LE (RE) TOUR DE SANANDA MAITREYA

Sananda MaitreyaC’est à Louvain, en Belgique, que démarre demain la bien nommée « Damn the Consequences Tour » (la tournée « Au diable les conséquences ») de l’immense Sananda Maitreya, que pour mémoire je comparais déjà à Prince et à Michael Jackson lorsque je l’avais rencontré pour BEST au milieu des 80’s lors de la sortie de son vaillant premier 33 tours, « Introducing the Hardline According to … ». Changement de siècle, de patronyme et retour aux sources pour savourer le privilège de voir un tel géant du rock sur des scènes aussi intimes que le Café de la Danse à Paris ou le Rockstore de Montpellier. Comme on disait au temps du pouvoir des fleurs : be there or be square !

Sananda MaitreyaMardi prochain, Sananda Maitreya sera avec son groupe The Sugar Plum Pharaohs sur la petite scène du Café de la Danse et foi de GBD c’est un show que je ne raterai sous aucun prétexte. Et pour cause, pour l’avoir déjà applaudi sur les planches du Palace puis du Zénith, lorsqu’il s’appelait encore TTDA ( Voir sur Gonzomusic  https://gonzomusic.fr/?s=Sananda+Maitreya), l’ami San est une bête de scène, un grand fauve roi de la jungle rock dont la performance ne saurait laisser quiconque indifférent. A la manière des grands matchs, lorsqu’on interroge le capitaine de l’équipe avant qu’il ne pénètre sur le terrain avec son équipe, j’ai tendu mon micro à l’artiste… heureux d’avoir enfin retrouvé le contrôle de sa musique avec la parution du coffret « Juvenilia : the Columbia Years » qui porte son nouvel alias de Sananda Maitreya.

« Hello Sananda. J’ai relu les vieux articles que j’avais écrit à l’époque à ton sujet et cela m’a rappelé que je t’avais déjà vu deux fois sur scène, une fois au Zenith. Bien sur c’était au siècle dernier mais je me souviens que c’était des shows assez incroyables. Et l’idée de te voir à nouveau dans une petite salle à dimension humaine l’est tout autant. Bon, je me doute que tu n’auras pas tous tes amis du grand orchestre symphonique de tes amis du Budapest Art Orchestra, mais à quoi devons-nous nous attendre au Café de la Danse ?

 

Hé bien, tu peux t’attendre à plonger dans un continuum qui démarre avec mes tout débuts jusqu’à aujourd’hui, comme un échantillon de ce que j’ai été et ce que je suis. Bien sur c’est un peu comme le haut l‘iceberg et cela résume ce en quoi je crois être ma modeste contribution à mon époque.

 

Combien de musiciens t‘accompagneront au Café de la Danse ?

 

Je serai avec quatre musiciens, dont un batteur, un guitariste, un bassiste et deux claviers. Quant à moi, je jouerai de la guitare et des claviers et je chanterai… occasionnellement (rires). Donc nous serons cinq en tout et nous remonterons le temps jusqu’à mes débuts, pour arriver là où nous en sommes aujourd’hui. Tu sais Gérard, je dois t’avouer que cet été tout spécialement aura été riche en évènements pour moi car j’ai pu recueillir une somme aussi précieuse que considérable d’informations sur mon héritage génétique. Et pour moi c’était très riche en émotions car toutes ces informations concernant mes ancêtres m’ont bien entendu aidé à mieux comprendre qui j’étais et d’où je venais. Par exemple, j’ai découvert que j’avais majoritairement du sang amérindien dans mes veines. Et du coté de mon père je suis parvenu à remonter jusqu’au 16éme siècle. Nous comptions parmi les peuples premiers du continent au milieu les colons anglais et français. Plus de 95% des membres de mon peuple ont été décimés au cours d’un génocide assumé. Et ils ne sont plus là pour témoigner. Alors je tire une certaine fierté d’être ce que je suis, d’avoir pu survivre à cette quai totale annihilation de notre culture. Cela me permet e mieux comprendre pourquoi j’étais aussi catégorique en ce qui concerne ma contribution à la musique. Et j’ai toujours voulu qu’on se souvienne de moi pour avoir toujours tenté de diffuser ma propre vérité sans jamais céder à aucune compromission. Ma tribu Sioux …

 

… ah mais j’ignorais complètement que tu appartenais à la nation Sioux !

 

Elle comptait en fait trois branches les Dakotas, les Lakotas et les Nakotas. Moi je suis issus des Sioux qui ont refusé de quitter leurs terres pour s’exiler à l’ouest. Généralement dans la culture Américaine, Hollywood et les livres d’histoire ont choisi de graver dans les consciences que les Amérindiens étaient tous issus de l’ouest du Mississippi. Mais ceux qui se trouvaient à l’est du Mississippi, comme la branche sioux dont je suis issu, ne correspondaient absolument pas au stéréotype. On est ce que décrit Balboa, bien avant l’arrivée de Christophe Colomb, notre nation était leader Mais nous n’étions pas comme ces indiens des plaines avec leurs plumes et leurs chevaux montés à cru en lançant leurs yoooohooooo.  C’est ce qu’Hollywood a décidé de montrer, cette image caricaturale des Amérindiens. Mais ceux qui ont choisi de demeurer à l’est, ce sont les amérindiens oubliés.

 

Sananda MaitreyaUn peu comme la tribu perdue ?

 

C’est tout à fait cela. Car du coté de mon père nous n’avons pas uniquement des origines indiennes Sioux mais aussi et cela peut paraitre paradoxal mais il est aussi issu des premiers colons britanniques qui ont fondé Jamestown en Virginie.

 

Tu parles du Mayflower ?

 

Non, le Mayflower a accosté au Massachusetts.  Mes ancêtres étaient actionnaires de la Compagnie de Virginie, qui dirigeait le comptoir de Jamestown. Donc une partie de ma famille venait des indiens d’Amérique lorsque l’autre partie était issue des colons anglais qui cherchaient à leur voler leur terre. Toute l’ironie c’est que le sang de mon père réunit ces deux factions que tout opposait. Le petit fils d’un des fondateurs de Jamestown a épousé la fille du chef indien de la région, c’est ainsi que s’est formée la lignée de mon père. Je suis littéralement écartelé entre les deux cultures. On dit que le sang ne peut jamais mentir et très certainement cela me permet d’expliquer pas mal de choses par rapport à ce que je suis et qui je suis, pourquoi ma musique est ce qu’elle est et pourquoi je ressens une telle connexion avec l’Angleterre pour laquelle j’ai toujours eu cette sorte d’attirance magnétique.

 

Et il faut se souvenir que tu avais démarré ta carrière en Angleterre justement, comme Jimi Hendrix d’ailleurs !

 

Et j’ai aussi découvert j’avais aussi une ancêtre originaire de Rouen en Normandie. À nouveau, quand je contemple tous les horizons différents qui constituent ma lignée, tous les lieux où j’avais la sensation de me retrouver chez moi, ce qui inclue la culture française bien entendu, cela me permet d’expliquer tant de choses. Et de pouvoir vérifier la vieille maxime qui dit que le sang ne peut jamais mentir.

 

Pour revenir à ces concerts San, je présume que tu vas interpréter un certain nombre de chansons de tes debuts ?

 

La réponse est oui.

 

Et il va bientôt y avoir une seconde partie de ton dernier album-studio « Pegasus » ?

 

Le prochain projet sera intitulé « Pigeon Ballet ». Pegasus avait cet aspect mythologique, ce côté « Seigneur des anneaux » ou comme le « Leaves of grass » de Walt Whitman d’histoire jamais inachevée. Évoquer Prométhée Pandore et Pegase c’est une histoire que je peux poursuivre. Nous les qualifions de mythologie cependant elles nous sont transmises de génération en génération. Donc quelque part ce ne sont plus uniquement des figures mythologiques, mais tout simplement nos ancêtres.

 

Tu as aussi publié un album live depuis « Pegasus » ?Sananda Maitreya

 

Oui c’était pour documenter toute la dernière tournée que nous avons fait l’an passé à travers le Royaume-Uni intitulé « SMNUK  25 » et par conséquent c’était un moment vraiment monumental pour moi marquant mon retour en Angleterre où je n’avais pas donné de concert depuis 23 ans puisque c’était 2991 et en 2002.  Pour tout un tas de raisons à mes yeux l’Angleterre a toujours représenté quelque chose d’essentiel pour moi. Donc oui cette tournée avait un aspect particulièrement émotionnel pour moi et nous voulions en conserver une trace.

 

En dehors du Palace et du Zénith, tu te souviens de ton dernier concert à Paris ?

 

Je n’oublie jamais Paris ! Mais avant ce concert, je me souviens que j’avais accordé une interview à un journaliste, qui s’est révélé particulièrement agressif et m’attaquant sur mes choix, notamment celui de mon identité et aussi celui d’affronter de face les majors pour préserver mon indépendance artistique.

 

Quel type stupide ! Qui se soucie de savoir si u veux te rebaptiser Einstein ou Jules Cesar ? Ce qui importe vraiment c’est bien ce que tu es et ce que tu nous apportes la musique que tu inventes ! Ça me rend dingue qu’on veuille te juger là-dessus.

 

Tu sais comment cela fonctionne quand tu échanges avec un journaliste ou un media, parfois tu les récupères dans un mauvais mood lorsqu’ils tentent de projeter sur toi toutes leurs bad vibes accumulées que cela soit dans leur mariage ou à leur boulot. A la base je voulais me rebaptiser Schopenhauer mais cela aurait été un peu trop évident et puis c’était déjà pris e toute manière ! (rires). On me demande souvent pourquoi j’ai opté pour Sananda Maitreya… alors je leur réponds invariablement que Engelbert Humperdinck était déjà pris !

(rires)

 

Excellent… merci San pour ce très bon mot. Je sais que ton temps est serré donc une dernière question : que sera la plus grande surprise que tu vas nous réserver sur la scène du Café de la Danse ?

 

Je ne tiens pas à faire des promesses que je ne pourrais tenir, cependant je tiens à préciser un point : depuis des années, nous avons repoussé des offres de promoteurs qui voulaient nous programmer dans de très grandes salles, mais à la fois la France et l’Angleterre ont toujours eu un tel impact sur moi que je tenais à offrir le meilleur de moi-même aussi cela n’avait aucun sens pour moi de revenir si toutes les planètes n’étaient pas alignées. Aussi lorsque nous avons lancé ce projet l’an passé, il était clair pour nous que nous voulions démarrer face à un public de club. Car lorsque nous avons démarré, tout s’est passé tellement vite que nous n’avions même pas eu le temps de passer par la case clubs, avant d’embrayer directement sur les grands stades. Désormais grâce à la liberté que j’ai gagnée et le fait que je n‘ai de comptes à rendre à personne, à aucune major qui tenterait de me contrôler, je peux en profiter pour me présenter à nouveau au public dans l’environnement de mon choix. Voilà pourquoi nous jouons dans ces salles à dimension humaine où les gens ne sont pas parqués derrière des barrières comme des animaux.  Sans doute à un moment nous accepterons les offres de donner des concerts dans des salles plus vastes, mais pour le moment voilà pourquoi nous avons opté pour cette configuration pour cette tournée.

 

Quand tu utilises le verbe « re-introduce » tu sais à quoi cela me fait penser ? Au titre d’un certain premier LP si tu vois de qui je veux parler…

Sananda Maitreya

Oui lorsque je contemple l’histoire de ma famille de la Sicile à la France en passant par l’Angleterre, je remarque que ce schéma s’applique aussi à ma propre existence et que nous revivons en appliquant ce même schéma et par la compréhension que notre survie passe obligatoirement par cette faculté de se pouvoir se réinventer.

 

En tout cas te voir dans une salle aussi intime, c’est un peu comme aller voir les Stones à l’Olympia, non ?

 

Cette tournée a aussi un aspect particulièrement émotionnel pour moi, car mes fils sont désormais des ados c’est aussi une chance de pouvoir les emmener avec moi pour leur faire découvrir Paris et aussi Montpellier où nous allons jouer. Et c’est une expérience qui me semble tout aussi importante que leurs études. »

 

Sananda Maitreya and The Sugar Plum Pharaohs en concert

Mardi 20 octobre au Café de la Danse, Paris

Jeudi 29 octobre au Rockstore, Montpellier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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