BORN TO BE WYLDE
La parution du second album solo du leader de Black Label Society est le prétexte d’une tournée européenne dans des salles à échelle humaine. Qui s’en plaindrait ? Humain, c’est d’ailleurs le premier qualificatif qui vient à l’esprit au sortir d’une rencontre avec le brother Zakk Wylde menée de main de maitre par l’excellent Pierre Mikaïloff.
Être ou ne pas être Zakk Wylde…telle est la question à laquelle tente de répondre Pierre Mikailoff, en tendant son micro au tonitruant leader du Black Label Society pour son aventure solo forcément intitulée « Book of Shadows II »
Par Pierre MIKAILOFF
« Pourquoi un « Book of Shadows II » et non un nouvel album de Black Label Society ?
Je pense que je n’aurais jamais écrit « Book of Shadows II » sans ce 20ème anniversaire. Je suis toujours en train d’enregistrer et de tourner avec Black Label, donc je n’ai jamais le temps de me consacrer à un album solo. D’autant qu’on fait aussi des morceaux mélodieux avec Black Label. Mais les fans que je rencontre au cours des « Meet and Greet » me demandaient toujours une suite à « Book of Shadows ». Et j’ai fini par me mettre au travail ! J’ai donc écarté les morceaux plus heavy pendant un temps et j’ai exploré une autre voie.
Comment déterminez-vous le matériel qui convient à Black Label et celui qui convient à un projet solo ?
Je compose, c’est tout, je n’y pense pas. Évidemment, quand je composais pour Ozzy, je privilégiais les morceaux avec des gros riffs, plutôt que le matériel mélodieux. Pour quelqu’un comme Ozzy, je sais exactement ce qui convient. Mais pour « Book of Shadows », le concept des deux albums est juste mon amour pour ce type de musique. Des choses comme Neil Young, Eagles, Allman Brothers, Lynyrd Skynyrd, Bad Company, The Band, Percy Sledge, Sam Cooke… Vous savez, j’écoute tous ces trucs. Je pense que tous ces vieux groupes qui vous ont façonné vous accompagnent tout au long de votre vie. J’oubliais Led Zeppelin et le blues classique, la country, la musique celtique… C’est tout ce que j’aime et que j’ai digéré. Et ça a donné ma musique.
À quel moment composez-vous ?
Quand j’écris quelque chose, c’est souvent après avoir été touché par un truc que j’ai écouté. Ça peut être Neil Young, les Stones. Pour Neil Young, je citerai des morceaux comme « Heart of Gold », pour les Stones, « Wild Horses ». Par exemple, quand je suis en tournée, je vais écouter « Wild Horses » dans le tour bus, et de retour à la maison, je vais décrocher une guitare acoustique. La chanson que je composerai sonnera comme tout sauf « Wild Horses », mais c’est pourtant là que j’aurai puisé mon inspiration. À l’arrivée ce sera du Zakk Wylde. Je pense que c’est comme ça que procèdent beaucoup de gens. Ça dépend aussi de l’instrument sur lequel tu composes, piano ou guitare…
Vous arrive-t-il aussi de composer avec le groupe, en improvisant ?
Oui, bien sûr, pendant les sound-checks. Et on retravaille les morceaux une fois à la maison, sur des guitares acoustiques.
Comment êtes-vous venu à la guitare ?
En fait, j’aurais adoré jouer au football à l’école, mais je n’arrivais pas à grossir ! Mon gabarit ne convenait pas. J’aurais voulu être un linebacker (défenseur). Du coup, je traînais dans les vestiaires et, un jour, je tombe sur ce guitariste en train de jouer des standards country, mais aussi « Purple Haze » (de Jimi Hendrix), Black Sabbath, Led Zeppelin, AC/DC… Je me suis assis et j’ai écouté. Je regardais ses doigts courir sur le manche de la guitare, c’était comme regarder la chose la plus intéressante, la plus cool du monde. Le lendemain, je commençais à prendre des cours. Ça a duré trois ans. C’était fantastique ! Je venais de trouver le truc que je voulais faire.
Il y a quelque chose de fascinant dans votre parcours : j’ai l’impression que vous avez rencontré tous vos héros et joué avec la plupart d’entre eux…
Oui, sans aucun doute : j’ai joué avec les Allman Brothers, Ozzy… Sans compter les jam sessions, notamment avec Lynyrd Skynyrd et d’autres gens que j’écoutais gamin.
Parfois, vous mentionnez des guitaristes qu’on a un peu oubliés aujourd’hui, comme Robin Trower ou le Canadien, Frank Marino, un émule de Jimi Hendrix…
Frank Marino est quelqu’un que je citerai en tout premier en termes d’influence et d’inspiration. Il continue de m’inspirer aujourd’hui. C’est un des plus grands, je le mets sur le même plan qu’un John McLaughlin, dans un autre genre. Mais il y en a tant d’autres que j’admire : Al Di Meola, Jimmy Page, Randy Rhoads, Tony Iommi. Ce sont mes héros. Je suis toujours aussi remué quand je les écoute. Ils m’ont inspiré et m’inspirent, ils sont comme des professeurs pour moi. Mais pour en revenir à Frank Marino, la première fois que je l’ai entendu, j’ai compris tout ce qu’on pouvait faire avec une gamme pentatonique. Il a une grande technique, mais surtout, ce qu’il joue est extrêmement musical. C’est pourquoi j’ai tant d’admiration pour lui. J’ai aussi eu l’occasion de rencontrer Frank. C’est un être humain merveilleux.

Zakk et Ozzy
En matière de chant, avez-vous des références, des influences ?
J’aime les voix d’Ozzy, Gregg Allman, Ray Charles, Elton John, Paul Rodgers (chanteur de Free, puis de Bad Company) qui est phénoménal, et aussi… Neil Young, qui est capable de tant de nuances. Respect pour ce gars !
Quelle est votre définition d’une bonne chanson ?
C’est difficile à définir. Ce n’est pas une question de genre musical en tout cas. Pour moi, le genre n’a aucune importance. Même pour quelqu’un qui écoute du black metal, il y a le bon et le mauvais black metal. De même qu’il y a du bon et du mauvais jazz, de la bonne et de la mauvaise country. Comme Miles Davis disait : « Il n’y a que deux sortes de musique, la bonne et la mauvaise. » Alors peu importe le style de musique ou l’instrument joué. Quand vous parlez de « bonne chanson », vous parlez de quelque chose dont la qualité ne peut être mise en doute. Une grande chanson, c’est aussi une grande interprétation. Prenez quelqu’un comme Adele, son talent est indéniable. Quand elle s’assoit à son piano et chante, personne ne va dire qu’elle ne sait pas chanter. C’est juste indéniablement énorme ! Elle pourrait chanter l’annuaire du téléphone… Avec ce type d’interprète, peu importe la chanson. Ils peuvent chanter n’importe quoi et en faire un truc bouleversant.
Pour rester parmi les piano-players célèbres, vous mentionnez parmi vos influences quelqu’un de finalement pas si surprenant, vu votre ouverture d’esprit, c’est Elton John…
C’est pour la puissance de ses chansons. La première fois que j’ai entendu Elton John dans un show télé présentée par Cher, c’était à l’époque de « Captain Fantastic », et il a chanté « Lucy in The Sky with Diamonds ». À l’époque, je ne savais même pas qu’il s’agissait d’une chanson des Beatles. Je devais avoir huit ans, c’était en 1975. J’ai eu un choc, j’ai réalisé à quel point la musique pouvait être puissante. J’ai vu Elton John en concert, récemment, pour mon anniversaire ! C’était le cadeau de mes enfants et de ma femme.
Je crois que vous écrivez actuellement un scénario. Est-ce trop tôt pour en parler ?
Oui, beaucoup trop tôt. J’ai quelques idées… C’est tout.
Collectionnez-vous, comme beaucoup de guitaristes, les guitares vintage ?
Pas vraiment, j’ai quelques vieilles pièces, mais rien de fou : pas de Les Paul 1959. Joe Bonamassa les a déjà toutes achetées ! Je possède tout de même des SG de 1965, la Les Paul Junior de 1957 qu’Ozzy m’a offerte pour mon anniversaire, et celle de 1958 que m’a donné mon producteur, Michael Beinhorn, alors que nous travaillions sur un album. C’est une guitare fantastique. J’ai gardé toutes ces précieuses vieilleries, mais désormais je possède ma propre marque de guitare.
Justement, quelles sont les raisons qui vous ont poussé à monter votre compagnie ?
Pour moi, c’est juste une étape logique, vous savez. D’abord, vous quittez la maison de vos parents, puis vous louez un appartement, et l’étape suivante, c’est de posséder votre propre maison. C’est une évolution normale. Cependant, je ne pourrais pas être davantage reconnaissant à Gibson de m’avoir permis de créer ma propre Les Paul, exactement selon mes indications, ainsi que ma propre Flying V. Mais arrive un jour où vous avez envie de créer de toutes pièces des guitares aux formes folles, et vous montez votre compagnie. Il n’y a pas de limites. »
