LE FLOT TEXAN DE STEVIE RAY VAUGHAN

Stevie Ray VaughanVoici 43 ans dans BEST GBD retrouvait un des plus brillants pistoleros du blues rencontré à NY durant les précieuses répétitions du mythique « Serious Moonlight Tour » de David Bowie dans la foulée de son « Let’s Dance » à succès. Hélas, juste avant la tournée, le fougueux Stevie Ray Vaughan déclarait forfait et se retrouvait remplacé par Earl Slick. Mais avec la publication de son tout premier LP « Texas Flood », le virtuose guitariste texan débarquait à Paris, l’occasion rêvée de lui tendre mon micro pour connaitre le fin mot de l’histoire. Flashback…

Stevie Ray Vaughan by Pierre René-Worms

Stevie Ray Vaughan by Pierre René-Worms

Rencontré au SIR de Manhattan (Voir sur Gonzomusic DANS LA GENESE DU SERIOUS MOONLIGHT TOUR DE BOWIE ) j’avais pu être carrément scotché par la dextérité du guitariste texan de 28 ans du confort de mon canapé au fond du fameux studio de répétition. Stevie Ray m’avait alors gravement bluffé, tant il était un sacré personnage, le Stetson noir orné de broches d’argent toujours vissé sur le crâne, un coté bourru cachant une forte timidité et surtout une dextérité à la guitare digne d’un Hendrix, d’un Alvin Lee ou d’un Clapton.  J’avais d’ailleurs chroniqué son premier LP « Texas Flood » avec son groupe Double Trouble (Voir sur Gonzomusic STEVIE RAY VAUGHAN AND DOUBLE TROUBLE « Texas Flood » ). Hélas, sept petites années plus tard, l’immense Stevie Ray allait périr avec ses musiciens dans un terrible crash d’hélicoptère qui ramenait les musiciens à l’aéroport de Chicago après leur performance au Alpine Valley Music. L’absence de visibilité étant la cause probable de l’accident. Ce 27 aout 1990 nous aura volé un des meilleurs guitaristes jamais portés par cette planète. RIP Stevie Ray…

 

Publié dans le numéro 183 de BEST sous le titre :

 

AND DANCE THE BLUES

 

Sur la scène du Rock and Roll Circus (ex-Rose Bonbon), le guitariste se contorsionne sur son instrument. Ses doigts courent le long du manche comme s’il s’agissait du corps d’une femme. Il la balance sur ses épaules et joue par-dessus la tête. Où tu veux, quand tu veux, dans n’importe quelle position qui a dit que le blues étouffait sous les toiles d’araignées ? Avec Stevie Ray Vaughan, le blues palpite comme une artère gorgée de sang : il est vivant. « Texas Flood », son premier LP, porte le nom d’une chanson de LC Davis, mais c’est aussi le raz de marée qui peut nous submerger, l’alternative au pop’n’ rock’n’ funk qui domine l’ensemble de la production actuelle. Je sais ce que vous allez imaginer : mais qu’est-ce qui lui prend, à GBD, l’accro au new funk, à la pop et à toutes ces salades, II nous exhibe le blues vieux comme le monde comme s’il s’agissait d’un kilo de poissons fraîchement pêchés. So what ? Heureusement, mes oreilles ne sont pas totalement transmutées en feuilles de choux, merci pour moi, aussi, lorsque j’entends Stevie Ray Vaughan, je suis tout à fait capable de l’apprécier, la preuve. J’aurais pu rencontrer Stevie Ray au bar d’une cantina, aux fins fonds du Texas, en train de se faire sauter la tête à la XXX ( Tres X ) mexicaine. Né à Dallas, il vit à Austin depuis plus de dix ans comme Tommy, son bassiste, et Chris, son batteur. Mais comme vous ne manquez pas de mémoire, vous savez comme moi que notre première rencontre s’est déroulée, voilà quelques mois, au SIR, un studio de New York, où la bande à Bowie préparait sa tournée marathon sous la direction de Carlos Alomar. Or, deux jours avant le départ, Stevie Ray était mystérieusement remplacé par Earl Slick : que pasa New York? Dans sa chambre du Lutetia, Sèvres-Babylone, j’ai voulu éclaircir quelques détails avec notre blueseur, juste avant son concert parisien.

Stevie Ray Vaughan  and David Bowie

Stevie Ray Vaughan and David Bowie

 

 « Heu… ce qui m’a poussé à refuser de suivre David en tournée, c’est que son management n’a pas su tenir ses engagements à mon égard. Lorsqu’on m’a proposé le job, il était prévu que Double Trouble, mon groupe, ouvrirait tous les shows de la tournée. Juste avant le départ il n’était plus question de Double Trouble : je devais donc abandonner mon groupe au Texas pendant plus de six mois. Or, ma préoccupation essentielle, c’est le blues et rien d’autre.

 

Pourtant, la presse a publié tout un tas d’histoires à ton sujet où Il n’était question que de blé ?

Je sais, on a beaucoup parlé de dollars mais, crois-moi, on m’avait surtout fait tout un tas de promesses qui se sont évaporées à la veille du départ Je suis bien plus heureux avec mon groupe, notre groupe : Double Trouble. »

On parle un peu du Texas, des méduses bleues de Corpus Christi sur le golfe du Mexique, et je prends aussi quelques nouvelles de la famille Vaughan

 

« Elle va bien, merci ; Jimmy„ mon frère, joue toujours avec ses Fabutous Thunderbirds. Ils sont super, dommage qu’ils n’aient jamais eu de chance avec les maisons de disques, car elles n’ont jamais déployé aucun effort pour eux lorsqu’elles sortaient un de leurs disques, ils sont pressés en si petit nombre que c’est déjà un collector’s avant même d’être vendu.

 

Et comment va le blues aujourd’hui ?

 

Comme il a toujours été.

 

C’est le même blues ?

 

Je crois qu’il revient de plus en plus fort, car le public parait de plus en plus sensible au blues, une musique chargée de passion et d’émotion qui tranche sur tous les formats habituels du rock and roll.

Stevie Ray Vaughan

Chris Layton (le batteur) : Pour moi, le blues c’est exactement la même chose que les légumes les haricots, le riz, le blé. C’est toujours disponible et c’est si indispensable à la vie qu’on n’y pense même pas. On se contente de les manger, car, sans eux nous serions déjà morts.

 

Tu n’as jamais joué autre chose que le blues ?

 

On joue des tas d’autres choses mais qui sont très proches du blues c’est notre style, notre vie ».

Stevie porte un badge de Chester Burnett, alias Howlin’ Wolf, dont il reprend le « Tell Me » sur « Texas Flood ». Mais Vaughan ne serait pas Vaughan sans son Stetson légendaire, un superbe feutre fabriqué sur mesure et orné de boucles d’argent.

« Je mets mon Stetson avant mon caleçon ou mes chaussettes, c’est une habitude. Attention, ça n’est ni un chapeau de Zorro, ni un truc de cow-boy, c’est MON Stetson ».

Au R. and R. Circus, face à un public de jeunes matous bronzés, Stevie Ray déploie toute sa technique. Old blues, new blues : il panache ses compositions et celles de LC Davis ou d’Hendrix. Virtuose, il l’est jusqu’au bout des ongles, c’est un minimum pour réincarner Jimi. Mais avant tout, S. R.V. déploie une sacrée dose d’énergie, dommage qu’elle laisse pratiquement indifférent l’exécrable public du Circus. Comment les tirer de leur torpeur snob ? Parbleu, ils auraient dû suivre les conseils de Stevie Ray : si vous vous laissez submerger par le Texas Flood, procurez-vous quelques « jalopeños », ces mini piments verts tex-mex si explosifs et quelques galons de bonne bière glacée. Après cela, comment douter  un seul instant que le blues soit une fête…

 

Publié dans le numéro 183 de BEST daté d’octobre 1983BEST 183

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