WOODKID : Le bois dont on fait les héros !

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Yoann Lemoine alias Woodkid est un drôle de personnage. Timide d’apparence derrière sa barbe noire, il est paradoxalement prêt à accomplir toutes les prouesses. Et en seconde position juste après les Daft Punk, il est sans doute l’artiste le plus plébiscité cette année hors de nos frontières comme dans l’Hexagone.

Lyonnais d’origine, Yoann se lance d’abord avec succès dans l’illustration avant de devenir le vidéaste attitré de Drake, Rihanna et surtout de Lana Del Rey. Mais sa rencontre avec Richie Havens, le guitariste-héros de Woodstock va bouleverser son patronyme comme le cours de sa vie.

« C’est drôle mais j’ai un lien un peu privilégié avec Woodstock car j’ai eu la chance de rencontrer Richie Havens pour le tournage d’un documentaire. » explique-t’il, « Nous avons travaillé durant une semaine, j’ai fait un film sur lui et il m’a offert ma première guitare qu’il a choisie de signer…et c’est lui qui avait ouvert le Festival de Woodstock. En l’occurrence, cela n’a pas de rapport direct avec Woodkid, mais c’est drôle car l’origine du projet est un peu basée là dessus. Car c’est sur cette guitare là que j’ai fait mes premières chansons et ce sont sur ces maquettes là que j’ai signé sur le label indé GUM. Comme quoi tu vois il y a peut être un lien, mais la réalité du nom Woodkid c’est vraiment sur le contenu des paroles de cette continuité qu’il y a dans l’album. C’est l’histoire d’un gamin, qui a une vision quasiment Tharkovskyenne. C’est un gamin qui est fait de bois tendre …et avec le temps il devient un peu adolescent, et il va se retrouver confronté à la sexualité, à la religion , à l’armée…à toute une série de thématiques que j’évoque dans l’album, il va petit à petit se pétrifier : littéralement se transformer en pierre. Woodkid c’est un peu un enfant de bois qui devient un mec de pierre. »

 

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Première salle parisienne…le Grand Rex !

Avec « Iron » un premier maxi publié en 2011, Joann joue à fond le pouvoir du buzz et gagne son pari, remplissant un Grand Rex chauffé à blanc avec un show à couper le soufle. Surfant sur sa médiatisation internationale le projet Woodkid est alors mis sur orbite avec l’enregistrement du CD-concept « The Golden Age » où l’artiste se met littéralement à nu, revendiquant aussi bien ses racines juives que son homosexualité militante.

« La religion est un des fondements de l’album… », poursuit le chanteur, « C’est vraiment un rite d’initiation sur la mort de l’enfance. La transition sur le passage de l’âge adulte. Ce que j’ai raconté sur cet album, ce sont les origines Polonaise de ma famille. J’étais notamment très intéressé par ce qu’on appelle la transmission inter-générationnelle, toutes les espèces de cicatrices de famille, les secrets gardés, les valeurs d’éducation qui pour ma part sont héritées de la seconde guerre mondiale chez les miens, notamment du traumatisme de la famille juive de laquelle je suis issu…C’est de là que vient cette fêlure profonde, c’est qu’après la seconde guerre, ma famille traumatisée par la Shoah à renié son nom, passant de Makoviak à Makovski et est devenue athée, « oubliant » ses origines. La famille a effacé sa religion comme évidemment tant d’autres à ce moment-là. On n’a pas vécu l’holocauste mais c’est dans notre sang, dans nos gènes comme une transmission génétique de la douleur. J’en parle de manière sérieuse parce que je l’ai justement développé cela dans cet album-là. »

De l’incroyable « I Love You » à « Iron » en passant par « Run Boy Run », Wookid ne se distingue pas seulement par son super accent gagné de haute lutte à force de résider aux USA mais aussi et surtout par ses arrangements « Guerre des étoiles » comme si « Atom Heart Mother » du Floyd percutait Depeche Mode en choc 2.0.

« Ma démarche c’était : j’ai beaucoup d’envies musicalement…mais je ne suis pas un virtuose de la musique ; je lis des partitions sans être un virtuose » affirme t’il . « Mais pour ce projet-là, au lieu d’aller marcher sur les plates-bandes de plein d’autres gens, je souhaitais inventer ma propre grammaire musicale, ma propre charte d’instruments. J’avais envie de faire de la pop car ce sont des chansons pop, mais j’avais besoin de créer un panel d’instruments et de textures de sons qui n’aient rien à voir avec la pop. Je me suis dit : on ne va utiliser aucune batterie classique, aucune guitare sur l’album, aucune basse…et beaucoup de synthés…mais planqués ! J’avais besoin de créer cette identité-là dans ma musique. »

Le « garçon de bois » se projette invariablement dans le futur et c’est comme s’il était doté du super-pouvoir d’ubiquité. Lorsqu’il n’apostrophe pas Jeanne Marine sur Twitter, Woodkid prépare activement son premier long métrage où tout est forcément « larger than life » (plus grand que dans la vie) tout en se produisant inlassablement avec son show monumental tout autour du globe jusqu’aux Festivals de l’été de Solidays au Berlin Festival en passant par le Paléo et tant d’autres. Jamais à court de projet, il travaille aussi sur un ballet avec l’artiste concepteur JR et supervise, excusez du peu, la direction artistique de Pharell Williams après avoir réalisé le remix le plus couillu de son « Happy » en version « sad », Joann est décidément taillé dans ce bois dont on fait les héros.

 

(publié dans l’Encyclopédie du Rock Français 2014                            Edition Le moi et le reste/Iéna éditions)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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