LAURENT VOULZY « 21 Souvenirs »
Trois mois après son show à Pleyel, c’est déjà le grand retour de la Voulze dans les colonnes de Gonzomusic avec ce « Best of ». Depuis près d’un demi-siècle, les chansons Laurent Voulzy semblent toujours flotter entre deux époques, deux rives et deux cultures : la France de l’enfance et celle des souvenirs, les Antilles rêvées et la Bretagne, la chanson française et la pop anglaise. Avec « 21 Souvenirs », son premier véritable best-of, Voulzy compose une traversée de son imaginaire, où chaque mélodie paraît conserver la trace d’un été, d’une rencontre, d’un paysage ou d’une chanson entendue autrefois. De « Rockollection » à « Jeanne », de « Le Cœur grenadine » à « Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante », cette sélection raconte la carrière d’un artiste qui n’a jamais cessé de transformer ses nostalgies en chansons populaires. Encore une chronique furieusement enamourée signée de JCM, notre number one LV fan !
Par Jean-Christophe MARY
Laurent Voulzy (Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=laurent+voulzy ) est un cas à part dans la chanson pop française. Compositeur, arrangeur, guitariste, multi-instrumentiste et interprète, il a toujours cultivé une esthétique reconnaissable entre toutes : des mélodies limpides, des harmonies sophistiquées, une fascination intacte pour la pop anglo-saxonne et cette lumière particulière venue des Antilles. Né à Paris en 1948 et marqué par ses origines guadeloupéennes, il grandit avec les Beatles et les Beach Boys autant qu’avec la chanson française. Cette double appartenance constitue l’un des fils rouges de son œuvre.
Elle trouve sa véritable révélation dans sa rencontre avec Alain Souchon au milieu des années 1970. Souchon écrit les textes, Voulzy compose et arrange : une mécanique à deux têtes qui donnera naissance à quelques-unes des chansons les plus immédiatement identifiables du répertoire français. « Rockollection », en 1977, en constitue le manifeste. En près de douze minutes, Voulzy et Souchon mêlent récit autobiographique et extraits de tubes pop rock des 60’s. La chanson est à la fois un hommage à une génération et une déclaration d’amour à la musique qui les a construits.
Deux ans plus tard, « Le Cœur grenadine » prolonge ce désir de raconter les souvenirs d’enfance. Sous ses couleurs tropicales et sa légèreté apparente affleure le souvenir du déracinement, l’absence du père, l’enfance partagée entre Paris et les îles. Chez Voulzy, le soleil n’efface jamais complètement la mélancolie.
Cette tension entre lumière et nostalgie traverse aussi « Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante », sans doute l’une des chansons qui résument le mieux son identité artistique. Deux îles, deux horizons, deux imaginaires : la Bretagne et la Guadeloupe. Derrière la carte postale se dessinent la solitude, la différence, la recherche des origines et le besoin d’appartenir quelque part. La chanson touche parce qu’elle transforme une histoire personnelle en émotion universelle.
Avec « Le Soleil donne », en 1988, Voulzy et Souchon élargissent encore cette thématique. Plusieurs langues, plusieurs cultures et une même lumière composent une chanson humaniste dont la simplicité apparente cache un travail musical particulièrement élaboré. Quatre décennies plus tard, Voulzy l’enregistre avec ses quatre fils, Julien Voulzy, Cliff Schneider, Lieutenant Nicholson et Quentin Voulzy. La chanson devient alors une affaire de transmission, comme si la mémoire musicale changeait simplement de génération. « Le Pouvoir des fleurs » prolonge cette veine universaliste. La chanson défend la paix, la nature et la possibilité de transformer le monde autrement que par la force. Son apparente naïveté participe précisément de son efficacité : elle appartient désormais à une mémoire collective, reprise notamment par les Enfoirés et les Kids United. Mais « 21 Souvenirs » ne réduit pas Voulzy à ses chansons les plus solaires. Le disque fait aussi entendre l’amoureux, le rêveur, le séducteur. « Désir, désir », avec Véronique Jannot, joue sur le trouble et la sensualité avec une élégance très années 1980.
« La Fille d’avril » transforme une année entière en calendrier amoureux. « Amélie Colbert » fait ressurgir les couleurs de la musique antillaise, tandis que « Jeanne » révèle une autre facette, plus romanesque, presque cinématographique. Le second disque insiste davantage sur son tropisme britannique. « Karin Redinger », « My Song of You » ou « Derniers Baisers » témoignent de cette façon qu’a Voulzy de faire entrer dans la chanson française une certaine idée de la pop anglaise à grands renforts de mélodies aériennes, d’arrangements raffinés et de nostalgie élégante. Avec « Les Nuits sans Kim Wilde », le clin d’œil devient presque autobiographique. Voulzy admirait la chanteuse au point d’enregistrer systématiquement ses passages télévisés. Les mots de Souchon transposent cette fascination en chanson, chanson où Kim Wilde participa aux chœurs et aux passages parlés. Enfin, « Paradoxal Système » rappelle la sophistication du tandem Voulzy-Souchon. Extrait de Caché derrière, le titre met en musique une contradiction sentimentale : plus l’amour s’éloigne, plus le désir semble s’intensifier. Toute la méthode Voulzy est là : faire paraître simple ce qui est musicalement subtil, et transformer une émotion intime en refrain immédiatement mémorisable. Dans cet auto-portrait en 21 chansons, Laurent Voulzy y apparaît tel qu’il est depuis ses débuts : un passeur entre les générations et les cultures, un artisan méticuleux qui a fait de la nostalgie une couleur, de la mémoire un territoire et de la douceur une véritable signature. Pour ceux qui l’accompagnent depuis « Rockollection », cette compilation réveillera des souvenirs. Pour ceux qui le découvrent, elle révèle son répertoire demeure vivant. A noter que Laurent Voulzy poursuit sa tournée à travers la France avec une ultime date parisienne annoncée le 29 janvier 2027 au Grand Rex. A bon entendeur…
