LES NEGRESSES VERTES A LA MAROQUINERIE

Negresses VertesMercredi dernier à Paris, les Négresses Vertes ont fait souffler un vent de folie sur la Maroquinerie. Entre rock, java, ska et rythmes méditerranéens, le groupe a enchaîné ses tubes dans des versions électrisées, transformant la salle en véritable piste de danse. À un an de leurs 40 ans, les chansons n’ont pas pris une ride, même si JCM et moi nous pouvons nous lamenter qu’aucun nouvel album n’ait été publié depuis déjà 26 ans…

Negresses VertesPar Jean-Christophe MARY

Il est 20 h 50 lorsque l’accordéon de François « Cizzko » Tousch entonne les premières notes de « La Valse ». Un air familier pour les fidèles des Négresses Vertes, qui savent déjà ce qui les attend. Les musiciens rejoignent progressivement la scène. Quelques instants plus tard, la machine est lancée. Mercredi 14 octobre, à la Maroquinerie, le « Zobi Tour » tient toutes ses promesses : une soirée généreuse, populaire et furieusement dansante.
Le concert démarre tranquillement avec « C’est pas la mer à boire », avant que « Voilà l’été » ne fasse grimper la température. Le titre emblématique se pare d’arrangements chaloupés, tandis que Stéfane Mellino, guitare Gretsch rouge en bandoulière, entraîne ses complices dans un mélange de rock, de reggae et de ska. Les accents orientaux affleurent, les cuivres répondent à l’accordéon : la signature des Négresses Vertes est intacte, mais le son s’est enrichi au fil des années.

Sur « L’Homme des marais », le batteur Matthieu Rabaté impose une frappe puissante et précise. Derrière lui, la formation avance d’un même élan. Puis vient « Hey Maria », hommage à Helno, le chanteur historique du groupe, disparu en 1993. « Une chanson qu’il aimait beaucoup », glisse Stéfane Mellino. Les cuivres s’élèvent, le public commence à se déhancher. L’absence d’Helno reste une blessure dans l’histoire du groupe, mais son esprit continue de planer sur ces chansons.n Pas question de laisser retomber l’ambiance. « La Faim des haricots » et « La Danse des Négresses Vertes » déclenchent les premiers refrains repris en chœur. Puis les premières notes de « Zobi la mouche » retentissent. L’accordéon lance son motif entêtant, la guitare de Stéfane Mellino s’envole dans une échappée arabo-andalouse et les rythmes électro-raï prennent le relais. Dans la fosse, les bras se lèvent. La Maroquinerie se transforme en dance-floor.

Negresses VertesPrès de quarante ans après sa création, le morceau conserve un pouvoir fédérateur redoutable. Les générations se mélangent, les paroles fusent et les corps suivent le mouvement. C’est là toute la force du groupe : faire cohabiter la gouaille de la chanson française, l’énergie du rock, la java populaire, la rumba gitane et les musiques du Sud, sans jamais donner l’impression de juxtaposer les influences.n « Et maintenant, une histoire de famille… » annonce Stéfane Mellino avant « Famille heureuse », aussitôt repris par la salle. Iza Mellino prend ensuite le devant de la scène sur « Les Mégots », portée par une rythmique ska bondissante et un remarquable solo de trombone. Avec « 200 ans d’hypocrisie », le groupe retrouve sa veine contestataire, porté par un riff de guitare sec et tranchant. « Les Yeux de ton père » se musclent à leur tour, dans une version franchement rock. Sur scène, chacun apporte sa pierre à l’édifice. Iza Mellino mêle voix et percussions avec une présence communicative. François Tousch fait de son accordéon le fil rouge du spectacle. Les cuivres de Michel Ochowiak et Gwen Badoux donnent du relief aux mélodies, tandis que Matthieu Rabaté entretient une tension rythmique permanente. Stéfane Mellino, lui, ne tient pas en place et descend dans la fosse pour danser au plus près des spectateurs. Loin de figer son répertoire dans la nostalgie, le groupe le réinvente par touches successives, en osant des développements électro qui donnent à plusieurs morceaux une dimension presque hypnotique.

Negresses VertesVers 22 heures, après une courte pause, les musiciens reviennent avec « Face à la mer ». Les voix d’Iza, de Stéfane Mellino, de Michel Ochowiak et de Gwen Badoux se mêlent sur les accents arabisants du morceau. Puis arrive « Bodega ». Dernière salve, dernier appel à la danse : la version électro-dance pousse la salle à son comble d’enthousiasme. Aux saluts, Ritier Rota, le frère jumeau d’Helno, rejoint les musiciens sur scène et remercie le public. Un moment chargé d’émotion, qui rappelle combien l’histoire des Négresses Vertes reste liée à celle de leur chanteur disparu. À 22 h 30, la salle est conquise. Depuis leur émergence sur la scène alternative française à la fin des années 1980, les Négresses Vertes ont bâti un répertoire à part, capable de faire danser autant que de raconter une époque. Leur relecture scénique lui offre aujourd’hui une nouvelle jeunesse, sans sacrifier son âme populaire. En 2027, le groupe fêtera ses 40 ans. Au vu de cette soirée parisienne, il n’a rien perdu de son goût pour le partage ni de son incroyable capacité à mettre le public en mouvement. À la Maroquinerie, la fête n’était pas un regard dans le rétroviseur, mais bien une histoire qui continue de s’écrire.

All pix by JCM

 

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