IRON MAIDEN par MELANIE KOMINEK
Peu de groupes peuvent se targuer d’une telle fucking longévité ! Fondé en 1975 à Londres par Steve Harris, Iron Maiden fêtait en 2025 à Paris La Défense Arena ses 50 ans de carrière avec plus de 2 500 concerts au compteur et plus de 100 millions d’albums vendus. Des chiffres vertigineux, à l’image de l’impact colossal du groupe assourdissant à travers tant de générations de fans dont un certain JCM qui s’est précipité dès la fin de sa lecture du livre chez « Écouter Voir »… mais surtout pour écouter.. à nouveau !
Par Jean Christophe MARY
Avec cet « Iron Maiden : Up The Irons », Mélanie Kominek rend hommage à ce monument du heavy metal britannique devenu une institution. Depuis les pubs enfumés et crasseux de l’East End, jusqu’aux stades bondés de la planète, Iron Maiden a bâti sa légende sans jamais trahir son ADN à base de riffs tranchants, de basses galopantes, de batterie martelée et de voix en acier trempé. Loin de l’image caricaturale du rockeur autodestructeur, le groupe mené par le bassiste Steve Harris s’est imposé par une discipline presque militaire et une fidélité rare à son public. Développée sur le long terme, la vision de Steve Harris s’est développée sur un demi siècle avec une rigueur et un travail acharné fait de tournées incessantes et de chansons devenues hymnes. « Killers », « The Number of the Beast », « Powerslave », « Seventh Son of a Seventh Son », autant d’albums qui ont façonné le son et l’imaginaire du heavy metal moderne et expliquent cette incroyable longévité.
Ce qui distingue Up The Irons des biographies autorisées et autres encyclopédies sages consacrées à Iron Maiden c’est son regard transversal. Mélanie Kominek ne cherche pas à sanctifier le groupe mais à raconter son évolution, ses tensions, ses ruptures et ses renaissances, en les replaçant dans l’histoire plus large du heavy metal. Up The Irons revendique une liberté de ton rare. Ici pas de langue de bois, pas de récit lissé mais une liberté de ton bienvenue, mêlant analyse musicale documentée, anecdotes, culture rock et humour très british. L’ouvrage croise ainsi l’histoire de Maiden avec celle du metal mondial. A chaque album du groupe correspondent les grandes sorties metal de l’année, offrant en précieux background un contexte précieux pour mesurer toute son influence et sa singularité. Autre originalité, les setlists des tournées qui ont suivi chaque album, véritables instantanés de la relation entre le groupe et son public. Un plus qui parlera immédiatement aux fans de live et rappelle que Iron Maiden est avant tout une machine de scène construite sur la route.
L’ouvrage se structure en grandes périodes clairement identifiées. Les débuts (1975–1980) raconte la naissance de la Bête, les débuts au Soundhouse marqués par cette énergie brute, punkoïde et rageuse incarnée par le chanteur Paul Di’Anno ( 1978 à 1981) figure fondatrice, disparue le 21 octobre 2024. Vient ensuite l’âge d’or (1982–1989), la conquête du monde avec cinq albums majeurs : « The Number of the Beast », « Piece of Mind », « Powerslave », « Somewhere in Time » et « Seventh Son of a Seventh Son ». Emmené par Bruce Dickinson, Iron Maiden devient alors une grosse machine rock, entre ambition musicale, imagerie spectaculaire et succès planétaire. Les années 1990, plus fragiles sont abordées sans fard comme une évolution à double tranchant, entre expérimentations, départs marquants — dont celui du guitariste Adrian Smith, écarté par Steve Harris en 1990 pour divergences artistiques — et le passage éclair de Blaze Bayley au chant ( de 1994 à 1999).
Enfin, les années 2000 consacrent le retour triomphal de Bruce Dickinson et d’Adrian Smith, avec des albums comme « Brave New World », « Dance of Death », « A Matter of Life and Death » ou « The Final Frontier, » confirmant la capacité du groupe à se réinventer sans renier son ADN. L’autrice rend hommage aux trois chanteurs qui ont façonné la légende, Paul Di’Anno, Blaze Bayley et bien sûr Bruce Dickinson, frontman iconique et showman hors pair.
L’autre atout de Up The Irons réside dans son iconographie abondante et spectaculaire. Photos de scène, pochettes, affiches, visuels de tournée, chaque image raconte une époque. Impossible d’évoquer Iron Maiden sans Eddie the Head, mascotte devenue mythique. Punk famélique, momie vengeresse, marionnettiste du diable, soldat futuriste, alien ou samouraï japonais, Eddie a traversé les décennies comme un fil rouge cauchemardesque et narratif de l’imaginaire du groupe. Le livre montre à quel point cette figure a participé à la construction de l’identité du groupe, bien au-delà du simple gadget marketing. Les images de concerts rappellent la démesure des shows : décors monumentaux, foules immenses, Bruce Dickinson haranguant le public comme un général sur le champ de bataille. Une iconographie vivante, accessible, qui parlera aux fans de la première heure qu’aux nouveaux venus.
Avec « Iron Maiden – Up The Irons », Mélanie Kominek signe un hommage solide, généreux et documenté à l’un des groupes les plus influents de l’histoire du rock. Plus qu’un livre pour fans, c’est une plongée dans cinq décennies de heavy metal racontée avec passion, clarté et un vrai sens du récit. Un ouvrage pour celles et ceux qui veulent comprendre pourquoi Iron Maiden reste un demi-siècle plus tard le patron incontesté du metal. Qu’on se le dise !
« Iron Maiden – Up The Irons »
Par Mélanie Kominek
Rock & Folk Éditions
