STEPHAN EICHER SEUL EN SCÈNE AU ROND-POINT

Stephan EicherRetour aux sources au Théâtre du Rond-Point, du 1er au 4 octobre, pour l’ami Stephan Eicher qui présente « Seul en scène », un spectacle coécrit avec François Gremaud. Entre concert et monologue, le cool rocker suisse revisite sa carrière avec humour, tendresse et une bonne dose de malice, comme un flash-back de ses débuts lorsqu’il était seul et accompagné par ses machines. Un show en solitaire tel un diamant brut dont les éclats  ont bien entendu ébloui notre JCM !

Stephan EicherPar Jean-Christophe MARY

 

Vendredi 2 octobre. Ce soir sur les planches de la salle Renaud Barrault, Stephan Eicher ( Voir sur Gonzomusic  https://gonzomusic.fr/?s=Stephan+Eicher ) remonte le fil de sa vie musicale, de ses débuts dans les clubs underground de Berne des 80’s à ses grands succès, en passant par ses souvenirs de famille et sa longue complicité avec l’écrivain Philippe Djian, fidèle parolier de ses chansons. Un spectacle qui tient autant du théâtre que du concert, et où le temps qui passe devient le véritable fil rouge. À 21 heures, la salle s’éteint. Sur l’écran blanc apparaît un texte plein d’humour qui invite les spectateurs à abandonner leurs téléphones. Première pirouette d’un spectacle qui ne cessera de jouer avec les codes du théâtre. Le décor est minimaliste, blanc, presque clinique, entièrement automatisé. Des éléments apparaissent, disparaissent, se déplacent au fil du récit. Les machines deviennent partenaires de jeu.

Stephan EicherStephan Eicher entre en scène. Il commence par saisir la petite lampe traditionnellement laissée allumée sur un plateau vide, la « lampe fantôme », avant de la ranger. Puis il attrape une guitare et un tabouret et entonne « Si tu veux que je chante », « Pas d’ami (comme toi) », « Des hauts, des bas ».  Les premières chansons installent immédiatement la proximité avec le public. Arrive « Déjeuner en paix ». Le tube absolu. Eicher commence à le jouer, puis s’interrompt. Ce n’est pas encore le moment. Il plaisante sur le troisième couplet, qu’il dit n’avoir jamais vraiment compris : pourquoi Philippe Djian a-t-il écrit « feras-tu un bébé pour Noël ? » ? Clin d’œil au petit Jésus, suggère-t-il. Rires dans la salle. Le chanteur replonge ensuite dans ses débuts. Le décor se transforme. Un néon penché évoque les années 1980. Les premières machines de son groupe Noise Boys apparaissent. Eicher déclenche ses instruments et enchaîne un medley de ses débuts : « Eisbär », « Noise Boys Song », « MiniMiniMiniMinijupe », « Disco mania », « Les filles du Limmatquai », « Komm zurück ». Sur l’écran, les machines sont filmées en gros plan. Rien n’est en playback. Tout est joué en direct. La démonstration est aussi spectaculaire que réjouissante. Puis vient « Combien de temps ». « Quarante-cinq ans, ça passe vite… », lance Eicher. Une phrase qui résume à elle seule le spectacle. Au piano, il interprète « Disparaître ». Puis tente une nouvelle fois « Déjeuner en paix ». Il s’arrête encore. Prétexte un mal de gorge. Rires du public. Puis  se lance dans une digression savoureuse sur les piétons parisiens. En Suisse, explique-t-il, attendre au feu rouge est « un contrat social ». En France, « c’est une proposition ». Nouveaux éclats de rire. Stephan Eicher explique les différentes attitudes que l’on doit adopter devant un piano… avant de s’effondrer sur le clavier et de produire une formidable dissonance. Ce qui semble être une leçon sérieuse tourne à la farce. Tout est dans ce décalage.

Stephan EicherLe spectacle devient plus intime lorsqu’il évoque les origines Yéniches de sa famille suisse, des nomades à la fois musiciens et vendeurs de couteaux. Il raconte ses souvenirs avec cette malice tranquille, les chemins qui l’ont conduit vers la musique. Puis viennent deux moments particulièrement émouvants : « Prisonnière » et « Rivière ». Les souvenirs prennent ensuite la forme de vinyles. Eicher présente les artistes qui ont nourri sa culture et lui ont donné envie de devenir musicien : les Ramones, dont il évoque un concert marquant à Berne, Lou Reed, Patti Smith, Bob Dylan ou encore Prince. Sur une platine, il fait entendre « Les Histoires d’A » des Rita Mitsouko, hommage à Catherine Ringer. Sur l’écran défilent des images. L’une d’elles montre Eicher dans un bar, jetant un regard malicieux vers le portrait de Philippe Djian. Une belle façon de rappeler l’importance du complice de toujours. Le chanteur raconte aussi avoir quitté l’école à 16 ans pour devenir artiste. « Je me suis mis à lire à 30 ans », raconte-t-il. « Puis commencer à réfléchir à 40 ans ». Rires dans la salle.

Stephan EicherL’un des souvenirs les plus forts arrive lorsqu’il évoque les abris antinucléaires suisses. Celui de son père servait notamment à protéger… des instruments de musique. Eicher en sort alors l’accordéon paternel, qu’il a automatisé. Il chante « Orage », extrait de l’album « Ode ». Sa voix est pleine, puissante, étonnamment intacte. Puis nouvelle surprise, « Jolene », de Dolly Parton. Un hommage qui s’inscrit dans cette galerie de figures musicales qui ont accompagné son parcours. Et, enfin, « Déjeuner en paix ». Cette fois, Eicher va jusqu’au bout. Le public se lève d’un seul homme et reprend le morceau avec lui. Un moment de communion qui pourrait annoncer le moment du rappel. Mais au théâtre, justement, il n’y a pas de rappel. L’écran l’annonce avec humour : « Quand c’est fini, c’est fini, basta ! » La salle rit. Eicher revient pourtant au piano. « Savez-vous où s’en va la neige quand elle fond au printemps ? » Puis il se caresse les cheveux et commence « Cheveux blancs ». La dernière image est à la fois simple et poétique. Eicher remet en place la petite lampe près du micro. Celle que les théâtres laissent traditionnellement allumée lorsque la scène est vide. Elle est là, explique-t-il, pour accompagner les fantômes pendant la nuit. Pendant une heure trente, Stephan Eicher aura transformé le Rond-Point en drôle de machine à remonter le temps. Entre fragments autobiographiques et anecdotes personnelles, Eicher revisite ses tubes, rejoue ses débuts et joue avec son image autant qu’avec son public. Une liberté de ton et une poésie scénique pour un artiste qui, après quarante-cinq ans de carrière, semble avoir trouvé une belle manière de se renouveler. Le public, lui, ressort enchanté.

All piv by JCM

 

Stephan EicherSet-list :

Si tu veux que je chante

Pas d’ami (comme toi)

Des hauts, des bas

Medley de son groupe Noise Boys

Eisbär / Noise Boys Song / MiniMiniMiniMinijupe / Disco mania / Les filles du Limmatquai / Komm zurück / 

Combien de temps

Disparaître

Toute la place

Déjeuner en paix

Prisonnière

Rivière

Les Histoires d’A

(Les Rita Mitsouko)

Orage

Jolene (Dolly Parton)

Déjeuner en paix

Cheveux blancs

 

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