PRINCE CHARLES AND THE CITY BEAT BAND « Stone Killers »

Prince CharlesVoici 42 ans dans BEST GBD succombait à la déflagration du punk funk mutant de Prince Charles. Car après Chic à NY et Prince à Minneapolis, c’est à Boston que surgit la funkitude aussi éclatée qu’éblouissante de ce jeune leader du City Beat Band. Hélas après trois albums seulement publiés chez Virgin, Prince Charles quitte le devant de la scène pour se concentrer sur son nouveau job de super producer, œuvrant avec succès pour Mary J Blige, Toots and the Maytals, Sting ou encore Aretha Franklin sans oublier la réalisation du mythique « L’école du micro d’argent » de IAM et des albums de Daddy Nuttea, Oxmo Puccino, Alliance Ethnik ou encore Ophélie Winter. Flashback ….

Prince CharlesPublié dans le numéro 181 de BEST sous le titre

 

FUNK CITY

 

University Park Station : à deux pas de la bouche du métro, juste derrière le mafia kiosque à journaux, j’ai découvert la machine qui inspire le Prince de Boston, alias Charles Alexander. Glissez un quarter dans son slot, la fente réservée à cet effet. et activez sa programmation « Hello, the talking Coca Cola machine » et une musique au synthé résonne dans le H.P. Attendez un peu avant de jeter votre second quarter et la machine ne tardera guère à vous apostropher : « You gotta put more money. You gotta put more money. You gotta put more money. » A Boston, même la machine à Coke la plus débile sait rapper : «Cash (Cash Money) », exactement comme le master hit de Prince Charles et son City Beat Band, un funk synthétique qui défonce la tête aussi sûrement qu’un poing américain. Lorsqu’on est noir, de toutes façons, on est bien obligé d’apprendre à se battre. Coince entre le Massachussetts Institute of Technology (MIT) et un peu plus loin Cambridge University, le quartier noir de Boston est une bande étroite qui s’étend jusqu’au fleuve. De tous les quartiers, le plus dur est sans conteste Roxbury. Un soir de 76, je me suis paumé dans le labyrinthe bostonien, ce qui arrive fréquemment dans la mesure où les rues ont ici un tracé zarbi : elles fonctionnent en pointillé, disparaissent derrière un block pour continuer et s’interrompre à nouveau un peu plus loin. Paysage d’épouvante, la nuit dessine des ombres étranges à ces vieilles baraques de bois croulantes plantées dans des jardins chaotiques. Sans le savoir, je m’étais offert un tour de Roxbury by night, la jungle où le caïd est un rapper de choc. Cette nuit-là, j’aurais pu croiser Prince Charles et son gang, leaders of the new funk. Que croyez-vous, les révolutions dans le rock éclatent rarement dans les banlieues résidentielles. A Londres ou New York, l’explosion ravage d’abord les ghettos économiques ; Boston n’échappe pas à la règle. L’énergie, la hargne, le chien, les gosses de riches en sont trop souvent immunisés. Les grands fauves rugissent lorsqu’ils ont l’estomac vide. Alors ils se mettent à rêver à la sarabande infernale des billets verts : Cash… Cash Money, le blé qui vous file entre les doigts. Prince Charles a des dollars au fond des yeux, une soif infernale qui le tenaille et qui l’entraîne jusqu’au funk de la rage. La musique du City Beat Band est créative parce qu’elle déchire au rasoir le cocon sucré et confortable de la musique noire.

Prince CharlesPrince Charles assume sa condition de rockeur nègre, au lieu de la refouler il ose la revendiquer. Dans un univers rock plus pâle que la Maison Blanche, c’est un pari difficile. Jusqu’à présent, seuls Prince à Minneapolis et Chic à New York ont su sauter le pas des barbelés de la ségrégation ; Prince Charles est en passe de les défoncer. Ça n’est pas un hasard s’il déboule d’abord sur le circuit rock. Aux U.S.A., le groupe est distribué sur le cassette-label ROIR en compagnie des NY Dolls, de Johnny Thunders, de Vico, des Bush Tetras, etc. A New York, la nouvelle alchimie de la dance music mélange le rock et le funk pour agiter les corps bicolores. Fuck the ghetto, Prince Charles n’a aucune envie de chanter « I luv you babe ». C’est un rapper bluffeur, un frimeur, il est aussi l’enfant secret du bon Docteur Funkenstein. Comme Clinton et son Parliament/Funkadelic, Charles détourne la technologie à son profit. Synthés dans l’écho, boites à rythmes et micro-processeurs de toutes les couleurs, Charles et son brillant producteur Tony Rose offrent au funk un lifting au cutter. Moins commercial que Grand Master et ses Cinq Furieux, moins sado-maso que Prince, moins gluant que Rick James, leur funk évolutif est aussi corrosif que l’acide, « Stone Killers » reflète tous les flashes urbains, les arcades de jeux électroniques, les allumés de la vidéo, les bandes de B-Boys qui sillonnent la nuit.

Prince Charles Charles P.C. Alexander aime les filles aux gros seins et il le chante. Il aime la jungle de béton et il la vit. Ce funk-là dégage autant qu’une centrale atomique. A vingt-deux ans, sa musique déborde de ‘speed et de folie. Il la dessine comme un comic strip à l’aérographe où les phylactères sont des bulles chargées comme un orage cris, hurlements, bastons, crissements de pneus, « Stone Killers » est une déflagration, une lame de fond. Dans une Amérique où les petits funkeurs British font la loi, Prince Charles, son gant clouté lancé en avant, fonce à l’assaut des charts,et  gare au choc. Avec des titres comme « I’m A Fool », « Big Chested Girls » ou le hit « Cash (Cash Money) ) », Charles et son City Beat Band forment le parapluie nucléaire de la dance music américaine, une force offensive percutante comme une bordée de missiles Pershing. 5.4.3.2.1… Action : tes pistes de danses de l’hexagone se transmutent ipso facto en une jungle aux lianes de béton. Et soudain… ahaaahaaaouh…surgit une forme en slibard léopard ; croyez-le ou non, Prince Charles saura vous prouver que Tarzan était bien noir.

 

Publié dans le numéro 181 de BEST daté d’aout 1983BEST 181

 

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