HERBIE HANCOCK : THE ROCK HITER

Herbie HancockVoici 42 ans dans BEST GBD avait le privilège de tendre son micro à une jeune légende vivante du jazz, un Herbie Hancock amphétaminé par le pouvoir naissant du hip-hop made in NYC et des séquences électro-choquées du Material de Bill Laswell qui produisait et interprétait à ses côtés le bien nommé « Future Shock », propulsé jusqu’aux sommets par son hit aussi irrésistible que sur-vitaminé « Rockit ». Flashback…

Herbie HancockDe ses débuts aux côtés du mythique Miles Davis à seulement 23 ans, en passant par ses exploits avec les héros du label Blue Note ou sa complicité avec Chick Corea, le natif de Chicago aura su explorer de son art tant de courants musicaux, mais en 1984 c’est incontestablement avec « Future Shock » et son tube si novateur qu’Herbie Hancock trouve enfin son Saint Graal. On peut dire que j’ai eu une chance incroyable de rencontrer ce puissant « Rock Hiter » à ce moment si particulier de sa carrière, d’autant que j’avais justement interviewe le leader de Material  à peine un an auparavant ( Voir sur Gonzomusic LIVING IN THE MATERIAL WORLD

 

Publié dans le numéro 187 de BEST sous le titre :

 

ROCK HIT

Herbie Hancock alpiniste des charts ! Et en France! « Rockit » sur toutes les ondes en indicatif, générique, jingle, virgule, insert. « Rockit» en AM, FM, GO et PO. A quarante-trois ans notre chicagoan n’en revient pas. En collaboration avec le gang Material, Bibie Hancock scratché et vocoderisé marque incontestablement le son des années 80, et c’est enfin la ruée vers l’or des royalties. Dommage qu’il ne chante pas Herbie, car son rire est des plus musicaux Allongé sur un canapé il a ôté ses chaussures pour me raconter qu’il s’est décidé d’arrêter de fumer pour la douzième foi.

Scratchin’ !

Herbie doit être un noceur fou, un tireur de pistes de disco, non ?.

Pas du tout » rétorque-t-il, «je n’y mets jamais les pieds et j’ajoute que je suis un danseur exécrable. »

Et le raz de marée radiophonique déclenché par  « Rockit » ?

«J’en suis le premier surpris », continue Herbie d’un ton badin. « Aux USA ce style de musique ne passait jamais sur les antennes. Même les radios black ne voulaient pas prendre de risques. Une station comme KJLH qui appartient & Stevie Wonder ne balance que du mellow funk mélodique, alors le scratchin’ ! Pourtant, ces mêmes radios diffusaient bien ma musique auparavant, ça ne les empêche pas de programmer « Rockit ». Je crois surtout que je suis arrivé à temps. Voilà seulement quelques mois, les ondes n’étaient pas du tout prêtes à accepter ce style de son. Depuis longtemps, je voulais travailler avec l’équipe Material ; ils vivent à New York et sont en prise directe sur ce style de musique. Moi entre temps j’avais écouté le « Bulfalo Gals » de McLaren et j’avais déjà accroché au son. Lorsque j’ai retrouvé Bill (Laswell) et Michael({Beinhorn) il ne nous restait plus qu’à scratcher en cœur. »Herbie Hancock

Scratchin’ !

Titillez un peu votre mémoire, dans leur dernière interview accordée a BEST, Laswell m’annonçait un super Tour d’Europe pour Material. La tournée ne s’est jamais concrétisée car ces jeunes gens-là n’ont pas su résister à l’appât du gain : une fructueuse production vaut mieux qu’un tour galère. Le succès de « Rock it » prouve qu’ils n’ont pas mal misé. A l’origine Mat et Rial ne devaient produire que deux titres de « Future Shock », mais Hancock a fini par craquer l’album fut donc enregistré au studio OAO de Material a New York et au Garage Sound, le studio personnel d’Herbie sur Doheny Drive à Hollywood, à deux pas du Roxy.

« Je n’avais jamais utilisé ce studio de manière professionnelle auparavant » reprend Hancock, « c’était juste un endroit pratique pour faire quelques maquettes. Cette fois, j’ai loué un 24 pistes et une console pour enregistrer. Maintenant, je suis devenu accro, j’ai besoin d’un studio en permanence pour créer de manière autonome. »

Scratchin’ !

Dans le clip ultra-futuriste de « Rockit » tourné par Kevin Godley et Lol Creme ( Voir sur Gonzomusic GODLEY & CREME « Ismism » et aussi  LA MESHUGA DE KEVIN GODLEY ET LOL CREME ), Herbie est l’unique homo sapiens égaré dans une foule de robots. Ca tombe bien puisque notre Hancock est un véritable freak de l’ordinateur, un violon d’Ingres qui le fait jongler allègrement avec les micro-chips.

Le « Choc Futuriste » Herbie le vit au quotidien !

Herbie HancockÀ la maison, je collectionne les ordinateurs, j’ai un Apple II Plus, un Apple III et Lisa, le dernier né de Ia série, un précurseur du software intégré compatible avec un word processor. Je mets tout et n’importe quoi en mémoire comme Je budget de ma tournée 84 par exemple. Je joue avec les chiffres. L’ordinateur me sert aussi d’aide-mémoire pour emmagasiner des adresses ou les numéros de série de mes synthétiseurs. Même ma famille est atteinte du syndrome de l’ordinateur, la preuve Jessica ma fille de treize ans se fait tous les jours son petit « War Games»

La dernière visite d’Herbie Hancock dans l’Hexagone remonte à juillet dernier, mais a I’époque sa musique était bien différente puisqu’il interprétait du jazz acoustique. Electriquement parlant, Herbie ne s’est pas produit en France depuis déjà trois ans. Je suis assez curieux de voir la bobine de son public au Casino de Paris fin janvier prochain. Des jazzeux, certes, mais aussi des funkeux, des rappeux, des scratcheux et toute une faune qui était jusque là insensible à sa musique. Qui sait, on y verra peut-être aussi débarquer quelques robots…

 

Publié dans le numéro 187 de BEST daté de février 1984

Best 187

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.