EXTREME ET DEF LEPARD A BERCY

Def LepardMercredi soir, l’Accor Arena accueillait une double affiche qui ressemblait à une réunion de famille. Pas seulement celle de Def Leppard et d’Extreme, mais celle de toute une génération. Dans la fosse Gold, la plus chère de la salle, on retrouvait les adolescents des Adidas Nastase, des Peugeot 103 SP, des vestes en jean couvertes d’écussons cousus par nos mères, des magazines Best, Enfer Magazine et autres Metal Attack, des chroniques d’Hervé Picart et des photos de Jean-Yves Legras. Quarante ans ont passé mais l’émotion de l’ami Salim Zein reste forgée dans un métal forcément inoxydable.

 

 

Def LepardPar Salim ZEIN

Les cheveux sont devenus gris, parfois absents, les silhouettes un peu plus épaisses, les visages portent désormais les marques du temps. Les rares jeunes présents accompagnaient souvent leurs parents, parfois même leurs grands-parents. Pourtant, dès les premières notes, tout ce petit monde retrouvait instantanément ses seize ans.

Le propre des légendes est qu’on les idéalise. On les imagine figées dans les années où elles ont bouleversé notre vie. Puis les lumières s’éteignent, les musiciens entrent en scène, et une question s’impose : comment vieillit une légende ? La réponse est venue de la première partie. Extreme, que beaucoup avaient enterré avec la vague grunge, est revenu porté par un homme exceptionnel : Nuno Bettencourt. Né dans l’archipel portugais des Açores avant d’émigrer très jeune aux États-Unis, il incarne à lui seul une certaine idée du rêve américain. À bientôt soixante ans, il semble défier les lois du temps. Guitariste virtuose, chanteur remarquable, showman drôle et élégant, il possède cette qualité rare que les Américains appellent le cool. Il n’a jamais voulu être le nouvel Eddie Van Halen ; il est devenu Nuno Bettencourt, ce qui est probablement encore plus difficile et bien plus cool ! Après avoir accompagné Janet Jackson, Rihanna ou Steven Tyler et participé récemment au concert d’adieu d’Ozzy Osbourne, il revient aujourd’hui avec Extreme comme si le temps n’avait aucune prise sur lui. Il joue avec une facilité insolente, sourit constamment, plaisante avec le public, improvise et semble prendre autant de plaisir qu’à ses débuts. Le problème, c’est qu’après une telle démonstration, Def Leppard devait entrer en scène.

 

ExtremeLes Britanniques arrivent avec une production gigantesque : écrans LED, déluge de lumières, effets spéciaux et animations vidéo. Malheureusement, ces dernières paraissent incroyablement datées, comme sorties d’un logiciel de motion design du début des années 2000. À plusieurs reprises, les écrans prennent presque le pas sur les musiciens. C’est d’autant plus paradoxal que Def Leppard n’a jamais été un groupe de vedettes individuelles. Contrairement à Van Halen, KISS ou Aerosmith, leur véritable force réside dans le collectif. Tout le monde connaît Photograph, Animal, Hysteria, Love Bites ou Pour Some Sugar on Me, mais combien de spectateurs seraient capables de reconnaître Joe Elliott ou Rick Savage dans la rue ? Chez Def Leppard, les chansons sont devenues plus célèbres que ceux qui les interprètent. Dès lors, cette volonté permanente de mettre les membres en gros plan paraît presque inutile. Les gars, on ne vient pas vous voir pour les écrans. On vient pour vos chansons.

Def LepardIl serait cependant injuste de s’arrêter à cette critique, car Def Leppard demeure l’un des plus extraordinaires symboles de résilience du rock. Pete Willis quitte le groupe à cause de l’alcool, Steve Clark disparaît emporté par ses addictions, Rick Allen perd un bras dans un terrible accident avant de réinventer entièrement sa manière de jouer grâce à une batterie adaptée, tandis que Vivian Campbell poursuit depuis des années son combat contre le cancer. Peu de groupes auraient survécu à autant d’épreuves. Eux l’ont fait, sans jamais renoncer. Le moment le plus révélateur de la soirée survient lorsque Def Leppard invite Nuno Bettencourt à les rejoindre sur scène. L’idée est excellente… mais presque cruelle. Dès qu’il apparaît, les regards convergent vers lui. Sans jamais chercher à voler la vedette, il l’accapare naturellement par son énergie, son élégance et sa présence. Comme si le temps avait décidé de l’épargner.

extremeEn quittant l’Accor Arena, je regardais les visages autour de moi. Ils racontaient tous la même histoire. Le temps passe, les corps changent, les idoles vieillissent. Mais certaines chansons continuent de nous ramener instantanément à l’époque des Adidas Nastase, des Peugeot 103 SP et des rêves de gamins. C’est peut-être cela, finalement, une légende : non pas un artiste qui défie le temps, mais une musique qui le traverse.

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