DAHO TOUT EN HAUT DE L’AFFICHE

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Daho by JY Legras

Daho by JY Legras

 

Voici trente années, dans BEST, Etienne Daho, qui n’était plus du tout « junior », s’affichait pour la toute première fois en couve du magazine rock français légendaire. GBD, qui lui avait tendu son tout premier micro sur une antenne radiophonique FM comme pour un premier article dans la rubrique « Le Rock d’Ici » de BEST, avait forcément été chargé de l’entretien. Première partie de ce flash-back en « Pop Satori » majeure… ( voir sur Gonzomusic le second épisode de « Daho tout en haut de l’affiche » https://gonzomusic.fr/daho-tout-en-haut-de-laffiche-2.html )

 

Cet hiver 1986-1987 était incontestablement dominé par une joyeuse renaissance du rock hexagonal dominée par un certain rennais, au point que l’on pouvait alors parler de « la bande à Daho ». Elli Medeiros, l’ex Stinky Toys qui partageait alors cette semaine de concerts à Olympia fondatrice du « Dahoïsme »  mais aussi Lio, qui vocalisait alors avec Etienne sur l’imparable « Week End à Rome », Arnold Turboust, l’ex Private Jokes devenu alors le camarade de jeu attitré des albums de Daho, Frank Darcel le légendaire MDS, sans oublier le power-duo Niagara constitué de Daniel Chenevez et de Muriel Moreno. Dans ce papier de couverture du BEST 221, Etienne nous déroule sa « Satori Story »

 

Publié dans le BEST 221 sous le titre :

 

 

 

 

SATORI STORY

 

« Oh bien sur c’est un raccourci commode que de réunir un « mouvement » autour de lui tous ceux qui participent à cette victoire du front pop de 86. Mais chacun d’entre eux n’a-t-il pas un jour ou l’autre croisé ce cheminement original d’Etienne Daho qui prend maintenant des allures de marche triomphale ? ». Christian Lebrun

 

 

Daho, Turboust, Elli, Niagara et caetera… Les feuilles à sensation fondent comme des mouches sur la nouvelle pop. Un tour de Top 50 et puis voilà, ça leur donne l’illusion fragile d’avoir tout inventé. Ils baptisent cela « Dahoïsme » ou «pop corn » et nous les expédiant presto dans le même sac que Jeanne Mas, comme ils tentaient à l’époque de faire passer Dutronc dans le même presse purée qu’Hervé Vilard. J’aime pas la purée. Etienne Daho non plus. Que  croyez- vous qu’il écoute à la maison :  Mylène Farmer, Century ou bien Jackie Quartz ? Les nouveaux poppers comme Daho ont peut être craqué sur le techno-burger du compact disc, mais c’est pour mieux écouter le lunatic Syd Barrett ou pour sombrer dans les bras de Nico et glisser tout au fond du Velvet Underground. Rock and roll !

 Novembre 80

Dans un petit appart’ de Montmartre, Radio ivre la Pirate troue dans la nuit la virginité de la FM. Teardrop Explodes et U2 s’enchainent sur mes platines. La veille, mon pote le photographe Pierre René-Worms m’avait dit au téléphone: « Je déboule demain soir à la radio avec un mec. On s’est rencontré à Rennes où j’assurais pour Actuel. Tu verras, il viendra avec sa cassette. C’est vraiment pas mal. » Brun, timide, souriant et pourtant si tendu, ce jour là, c’était le premier flash d’Etienne. La première radio, les premiers passages de « Cow Boy » et de « Il Le Dira Pas» sur les ondes .

 Décembre 80Pop Satori

Second reportage pour Best, les Transmusicales et, dans la foulée, le « Rock à Rennes ». Le même soir, salle de la Cité, je découvre Private Joke et son claviers Arnold Turboust pour leur premier concert hors de leur Nantes natal. Premier gig aussi pour Etienne, et j’écrivais : « Encore un qui n’a pas de souci à se faire: Etienne Daho, gentil page des 80’s un peu timide. Soutenu par une partie de l’équipe Marquis de Sade, il dégage une aura certaine. » Trois semaines plus tard, back to Rennes, je retrouve Etienne. Sur la porte vitrée du magasin de disques où il bosse on a scotché les pages 76 et 77 de mon papier dans le Rock d’ici avec la toute première photo de presse d’Etienne et le papier signé GBD. Pour assurer le «Rock à Rennes» j’ai suivi deux guides: Etienne et Daniel, le claviers de James Bond et d’Opéra Dissidence. Publié dans le Best n° 152 (Mars 81): «  Les jeunes gens modernes ont laissé tomber leur maman- référence à la couverture d’Actuel où les MDS posaient avec leurs mamans: NDR-. Le côté cold s’est peu à peu s’est dégelé : on dialogue et on partage. Les groupes éclatent et s’interconnectent autour de quelques noyaux : la scène rennaise est une plaque tournante où l’on invente la rock communion. …». Et je concluais : « L’avenir est assuré, il y a Daniel et Etienne… »

 Octobre 86

Daho Elli Salut

Six groupes plus tard, Daniel Chenevez aveugle la Taupe 50 avec Niagara tandis qu’Etienne balaie l’hexagone de la Daho-mania déclenchée par son Satori Tour. Deux jours avant |’Olympia, je retrouve le Daho dans sa tanière du 9° arrondissement. Pop modèle pour une cover- s(a)tor(i)y.

 « Une semaine d’Olympia, Etienne, c’est un privilège ?

On aurait pu faire une plus grande salle et jouer moins longtemps, mais cela aurait été plus banal. Je voulais faire quelque chose qui ressemble au music-hall. Etienne Daho, Ça n’est que des chansons, alors c’est important de les jouer dans une salle qui appartienne à l’histoire de la musique. C’est comme l’affiche avec Elli. Elle n’assure pas la première partie, elle appartient totalement au show. « Etienne emmène Elli à l’Olympia. C’est très poupée Barbie et Ken, mais c’est très « game » : on veut juste s’amuser.

Et ce concept de « nouvelle pop », qu’en pense le principal intéressé ?

Je crois qu’il s’agit plutôt d’un feeling commun d’une génération de 25/30 ans avec des objectifs similaires mais des musiques complètement différentes. Ma musique est distincte de celle d’Elli, des Avions ou de Niagara, même si nous avons souvent envie de faire des chose: ensemble. Je ne crois pas au« Dahoïsme », même si en ce moment je suis le plus repéré parce que j’ai trois albums derrière moi et que ça marche bien. Je n’ai jamais aimé les écoles ou les mouvements. Je me sens à part, alors le Dahoïsme c’est un plan presse, une simple paresse journalistique. Ça fait des accroches.

 Pas seulement, Etienne!

En dehors d’Arnold qui est un cas particulier, puisqu’on bosse ensemble depuis quatre ans, c’est vrai que nous avons quelques tics, des familiarités dans la musique, les autres me paraissent très différents. Les disciples de Daho ca n’existe pas. En plus, je trouve ça gênant pour les autres, car ils ont chacun leur truc à défendre alors que le sujet TF1 / Salut suggère un amalgame.

Surtout que ces groupes ou chanteurs ont ton âge et que pour la plupart ils sont là depuis aussi longtemps que toi. Tu comprends d’autant mieux combien c’est chiant pour eux. Pourtant tu ne peux pas nier, par exemple, qu’Elli Medeiros a représenté quelque chose de précis et d’essentiel dans ta vie.

Elli a représenté un élément extrêmement capital. Si i’on parle de « nouvelle pop française» c’est bien grâce à Elli et Jacno. Moi j’étais fan d’eux pour cette raison-là. Ils m’ont donné envie de faire de la musique. Il se trouve que Jacno est un peu plus discret, mais ça remarche très fort pour Elli. La pop c’est tout eux, avec Lio dans la foulée. Elle était d’ailleurs fan des (Stinky) Toys. Et comme par hasard c’est encore Elli et Jacno qui lui ont fait « Amoureux Solitaires ». Juste avant eux, il y avait Françoise (Hardy).

Stinky_Toys

 

Raconte un peu comment tu avais monté le premier concert des Stinky Toys (groupe d’Elli et Jacno NDR) à Rennes.

Je voulais me faire un cadeau d’anniversaire. Les Toys n’étaient à l’époque qu’un phénomène de presse. Ils vendaient peu, mais j’adorais leurs disques. Pour les faire venir, en 79, j’ai cassé ma tirelire pour fonder une Association loi de Hervé Bordier m’a aidé à monter mon truc. On l’a baptisé « Ellipse ». Marquis de Sade assurait l‘ouverture. Ce jour-là, j’ai enfin rencontré Elli et Jacno. Je les ai emmenés chez ma mère et nous nous sommes découverts une armada de passions communes comme Françoise. Nous sommes restés très amis et lorsque j’ai voulu faire mon premier disque, j’ai tout de suite pensé à Jacno. Il incarnait pour moi le producteur idéal pour Mythomane ». Elli a dessiné la pochette. Tous les deux, ils ont toujours su m’encourager, ce sont eux qui m’ont poussé à faire un disque.

DUEL AU SOLEIL

Elli, c’est assez proche de ce que tu racontes dans « Quelqu’un Qui M’ressemble » ?

Oui, par exemple. Cette chanson ressemble aux petits bonshommes et aux oiseaux de la pochette de « Pop Satori ». C’est deux personnages dont on ne connaît ni le sexe, ni la couleur, ni d’où ils viennent, mais ils sont unis et c’est ce qui importe. On est ensemble et on est bien ensemble, le reste on s’en fout.

Peace and love, brother ?

C’est vrai, j’aime cette idée. Peace and love, ça n’est pas nul. Il y a peut être un hippie qui sommeille à côté d’un cochon. Mais j’aime les associations. Je me suis associé à Jérome (Soligny) pour faire le bouquin sur Françoise (Hardy). Je me suis associé avec Arnold (Turboust), avec Frank (Darcel) à l’époque pour faire des disques.

Frank (Darcel) est aussi un personnage important dans ta vie.

On s’est rencontrés à l’époque où je faisais partie des aficionados de Marquis de Sade. On avait tous l’impression de contribuer au succès du groupe. Lorsqu’ils ont fait la couve d’Actuel, c’était comme un succès personnel. J’ai commencé à faire des chansons six mois avant la séparation de MDS. Frank (Darcel) et Philippe (Pascal) ont des personnalités très fortes; ils ont fini par diverger. Frank avait découvert Material à New York et voulait pousser vers le funk, ce qui n’était guère au goût de Philippe. Frank m’a proposé de bosser ensemble. Nous avons présenté nos maquettes à Virgin et on a signé. Nous avons fait le disque ensemble. Pour le second simple, nous n’avions pas de producteur. Frank a prouvé qu’il s’en tirait avec talent. On a fait « Le Grand Sommeil», puis, « La Notte… » et puis «Tombé». Mais, pour « Pop Satori», je n’avais aucune envie d’un fils de « Tombé». Tu sais, lorsque nous sommes venus vivre à Paris on était tous les trois Frank, Arnold et moi dans le même appart’. Lorsque Frank est reparti vivre à Rennes, entre Arnold et moi il y a eu soudain plus de complicité.

by Arlette Kotchounian époque Pop Satori

by Arlette Kotchounian époque Pop Satori

Et aujourd’hui c’est « rien ne va plus entre Arnold et Etienne » ? (rires)

Je sais que les mauvaises langues veulent nous fâcher parce qu’Arnold est au Top 50. Mais nous tournons ensemble, nous travaillons ensemble et nous avons encore des tas de projets ensemble.

Il faut aussi parler de Lio.

Lio, je l’ai rencontrée lorsqu’elle chantait «Mona Lisa». Maneval nous a présentés pendant une émission sur Europe l. Le même jour, j’avais rencontré John Cale, c’était une journée bien. On s’est donné rendez-vous chez Angelina pour un chocolat chaud/gâteaux. On s’est revus de temps en temps et, comme je l’aimais beaucoup, je lui ai demandé de faire les voix italiennes de « Week End à Rome ». Avec Lio, on a des envies communes et un peu la même position face au business.

Lio

 (fin de la première partie…à suivre…..)

 

Publié dans le BEST numéro 221 daté de décembre 1986

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