QUAND LYNN GOLDSMITH ÉTAIT WILL POWERS

Voici 42 ans dans BEST GBD capturait dans son filet à papillons l’une des deux plus fameuses photographes rock de l’univers, en la personne de Lynn Goldsmith dont l’objectif a clic clac kodaké à peu près tous les Dieux vivants de la musique des Stones à Dylan en passant par Patti Smith, les Ramones, les Talking Heads, les B52’s et tant d’autres. Cependant en ce début d’année 84 Lynn s’était métamorphosée en Will Powers, artiste fictive electro-funky, tout de même produite par Todd Rundgren, qui sortait son premier LP l’étrange hybride entre dance-music et thérapie mentale. « Dancing For Mental Health ». Surprenante rencontre.

Lynn Goldsmith On connait tous dans l’Hexagone ces plumitifs ou ex-plumitifs ayant œuvré sur la musique qui se rêvaient depuis toujours sous les spotlights d’une scène triomphant la guitare au poing comme le Che son AK 47. Mais à l’exception notable de Patrick Coutin et de son inoxydable « J’aime regarder les filles » ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Patrick+COUTIN ) tous ces efforts n’ont le plus souvent jamais été couronnés de succès. Quant aux photographes là j’avoue ne pas avoir d’exemple en tête à l’exception de Jean Baptiste Mondino et son maxi marrant « La danse des mots », de photographes chantants. C’est dire si la démarche originale de Lynn Goldsmith m’avait intrigué. D’abord le choix de l’alias : Will Powers, soit la force de conviction. Car son « Dancing For Mental Health », enregistré sous la houlette de Todd Rundgren  ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Todd+Rundgren%C2%A0 ),  au-delà de son côté dansant est une ode au respect de soi-même et à la motivation déclinant dès le premier titre « Adventures In Success » dans quel état d’esprit vous devez être pour rejoindre la bonne voie qui mène à la réussite. La preuve par son propre succès qu’elle partageait avec BEST voici près d’un demi-siècle. Flashback….

 

Publié dans le numéro 186 de BEST sous le titre

 

SESSIONSLynn Goldsmith

 

Qui a dit que le monde du rock and roll était le plus sexiste des bouillons de culture ? Prenez la photo, par exemple quels sont les photographes les plus côtés de la planète ? Des shooters assidus de Play-boy Mag montés comme des John Waynes ? Pas du tout. La photo rock aux U.S.A. est squattée par les femmes ou plus exactement deux d’entre elles : Annie Leibovitz, rédactrice en chef-photo de Rolling Stone, et la prolifique Lynn Goldsmith qui deale désormais ses œuvres à travers sa propre boîte de distribution : Lynn Goldsmith Incorporated. Depuis longtemps je désirais tenir l’une de ces deux photographes à la pointe de mon micro. Le hasard agité du bocal du monde de la création phonographique et artistique allait me servir Lynn « Rock and Zoom » Goldsmith sur le plateau d’argent d’un douillet restau des Halles. Lynn, ou plutôt son alter ego pop star et graveur de vinyle, Will Powers – littéralement Force de Conviction- dont le premier LP, « Dancing For Mental Health », vient de sortir chez Island (dist. Phonogram). Avant de devenir notre voyeuse rock préférée, Lynn a suivi un étrange itinéraire. Elle attaque la musique par son travers en bossant pour la promo de chez Elektra où elle opère entre autres sur les Doors, mais elle se lasse vite des faux semblants des relations publiques. Elle exhibe son diplôme de réalisateur décroché dans son Michigan natal, filme des concerts pour la télé et assiste à la naissance de la vidéo. Elle décroche même un show régulier sur ABC. Mais le démon la domine elle plaque ABC le jour où Newsweek publie son tout premier shot. Rien de très surprenant, un jour où l’autre, Lynn devait finir par se retrouver confrontée à un micro comme le Pierrot Gourmand face à sa sucette. Ainsi, après les micros prestigieux de Compass Point, Londres et New York, Will Powers affronte ceux de ses confrères journalistes.

Lynn Goldsmith « Je Jure de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. (Elle lève la main droite et la pose sur la Bible Rolling Stone). J’avoue : celle qui a produit l’album de Will Powers, c’est moi. Certes, ma responsabilité est pleinement engagée, mais j’ai quelques complices cousus dans le même sac que moi. Je pense à des artistes comme Robert Palmer, Sting, Carly Simon, Ellen Foley, Todd Rundgren, Nile Rodgers, David Sanborn, Steve Winwood, Tom Bailey des Thompson Twins, Warren Beaty, Karen Allen, qui ont prémédité cet album, comme tous ceux qui croient avec nous dans cette Force de Conviction.

 

Puis-je avoir quelques éclaircissements sur la personnalité de Will ?

 

Will, c’est mon plus proche copain. Il ne m’a jamais refusé son aide et, grâce à lui, j’ai toujours réussi toutes mes entreprises. II a toujours su me pousser dans le sens de l’aventure. Will est entré dans ma vie aux prémices de l’enfance, j’ai donc l’habitude de le pratiquer : voilà pourquoi je tiens à le faire partager aux autres. »

« Dancing For Mental Health » est un curieux concept, dont les différents degrés d’humour s’emboîtent comme des poupées russes, une méthode d’autosuggestion à danser qui vous rayonne- X en deux coups de sillon toute l’étendue des marais pestilentiels reaganiens. Au bout de la dernière chanson, Smith est métamorphosé en Supersmith et Dupont en Superdupont. Tout au long de l’album, des personnages apparaissent comme dans une comedia del artel tout en rap et en tchatche. Des voix défilent comme les acteurs d’un film cinéma-vérité. Elles se racontent.

Bruce Springsteen by Lynn Goldsmith

Bruce Springsteen by Lynn Goldsmith

« À Detroit, ma ville natale, j’ai grandi parmi les sectes religieuses où les prêcheurs ont inventé le rap en jouant avec leurs ouailles lorsqu’ils mitraillaient leurs sermons. Les mots visent à obtenir certaines sonorités dont ils savent par avance l’action sur le subconscient. Notre voix parlée est un instrument de musique, au même titre que notre voix chantée, et il influe directement sur le comportement des gens. Ce qui m’a confirmé cette hypothèse, c’est la voix off utilisée dans les films éducatifs présentés dans les écoles. C’est une émanation de la National Education Association of America. Téléphone-leur, tu aboutiras directement sur le QG de la CIA à Washington. C’est excitant, tu ne crois pas, de découvrir tout le pouvoir que recèle une voix. Bien sûr, l’album n’est pas fait pour sauver la planète ; lorsqu’il révèle à ceux qui l’écoutent toute l’étendue de leur pouvoir, ils ont encore le Choix entre l’utiliser ou non.

 

« Dancing For Mental Health » est une sorte d’aérobic pour la tête. Es-tu la Jans Fonda du rock ?

 

Hé, je me sens très proche de fane. Regarde, elle était bien ronde et, grâce à son truc, elle a repris confiance en elle. De même « Dancing » aura été pour moi un exorcisme, une auto psychanalyse. Il faut apprendre à rire de soi, comme le temps qui passe vous transmute une tragédie en comédie. »

 

De James Brown à Jagger en passant par Bowie, une pléiade de rock stars ont posé devant son objectif. Lyon est un œil avec des oreilles et un cœur. On ne sublime pas ses modèles sans vibrer avec eux sur la même longueur d’ondes.

 

Lynn Goldsmith« Je veux créer des images pour ceux qui font la queue des jours entiers pour une place de concert car on n’a pas le droit de les arnaquer. Un jour Chrissie Hynde est venue à mon studio pour une séance. Elle m’a accordé vingt minutes et, face à la maquilleuse, elle a soudain refusé net en me lançant « D’abord Patti Smith n’a jamais mis une seule touche de maquillage » Ah ouais ? J’ai ouvert un tiroir où je rangeais les photos de Patti, les planches de « Easter » et quelques autres que tu as pu voir dans les magazines. Patti est un exemple parfait de l’influence d’un photographe sur l’image d’un artiste. Pour moi, Patti était une femme superbe et j’étais décidée à montrer qu’elle n’était pas l’androgyne qu’on croyait. En montrant ses seins, je dévoilais sa féminité. A la vue des photos, Chrissie Hynde a capitulé. Tu sais, j’ai photographié Dylan et c’est un de ceux qui ont le plus marqué ma vie. Pourtant, j’ai vu débarquer Richard Gers ou Jagger. Pour Dylan, c’est pareil Je suis photographe et ça ne me rend pas inférieure à un compositeur. Un jour, lors d’une séance, Jean-Jacques Burnei a commencé à m’agresser : « Sale capitaliste, tu te fais du blé sur notre dos et bla bia bia, » Je l’ai immédiatement confronté à la triste évidence : s’il n’était pas lui-même un sale bourge, à cette heure, il serait ailleurs en train de se pâmer en usine. Il était là pour dealer son vinyle nous étions sur la même barque et s’il voulait la baptiser capitaliste, j’étais okay avec ça. »

Publié dans le numéro 186 de BEST daté de janvier 1984BEST 186

 

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