewés…mais Verdine White et Larry Dunn, le claviers d’Earth, Wind & Fire. Gasp ! Mea culpa, donc. Cependant en fouillant dans mes archives du défunt légendaire mag rock, j’ai retrouvé, publiée deux ans plus tard, une autre interview, cette fois avec Philip Bailey…le chanteur d’E,W &F, au moment de son méga-hit en duo avec Phil Collins « Easy Lover »… qui m’éclairait alors sur la raison intrinsèque de la décadence de cette superbe funk machine et qui explique qu’après 83, justement,  les tubes aient mystérieusement cessé de pleuvoir. Dans le sillage de la disparition de Maurice White, retour vers le futur d’Earth, Wind & Fire avec Verdine White, Larry Dunn et Philip Bailey…

 

Maurice WhiteRIP Maurice White. je sais qu’il est généralement de coutume d’encenser les morts. Assurément Maurice White ne manquait pas de talent. Noir et issu d’une famille défavorisée originaire de Memphis Tennessee, il avait su s’extraire de la pauvreté et de la précarité qui semblait être sa seule destinée. Fort heureusement pour Maurice et ses frères, la musique allait leur forger un tout autre destin. Sa mère divorcée vivant à Chicago, Maurice faisait souvent le voyage vers le nord. or Chicago était la ville du légendaire label Chess records. Après avoir étudié la batterie, au tournant des années 60 Maurice parvient à se faire engager comme musicien de sessions aux studios Chess. Dix ans plus tard nait Earth, Wind & Fire et le tout premier LP éponyme sort chez Warner en 1971. Mais c’est en 72, que le groupe prend vraiment son envol . Le reste appartient à l’histoire, E,W & F devient une véritable machine de guerre. Boostée par son imparable section de cuivre et par la voix ensoleillée de Philip Bailey, le groupe enchaine les hits comme un collier de perles jusqu’aux débuts des 80’s. Kings of funk parmi les plus grands des Temptations à Kool and the Gang en passant par le Funkadélic de Clinton rien de semble résister aux trois élements conjugués de la Terre, du Went & du Feu. Mais, hélas, le groupe des frères White à force de se scléroser finira par se vider de sa moelle substantielle. Gigantesque et mégalo, E,W & F souffre de la dictature imposée par Maurice White qui décide de tout, comme d’imposer son obsession des symboles égyptiens. « Something happened along the way/ and yesterday was all we E, W & Fhad…(Il s’est produit quelque chose en chemin/Et hier est tout ce que nous avions…), composée par David Foster, Jay Graydon et Bill Champlin la sublime « After the Love has Gone » sonne terriblement prophétique. Car, comme pour la plupart des tubes Maurice White n’était souvent ni le vocaliste principal  ni le compositeur, juste  le producteur, le metteur en scène si on veut. Le direttore , comme on dit en Italie. Et ces derniers hélas peuvent souvent se montrer despotiques. C’est finalement l’absence totale de démocratie qui finira par plomber ce sublime vaisseau funky. C’est en tout cas ce qui ressort des propos de Verdine White et de Philip Bailey que j’avais pu recueillir voici trois décennies. Alors, sans tirer sur l’ambulance de Maurice White, on peut certes saluer son génie, mais également déplorer qu’à force de trop aimer son groupe il ait fini par l’étouffer. RIP tout de même cher Maurice.

Publié voici 33 ans dans BEST sous le titre:

 

FUNK & FUNK

earthwindfir-allnal

 

Love Love Love Love Love Love Love Love Love Love Love Love Love Love x 64 = EWF. Dans les tensions de 83, qui d’autre qu’Earth, Wind & Fire oserait glisser soixante-quatre fois le mot « Love » sur les deux faces de sa nouvelle galette? « Powerlight « , le petit dernier en question, n’est pas un mauvais album, mais bof. Bof pour la répétition, bof parce que ça ronronne, bof pour l’absence de risques et de surprises, bof bof bof. EWF me rappelle ces grandes marques automobiles du marché U.S. qui vous sortent une nouvelle Buick ou une Cadillac tous les ans en changeant uniquement la forme de l’enjoliveur et le skai des sièges: « Achetez la nouvelle Cadillac, vous pouvez bazarder l’ancienne ». Seulement, les disques, à la différence des autos, se conservent et s’empilent; lorsqu’ils sont trop uniformes, ils finissent par lasser, quelle que soit leur qualité intrinsèque. Okay, la bande de Maurice White choisit la stabilité, la continuité sans l’ombre d’une évolution même à qualité égale. Nouvel LP, on peut sniffer la tournée .prochaine et en avant pour le square dance; EWF Corporation nous délègue un Larry Dunn claviers et un Verdine White basse, le briefing peut commencer. Après quelques généralités sur les States, les· albums_powerlightbagnoles et la télé par câble.- le walkman de la cellule familiale yankee – l’entretien démarre:

« Le logo d’EW&F, c’est la kalimba, un instrument africain, or le groupe ne s’est jamais produit sur le continent noir, pourquoi?

Verdine White: L’Afrique, c’est une montagne de problèmes de communication. Au Brésil, on a déjà eu des tas d’ennuis et le Brési( comparé à l’Afrique, c’est Las Vegas. Pour des salades, notre matas est resté coincé six mois là-bas et ça coûte cher                      ‘

Mais l’Afrique, c’est le goût de l’Aventure.

V W : L’Aventure à deux millions de dollars, c’est trop. On est des gens responsables avec une équipe de vingt-cinq personnes, l’Aventure, c’est pour les solitaires. Nous n’avons pas le choix, notre manière de faire les choses est aussi un business: on ne trimbale pas un super-show dans la jungle. J’adorerais aller là-bas, mais EW&F n’est pas une structure qui se prête à ce genre de sport. On s’est déjà fait kidnapper l’an passé, au Mexique: c’était un lundi. Nous voulions rentrer chez nous, à LA, parce que le prochain concert n’était que le vendredi. Les Mexicains nous ont bouclés toute une journée, ils ont même gardé nos passeports pour nous obliger à revenir Tout cela est une boutade comparée au gigantesque bordel qui règne sur l’Afrique. Et en plus, man, ils utilisent TA scène pour diffuser leur putain de propagande. Tu veux l’Aventure, faut vraiment aime cela!

Larry Dunn: C’est arrivé à Wheather Report, en Italie. Lors d’un concert, les terroristes ont foncé sur la scène avec leurs armes au nom de leur sacrée sainte propagande ..

Génial ! Ça, au moins, c’est l’Aventure.

L D.· La facture après le passage du commando s’élevait à 175 000 dollars. ..

Verdine White

Verdine White

V W : Alors, dans ton Aventure, par quel coup de baguette magique remplace-t-on l’équipement détruit?

On a un copain qui s’appelle Lloyd’s et la baguette magique est rebaptisée « contrat d’assurance « .

V W: Laisse-moi te raconter une histoire: dans ma Mercedes, j’avais une chaine très sophistiquée, presque un studio. Beverly Hills est un des coins les plus sûrs du monde, ça n’a empêché personne de casser ma caisse. Pour payer, les assurances n’ont pas la réputation d’avoir le portefeuille très facile: le braquage date d’il ya deux mois et j’attends encore d’être remboursé. Pour te répondre: nous aimons l’Aventure, mais sous un certain contrôle.« 

Et Verdine de m’exposer sa théorie: la différence entre un artiste et un artiste/artiste.

« Marvin Gaye est fou- oui il était encore vivant, mais il sera  hélas assassiné un an plus tard: NDR- donc, c’est un artiste/artiste. EW&F, par contre, conserve sa tête sur les épaules: ils ne sont qu’artistes. En vrac: Verdine White produit Leve l42 ; au ciné, Verdine rêve de jouer « L’Homme qui venait d’ailleurs », mais il refuse obstinément d’être Napoléon ou Jules César. Verdine adore la mousse au chocolat, par contre, Verdine roule en Mercedes, car il déteste les voitures U.S. Pour l’anecdote Verdine doit son prénom à sa grand-maman partie voilà quelques lustres jouer les touristes du côté de Verdun. L’Aventure?

« Et celle des petits labels, par exemple?

« V W. : C’est trop dur à assumer, ils paument tous du blé. Ils attaquent sur un seul coup et se cassent la figure, sans compter les problèmes de distribution. Les petits labels ne sont pas viables. » Conclut doctement le visionnaire Verdine !

 

Publié dans le BEST N°178 de Mai 1983

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Deux ans plus tard et toujours pour le funky BEST, j’interviewais Philip Bailey vocaliste principal d’Earth, Wind & Fire pour la sortie de son LP « Chinese Wall » propulsé par son duo imparable et cuivré avec avec un autre Phil , Collins celui-là. Mais s’il faut en croire son récit à force de vouloir tout contrôler, Maurice a figé E,W & F, un comble pour un groupe qui faisait danser les foules

Phil & Phil "Easy Lovers"

Phil & Phil « Easy Lovers »

Publié voici 31 ans dans BEST sous le titre:

DOUBLE PHIL

Pour comprendre l’irrésistible ascension de Phil Bailey au sein des pétulants Earth, Wind and Fire, il faut avant tout se livrer à une étude exégétique des notes de pochettes du groupe. D’abord écrasé par la mafia des frères White, Momo et Verdine, Phil Bailey s’imposa au fil des LP dans la formation comme sur les crédits. Aujourd’hui le voici deuxième consul derrière Napoléon Momo, avouez que pour une graine de star, la situation ne manque pas de stress. « Let’s s go solo », s’est dit petit Philip voici deux ans en demandant à George Duke un petit coup de main à la pâte de son premier LP« Continuation ». L’album contenait le « l Know», aux prémices de tube qui permit de voir Philip clippé sous les traits d’un taxi driver de New York. De Niro funk on aurait cru que Philip avait traversé sa vie dans un taxi jaune. Aujourd’hui il revient ni piano ni solo, mais duo avec l’autre Phil, papy Collins et « Easy Lover» a le succès que vous connaissez. Banco! La triade Phil Collins- Phil Bailey- E, W & F est assez facile à reconstituer : depuis trois albums solo Phil (Collins) a utilisé les cuivres et les arrangements de Earth, Wind & Fire. Tom Tom 84, les White et Bailey ont indubitablement contribué au succès extra-Genesis de Collins, ça crée des liens. Pour son « Chinese Wall », Phil s’est associé à Phil pour franchir ce petit bout de cross-over qui électrise tant les DJs. Bailey ressemble étrangement à Eddie Murphy, mais chez lui le funk remplace le fun. Originaire du Colorado, il a, depuis le coma d’Earth, Wind & Fire, regagné ses chères Rocky Mountains en se réinstallant à Denver. Aussi sportif que James Ingram, notre ex- batteur pratique deux mille sports et ne partage pas les délires égyptologues de Maurice White."Chinese Wall"

« Je suis chrétien, pas un païen idolâtre »,m’ a-t-il confié, « Dieu est sans cesse avec moi. Je n’ai pas besoin de le plaquer sur toutes les pochettes de mes albums pour le savoir ». Papa tranquille et gâteau, Phil bosse pour nourrir son petit monde au pied des Rocheuses « Là où les gens sont humains, pas comme à Los Angeles où tu ne croises que des robots ». Catho-écolo-mais gentil Phil n’est pas la foudre. Le tube « Easy Lover » est pourtant un sacré jackpot. « Il ne nous restait quelques heures de studio. Phil est rentré à l’hôtel pour dormir, il est revenu avec le texte et nous avons enregistré le titre en une seule prise ». Easy. CooL Relax. Clean Groovy mais trop gentil, Phil a grand besoin de s’ affirmer. Earth, Wind and Fire c’est to be or not to be, même si Bailey marmonne dans sa barbe « que le groupe envisage une réunion brain-trust en vue de décider de la mise en bière d’une nouvelle galette ».

Bref E, W & F a cessé toute activité depuis près d’un an. Philip s’est donc offert un superbe chômage technique avec l’autre Phil. La question est: quand Philip Bailey apprendra-t-il à marcher tout seul?

 

Publié dans le BEST N° 202 de Mai 1985 ,

 

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