GREG ZIAP AU ENGHIEN JAZZ FESTIVAL

Greg ZiapGreg qui ? Greg Ziap, voyons, le type toujours à coté de Johnny Hallyday sur scène avec son harmonica. Et si Johnny n’est plus là, ça n’est pas une raison pour zapper Ziap, bien au contraire. La preuve par ce live au Théâtre du Casino Barrière d’Enghien-les-Bains, où l’ancien harmoniciste de Johnny Hallyday a su faire battre un peu plus fort le petit cœur de JCM en revisitant sérieusement le répertoire de son ex-patron. Fort heureusement, une petite coupelle de champ backstage nous l’a revigoré, lui permettant ainsi d’assurer jusqu’au bout sa mission.

Greg ZiapPar Jean Christophe MARY

Vendredi 3 juillet, au Théâtre du Casino Barrière d’Enghien-les-Bains, Jessie Lee et le guitariste Alexis Didier ont ouvert le bal avec une élégance remarquable. Sans jamais chercher à en faire trop, le duo installe immédiatement une atmosphère où le blues retrouve sa noblesse originelle. La voix puissante, habitée et nuancée de la chanteuse dialogue avec une guitare aussi subtile qu’expressive. Une entrée en matière idéale qui rappelle combien le blues demeure le socle de toute cette histoire musicale. Lorsque les lumières s’éteignent à 22 heures, Greg Zlap apparaît seul sur scène. Quelques notes de Toute la musique que j’aime suffisent à faire monter l’émotion, bientôt prolongée par une fougueuse version de Gabrielle. Le concert affiche immédiatement son ambition : retrouver l’énergie brute du rock sans jamais sombrer dans la nostalgie.

Avoir accompagné Johnny Hallyday pendant près de dix ans, partagé 282 concerts avec celui que le public continue d’appeler le Taulier, expose inévitablement au risque de vivre dans l’ombre d’une légende. Greg Zlap choisit précisément le chemin inverse. Il ne cherche jamais à ressusciter Johnny, il en prolonge l’esprit. Avec Greg Zlap, l’harmonica n’est pas un simple instrument. Il devient une voix à part entière, capable de remplacer un chant, de prolonger une émotion ou de porter seul toute la tension dramatique d’un morceau. Cette singularité trouve sans doute son origine dans le fait que le musicien est dans le partage avec le public. « Johnny m’a dit un jour : « Tu ne joues pas de l’harmonica, tu chantes avec ton harmonica. » » Toute la soirée semble illustrer cette phrase. Rarement un harmoniciste aura autant engagé son corps dans son interprétation. Greg Zlap habite littéralement sa musique. Chaque déplacement, chaque respiration, chaque mouvement accompagne le phrasé musical. Le geste ne relève jamais de l’effet de scène. Ce soir, l’instrument devient presque invisible tant le musicien semble faire corps avec lui.

Greg ZiapSi les grands classiques occupent naturellement une place importante — Mon Cœur qui bat, Je te promets, L’Envie, Les Portes du pénitencierou encore Allumez le feu —, ils deviennent avant tout un terrain d’expression pour un musicien qui revendique autant ses racines blues que son goût du rock américain. Le set acoustique, introduit comme un clin d’œil aux concerts de Johnny Hallyday, constitue l’un des moments les plus justes de la soirée. Souvenirs, souvenirs puis Blue Suede Shoes retrouvent une simplicité presque intimiste avant que les musiciens ne s’offrent quelques solos aussi sobres qu’efficaces. À aucun moment la virtuosité ne se transforme en démonstration technique. Les échanges avec le public demeurent simples, chaleureux, presque fraternels. Lorsque l’artiste descend dans les travées sur L’Envie, le théâtre abandonne sa retenue habituelle pour retrouver les allures d’une salle de rock. Au rappel, seul en scène, Greg Zlap interprète Que je t’aime à l’harmonica. Sans les paroles, il parvient paradoxalement à faire entendre chaque mot. La salle entière reprend le texte tandis que l’instrument en épouse les inflexions avec délicatesse.

Greg ZiapLorsque retentissent les premières notes d’Allumez le feu, Greg Zlap n’a plus besoin de diriger le public. Les spectateurs deviennent naturellement les derniers interprètes de cette soirée où la musique aura constamment circulé entre la scène et la salle. Le mérite de Greg Zlap tient précisément dans cet équilibre. Son concert ne relève ni de l’imitation ni de la célébration nostalgique. Il assume pleinement l’héritage de Johnny Hallyday tout en affirmant une identité musicale forgée par le blues, le rock et une remarquable sensibilité d’interprète. La qualité de la première partie, assurée par Jessie Lee et Alexis Didier, contribuait d’ailleurs à inscrire cette soirée dans une même filiation musicale, où le blues apparaissait moins comme un style que comme une langue commune. Dans un paysage où les hommages se multiplient souvent au détriment de la personnalité de ceux qui les portent, Greg Zlap rappelle que l’on peut faire vivre une mémoire sans jamais cesser d’être soi-même.

 

All pix by JCM

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