GEYSTER « A Modern Life »
On peut dire que cette fois Geyster déploie ses ailes … au sens propre du terme et en VO… ses Wings, donc… tant ce « A Modern Life » est un autel sonique voué au culte du Macca. Et, comme on le dit si bien… Macca un jour … Macca toujours, en tout cas à ma connaissance c’est la première fois qu’un artiste français s’attaque à un aussi gros morceau. Pourtant le résultat est à la hauteur de ses vastes ambitions : un vibrant hommage tout en cascades d’harmonies et forcément nostalgique de la formation qui a accompagné la métamorphose de Paulo à sa sortie des Beatles. Joli et bluffant travail pour une des plus rafraichissantes surprises discographiques de cet été torride.
Une fois n’est pas coutume, je vais vous livrer un de mes petits secrets de fabrication d’articles, soit la prise de notes. En écoutant un album titre par titre je compile des petites notes, des impressions, des analogies avec d’autres chansons ou d’autres artistes. Aussi quand j’ai entendu « It Won’t Be Easy (Tonight) » voici exactement ce que j’ai écrit : « alors là c’est exagéré … je vais le dire à McCartney ( voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=McCartney ) mais là on est à deux doigts du plagiat de « Magneto And Titanium Man » sur « Venus And Mars » de 1975… même les guitares et la voix c’est juste hallucinant. C’est du Macca comme Macca sans être exactement du Macca. Ou alors c’est voulu ? On va demander à l’artiste ». Et vous savez quoi, j’ai demandé à l’artiste… qui a évidemment confirmé au téléphone l’hommage plus qu’appuyé au titre de « Wings ». Gaël Benyamin/ alias Geyster ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Geyster ) prouve qu’il ne manque décidément pas de cojones. Un peu partout tout au long du disque on retrouve ici et là ces clins d’œil à l’ex chanteur des Beatles, notamment de petits solos de guitares ou de saxe aux ailes on va dire très largement déployées. Mais sa force c’est qu’on succombe immédiatement au charme et c’est bien ce qui rend cette collection de chansons si particulière.
C’est ainsi que « The Aftershow » balance entre les harmonies de « Here Comes the Sun” des Beatles et celles de “Close To You” des Carpenters… plus une petite guitare qu’on croirait tout droit échappée des sessions de « Band On the Run », y’a pire, on va dire ! Cool et laid back, c’est comme une piñacolada sirotée sur le pont d’un voilier filant sur le Pacifique. Vous avez dit yacht rock me semble t’il ? ( Voir sur Gonzomusic YACHT ROCK par Gaël BENYAMIN) Puis « A Beautiful Ride » embrasse toute la popitude façon Tears For Fears d’“Everybody Wants to Rule the World” et “The Things We Do For Love” de 10cc, avec en cherry sur le cake un vibrant solo de saxe, tout comme sur le hit de Gerry Raferty. Plus surprenant, cette intro reggae synthé un peu « African reggae » de Nina Hagen de « Carry On » avant de replonger du coté de Crosby, Stills, Nash & Young, même s’il ne s’agit pas du même « Carry On », revu par Earth Wind & Fire.
Avec « Caught In This State » on s’abreuve généreusement aux sources Steely Dan pour un groove aux super vocaux boosté par la chaleur enivrante du Fender Rhodes. Et ce côté léger improvise d’une soul insouciante est ici appuyé par un jovial solo de trompette. Bien plus intimiste « From This Moment On » est pourtant une des plus belles compositions de ce projet, avec encore et toujours cette influence Macca et ses envolées lyriques harmoniques avec Wings… et c’est franchement super bien fichu ! Plus soul cool, voici « Honeybell », un titre funky pop cool ensoleillée à la Bill Withers et Teddy Pendergrass aux chœurs angéliques et on se laisse chavirer par ces belles vagues sucrées. Et again on retrouve l’indispensable petit solo de saxe pour nous mettre bien dans le bain du jacuzzi californien. « A Modern Life », dès son intro piano simple et efficace assume toujours son inspiration McCartney entre « Maybe I’m Amazed » et « Tomorrow », plus une petite pincée de « I’m the Walrus » … mais on tombe immédiatement sous le charme de cette composition super émotionnelle et classe. Super vocaux pour une véritable chanson-titre. Bravo. Si « Moonlight Ray » est une pop intimiste et fragile, un peu Steely Danien où coule toujours cette cascade mélodique à la « Im Not In Love » qui nous emporte forcément, c’est surtout « No One Sees Her When She Cries” dont la blackitude assumée en pur doo wap crée la surprise dans un sacré retour vers les 60s … mais avec un Macca toujours aussi omniprésent dans cette guitare soudain surgie de « Band On the Run » qui passe dans le décor et disparait… avant de venir magistralement clore le bal. C’est juste bluffant. « Shoot the Breeze » succombe à une overdose Fender dés son intro pour se muer en slow funk percutant tel le “Come Together” des Beatles douché de pluies tropicales d’harmonies vocales et un étonnant final qui sonne comme une chanson de Noel… étrange, vous avez dit étrange. Dans la série on vous garde le meilleur pour la fin, on vous présente « Time To Draw the Line » aux accents très Doobie Brothers, période Michael McDonald, où l’on retrouve un nouveau solo de guitare bien assassin. Gaël Benyamin a bien eu raison de ressortir sa guitare, un peu partout ces petits riffs apportent cette indispensable touche organique qui donne toute son âme à ce bel album. Si d’aventure vous aviez envie de prolonger cet été dans vos têtes, je vous engage dés à présent à adopter « A Modern Life ».
