GRACIE ABRAMS « Daughter From Hell »
Je les entends déjà vociférer des « nepo baby » horrifiés à l’écoute du nom de famille de Gracie. Abrams… oui, comme JJ le réalisateur producer de « LOST », « FRINGE » et autres sequels de « Star Wars ». Fille à papa ? Indubitablement, mais… car fort heureusement il y a un mais…la jeune native de New York, épaulée par le the National Aaron Dessner, se révèle bigrement talentueuse, sur ce mode folk pop où elle excelle, quelque part entre Joni Mitchell et Maya Hawke en passant par Kate Bush et Suzanne Vega. La preuve par ce 3ème CD au titre bien décalé de « Daughter From Hell » qui doit bien faire rigoler son cinéaste de paternel !
Délicate. Intimiste. Sensuelle. Rêveuse. Boudeuse. Charmeuse. Rieuse. Gracie. Abrams est toutes ces filles à la fois et bien d’autres aussi. Certes sa musique à la fois simple et mélodique, folk et acoustique, pop et insouciante ma rappelle une autre fille à papa-maman, Maya Hawke ( Voir sur Gonzomusic ). Même génération et un peu même style, certes mais la jeune Gracie a sa propre personnalité dont elle développe ses multiples facettes avec art dans ce troisième épisode de ses aventures avec ce titre carrément provoc qu’on attendrait plus du côté des vociférations d’un Marylin Manson que de la gracieuse Gracie. Tout démarre sur « Hit the Wall » un peu Suzanne Vega phrasé à la Joni Mitchell, voix haute pour poperie climatique et entêtante pas loin d’une Billie Eilsih. Effet rafraichissant immédiat. Puis « Death Wish » et sa guitare acoustique intemporelle débarque façon new folk, une voix délicate pour des mots chuchotés, comme si Gracie nous chantait au creux de l’oreille pour partager tout son lyrisme, tout son enthousiasme. Et surtout nous insuffler en précieux oxygène ce sentiment de proximité. Avec « The Knife » à l’intro piano où une voix sensuelle et féline, aux feulements à la Kate Bush, se révèle simple et touchante, comme un direct à l’uppercut. Sans doute une des compositions majeures de l’album. Quant à la chanson-titre, « Daughter From Hell » malgré ses riffs rageurs, elle se laisse largement porter par la passion, un peu à la manière de Dolorès la chanteuse des Cranberries. Retour à la quiétude intimiste avec « Good Reason » chuchotée en toute sensualité acidulée, sur les traces de Lana Del Rey. Puis la slow délicate « Men Like You » monte peu à peu en puissance, propulsée par sa mélodie insouciante qui me fait songer à Sharon Van Essen, mais en plus pop. « Sober » et sa guitare acoustique qui magnifie sa voix sussurée pour un bel hymne à la …sobriété.
« Broke My Heart » est plus baroque, presque classique habitée par la passion et la douleur, mais avec une jolie popitude à la Stevie Nicks… not bad ! Avec « Mews » et son piano voix, là on dirait carrément Juliette Armanet mais je dois avoir des hallucinations auditives… quoi que ! Dans « Minibar » Gracie retrouve sa légèreté comme Tegan et Sara, presque comme du Selena Gomez, un écho des Bangles aussi … bref voilà une insouciance qui paye. « Imaginary Friend » est un retour à la simplicité, voix guitare sèche, lorsque avec « Afflictions » Gracie retrouve sa voix de petite fille pour nous transporter en toute harmonie dans son pays des merveilles et c’est une incontestable réussite. « Humming » marque un retour au style Joni Mitchell des débuts lorsque « Cold Goodbyes » mélancolique et tendre est chantée presque a capella et c’est tout simplement irrésistible. Enfin « What If It’s Right ? » est le bouquet de feu d’artifices du CD avec le duo en compagnie de Marcus Mumford ( Voir sur Gonzomusic ) où leurs deux voix conjuguée s’unissent parfaitement en toute simplicité, sur une guitare quasi flamenco, comme au début d’une love story. Si après tout cela vous n’êtes pas touchés par la grâce de Gracie…
