KEREN ANN : « You’re Gonna Get Love »

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Keren Ann 1

Keren Ann by Amit Israeli

Que de miles parcourus depuis « La biographie de Luka Philipsen » ! 16 années et 7 albums – sans compter une myriade de projets- plus tard, Keren Ann est incontestablement devenue l’une de nos plus brillantes « song-writer ». Et elle le prouve à nouveau avec « You’re Gonna Get Love », ce nouvel album où la chanteuse néerlando-franco-israélienne transcende ses peines et ses rires, ses douleurs et ses bonheurs pour nous les faire partager, comme un cadeau aussi pur qu’émotionnel.

KEREN ANN:"You're Gonna Get Love"Impudique et poétique, ce nouveau Keren Ann est aussi un hommage à toutes les influences, majoritairement américaines, qui ont, au fil des années, façonné son style. Composées entre New York, Paris et Tel-Aviv, les trois villes du monde où elle a élu domicile, ces 11 chansons sont autant d’instantanés, envoyés comme autant de cartes postales, pour nous faire voyager dans nos têtes. D’abord, tout commence par une jolie promesse avec « You’re Gonna Get Love », et dans ces temps troublés de haine et de violence, cette preuve d’amour se révèle particulièrement bienvenue. Comme son nom l’indique et comme la majorité des compositions de ce CD, c’est une « love-song », mais au-delà des sentiments profonds, Keren Ann nous entraine dans la chaleur moite du sud profond, du côté de ce bayou de Louisiane où éclosent les chansons de Dr John et des Neville Brothers. Elle n’a jamais caché sa passion pour la trilogie des héros du rock que sont Dylan, Springsteen et Cohen. Et c’est justement l’ombre tutélaire de Leonard qui plane sur le second titre « Bring Back », dont la nonchalance nostalgique me fait aussi un peu songer à Suzanne Vega. Le style Keren Ann, ce sont aussi toutes ces années de travail pour façonner un folk qui semble aussi direct et dépouillé que ce « Separated Twins ». Sans doute la composition la plus touchante est la nostalgique « Where Did You Go », écrite à la mémoire de son père disparu bien trop tôt, sans avoir pu connaitre sa petite-fille Nico- qui peut encore douter du culte que KA peut vouer aux héros du rock qu’étaient les membres du Velvet Underground Lou Reed, John Cale…et Nico-. La date du 13 juin 3010 est hélas exacte, c’est bien le jour de la disparition de son papa. Et la référence à « Fly Me To the Moon » qu’ils écoutaient ensemble est aussi avérée. Tout comme le « she’s a lot like you » qui souligne la troublante ressemblance entre son père et sa fille. Musicalement, on songe à la délicatesse de James Taylor et à ce supplément d’âme que l’on retrouve chez Joni Mitchell.

Cerise sur le cake

Keren Ann 2

Keren Ann by Amit Israeli

On dirait le sud…chantait Nino Ferrer, telle est la première impression à l’écoute du blues « My Man’s Wanted… ». Mais là, en l’occurrence, c’est bien du sud des USA dont il s’agit. Sa voix nous transporte au cœur du bayou avec une puissance qui rappelle fortement le swamp-rock de Tony Joe White. Simple is beautiful…et elle le prouve avec « You Knew Me Then » où la simplicité touchante d’une voix posée sur une simple guitare sèche peut faire des merveilles. Mais il faut patienter jusqu’à la 9éme plage pour atteindre LA perle de ce CD. C’est encore une de ces « love songs » dont elle a le secret. « Again and Again » a ce pouvoir intemporel qu’ont les compositions et les arrangements somptueux de Burt Bacharach-encore une des influences de la miss !- à faire battre les cœurs juste un peu plus vite. Enfin, « You’re Gonna Get Love » s’achève avec l’expérimental jazzy-folky « You Have It All To Loose » qui me rappelle un peu les ambiances du fameux« 99.9 F » de Suzanne Vega. Et, cerise sur le cake, contrairement à tant de chanteuses hexagonales qui s’essayent à l’Anglais avec un accent digne de Line Renaud, et sans pour autant perdre sa spécificité, l’anglais de Keren Ann est juste parfait. C’est aussi sans doute là que réside tout l’attrait pour cette chanteuse inclassable dont font preuve aussi bien les Américains que les Chinois. On peut dire qu’avec cet album-là, on n’est pas loin du « sans-faute », ni de l’aspirant aux prochains « meilleurs disques de l’année ». «Bien joué, Callaghan !», comme le disait si bien Dirty Harry. Bref, « Youre Gonna Get Love »…check,promesse tenue !

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