CLASSÉ X

XVoici 42 ans dans BEST GBD assumait parfaitement et sans rougir bien au contraire son attrait décomplexé pour le X. Certes, il ne s’agissait pas alors d’un réseau social foire des miracles de tous les complotismes, ni même de pornographie, mais bien de rock. Ou plus exactement de punk rock mais au soleil de la Californie, avec la formation bien dissipée menée par Exene Cervenka et son complice John Doe qui s’apprêtait à publier son 4ème LP le ténébreux mais néanmoins western « More Fun In The New World ». No future sous les palmiers de LA.

XJe les observais depuis un couple d’année d’une regard narquois. Et pour cause, pour avoir connu les punks, les vrais sur le pavé de Londres, avec leurs iroquois, leurs piercings épingles à nourrice et leur chômage sans espoir, lorsque je voyais les punks de LA qui rodaient tout autour du Sunset Strip avec leurs iroquois, leurs piercings épingles à nourrice et les clefs de leur Ford Mustang cabriolet au fond de la poche, j’avoue que j’avais un peu de mal à les prendre au sérieux. Ce qui ne retirait rien au talent des groupes punks locaux qui pouvaient être aussi bons que les Damned ou les Stiff Little Fingers à l’instar des Wall of Voodoo, Gun Club ou Black Flag. Et surtout X enrôlé direct sur le rebelle label Slash et surtout produit dès leur tout premier LP, le bien nommé « Los Angeles », par le mythique claviers des Doors, Ray Manzarek. C’est dire si j’étais impatient de rencontrer les deux leaders du groupe John Doe (« John Doe » est un nom fictif utilisé dans les procédures judiciaires lorsque le nom réel d’une partie est inconnu au moment où une action en justice est engagée. Cette désignation peut également servir à préserver l’anonymat d’un demandeur, mais elle est le plus souvent employée pour désigner un défendeur non identifié jusqu’à ce que son identité puisse être établie : NDR) soit John X et la capiteuse Exene Cervenka. Flashback…

 

 

XPublié dans le numéro 185 de BEST sous le titre :

 

SIGNÉ X

 

Hollywood Boulevard, la nuit, tous les néons des cinés pornos dansent sur la musique d’X. Wall of Voodoo, Gun Club, Black Flag, les nouveaux courants insurgés en Californie se jouent de la magie noire. Pour X, c’est l’escalade des sortilèges, une fascination proche de l’hypnose. Le groupe a réussi l’osmose impossible entre l’énergie du punk et les racines du western. Lorsque j’ai rencontré John X Doe, chanteur/bassiste et Exene Cervenka, la voix de X dans les bureaux flambants neufs d’Elektra, ils venaient de boucler le dernier tour de magnéto de leur nouvel album. « More Fun In The New World », second LP Elektra et quatrième album du groupe, il résume un peu le constat d’échec du rêve américain :

 

« Exene Cervenka : Le thème central, c’est le foirage total du rêve U.S. Il faut donc lui substituer une joie interne ; si tu veux être heureux, c’est à toi seul de le réaliser, sans attendre que ton pays le fasse pour toi. Je n’attends d’aucun leader qu’il me rende le sourire.

 

Vous avez échappé à la purge, mais beaucoup de groupes de chez Elektra ou ailleurs ont été virés du jour au lendemain de leur label.

 

Ils abandonnent parce que toutes les issues leur sont bouchées. Pas de radio, pas de journaux, ils n’existent pas. A force, ils finissent eux-mêmes par y croire. En Amérique, c’est dur d’exister pour les groupes locaux. Pour réussir à percer, ils doivent trouver une image assez exotique qui excite la curiosité du public.

 

John Doe : Regarde le succès des Anglais dans nos charts. Duran Duran, c’est nul, mais ça titille les papilles gustatives de n’importe quel yankee. Le grand public ne veut pas entendre Black Flag ou les Ramones. Ce qu’il recherche, c’est la version aseptisée de ces groupes, cette soi-disant new music. Or, pour moi la new music est plus une question d’attitude que de son ; or je n’ai nul besoin d’une nouvelle génération de Moody Blues. D’une certaine manière des trucs comme MTV participent à la normalisation : face au vinyle, ça ruine tout ton imaginaire. Mais le côté positif de MTV, c’est qu’il permet à certains groupes de s’exprimer.

 

Oui… entre 4 h et 6 h du mat’ !

 

XE.G: Il faut aussi compter avec les réactions des autres chaînes : si MTV ne programme que des stars blanches, les autres prennent le contrepied et choisissent l’attitude rebelle. Sans concession, tu peux réussir une percée à la télé, alors pourquoi s’en priver

 

Pourquoi n’a-t-on jamais vu X sur les scènes européennes, c’est une question de pognon ?

 

J.D: Exactement, et pourtant, crois-moi, nous rêvons. Nous tournons aux States jusqu’en décembre, si ça marche, nous débarquons chez toi en janvier. C’est dur regarde le Gun Club qui, lorsqu’il est venu en Europe, a du se faire passer pour une association d’étudiants pour bénéficier de réductions sur les vols, sinon impossible pour eux de joindre les deux bouts.

E.C : Je crois que l’Europe est plus ouverte. Ici, les États sont si isolés je me sens parfois comme une missionnaire chargée de leur porter la bonne parole.

J.D: Dans ce pays, lorsque tu parviens à assumer ton individualisme, ça te rend plus fort. Comme lorsque tu résistes au courant, ça te muscle. Je suis ravi de voir tous les réacs s’afficher, car au moins tu connais ton camp.

E.C: Notre moteur, c’est la passion, la romance mêlée de tout notre background social. La force principale de la musique, à mon sens, c’est lorsqu’une galère te tombe dessus et que tu en fais une chanson. Tu fais en sorte que celui qui t’écoute se sente libéré car, lui aussi, de son côté, il a vécu les mêmes choses et elles sont désagréables.

 

L’album est à nouveau produit par Ray Manzarek…X

 

J.D: Depuis ce jour où il nous a vus au Whisky, nous formons une équipe très soudée. Nous avons adoré nous rendre compte que les acides ne lui avaient pas totalement grillé le cerveau, car, pour moi les Doors sont aussi actuels aujourd’hui qu’ils pouvaient l’être en 68. Travailler avec un type comme lui ça nous force à éviter la plupart des pièges. Je crois que notre nouvel LP est plus réussi que le «… Big Black Sun » lorsque nous avions perdu un ami et que ça déteint forcément sur la musique. Nos textes sont plus agressifs. Je crois, surtout, que nous avons retrouvé le sens du fun : s’il doit être plus privé et secret, c’est pour nous donner le sens de la responsabilité ».

 

John et Exene s’assument complètement. La preuve, Exene enchaîne un rendez-vous chez te dentiste à l’interview. Plus sérieusement, elle dessine aussi la pochette de l’album. « More Fun In The New World », c’est un peu l’union de Quicksilver aux Pistols, consacrée par Warhol. Quant à l’énergie, si Texaco pouvait la canaliser, elle vous irradierait tout un continent à la puissance… X !

 

 

Publié dans le numéro 185 de BEST daté de décembre 1983BEST 185

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.