LES MERCURIALES « L’exil loin des slows »
Deux ans après leur élégant « Les choses m’échappent », Les Mercuriales reviennent avec ce nouvel album dominer à nouveau de leurs vertigineux trente étages notre scène rock hexagonale. La formation de JP Montal persiste et signe, assumant à nouveau ses influences légendaires du Velvet/Lou Reed à Bashung en passant par Dylan ou Gainsbourg, avec cette fois la présence radieuse de Jill Caplan sur l’un des titres-phare de ce « L’exil loin des slows ».
On ne décide pas sans raison de se baptiser des plus hautes tours jumelles d’Europe occidentale dont les antennes-radio de la porte de Bagnolet dominent à 175m générant des interférences radio qui perturbent tout de même 40 000 foyers. Ce côté trublion, empêcheur d’écouter en rond sans doute, c’est la face cachée des Mercuriales ; car en optant pour ce nom de groupe, son chanteur leader Jean Pierre Montal ne peut clamer son innocence. L’été 2024 son premier album avait trouvé un écho positif dans ces colonnes ( Voir sur Gonzomusic LES MERCURIALES « Les choses m’échappent » ), son successeur qui poursuit dans la même veine ne pouvait donc nous laisser indifférent. Tout démarre par l’irrésistible « La face nord » où la voix parlée-chantée est portée par une guitare acoustique et une trompette, pour une balade irrésistiblement Dylanesque où le chanteur-auteur décline sa mélancolique et vibrante poésie urbaine… qui nous donne forcément envie de le suivre dans cette ascension jusqu’au bout. Puis la climatique « L’autre nuit » reflète l’autre influence majeure du groupe, soit Lou Reed solo ( « Kicks ») ou avec son étourdissant Velvet Underground (« Femme Fatale ») dans un titre intemporel aussi puissant qu’enivrant par l’ivresse des cuivres et de sa flute néo-psychédélique. La suivante, « La méthode Canadair » est un blues folk parlé/chanté incisif aux lointains échos du « I Want You » des Beatles porté par son texte énigmatique. Puis on reste forcément un peu sans voix avec « Les stars du muet » intrigante et addictive, voire carrément planante au sens Pink Floyd du terme, façon Gilmour, avec un je ne sais quoi de Bashung, boosté par les vocaux angéliques de Nathanaëlle Hauguel pour ce qui constitue sans doute le titre le plus catchy du disque.

Les Mercuriales by Guillaume Mobster
Si « En circuit court » aux airs assumés de John Cale est un pari gagné sur le spleen, on tombe vraiment sous le charme avec « Mode d’emploi du monde » où la voix scotchante de Jill Caplan, qui donne la réplique à Jean Pierre Montal, fait des miracles coté chair de poule en version Nico revisitée. Enchainé à « Mode d’emploi du monde tome 2 » qui prolonge dans le furieux et puissant barrissement des cuivres façon free jazz la composition en morceau de bravoure. Puis tout s’achève sur la chanson-titre « L’éxil loin des slows » à la mélancolique mélodie aux accents d’un rock crépusculaire entre Dylan, Bashung, Capdevielle et Springsteen capable sans doute de faire battre nos cœurs juste un peu plus vite… mais juste un instant… puisqu’un « Générique de fin » intimiste et pourtant si bavard, chuchoté comme un Gainsbarre modèle country-music clôt vraiment ce bel album en apothéose climatique et fort entêtant.
