LEVEL 42 AU 42ème NIVEAU
Voici 42 ans dans BEST GBD montait jusqu’au 42ème niveau pour rencontrer les Level 42. Il faut dire que ce 4ème LP téléportait le groupe de l’ile de Wight dans une toute nouvelle dimension, propulsé par les deux Earth, Wind & Fire, le claviers Larry Dunn et le bassiste Verdine White pour nous agiter de leur étonnant hit mix de jazz funky, de rap et de pop « The Sun Goes Down ( Livin’ It Up)» .

Level 42 by Jean Yves Legras
Weather Report pop ? Crusaders British ? Au cœur des années 80, les Level 42 contrastent carrément avec les couleurs monochromes de la New Wave. Et pour cause, la formation de l’ile de Wight offre sa recette experte de jazz, de blues et de funk pour tenter de gagner les charts. Tentative avortée sur les trois premiers albums, mais qui aboutira enfin avec ce « Standing in the Light » magnifié par le funk doré expérimenté de deux Earth Wind & Fire. Après ce succés initial, Level 42 voit hélas son line up exploser avec le départ des frères Gould. Le chanteur Mark King reste seul à bord tandis que différentes formations du groupe vont se succéder mais sans jamais retrouver le filon doré de cette année 1984. Flashback…
Publié dans le numéro 186 de BEST sous le titre :
TOP 42
Minoritaires, les jeunes britishs de Level 42 se sont accrochés à leur jazz rock poppy et ils n’ont pas eu tort : leur 4e LP est bien plus accrocheur que les précédents. Aussi, nous sommes nous rencontrés autour d’un café à l’Holiday Inn de la République, un couple d’heures avant leur prestation du Casino de Paris. Si Police est sous l’emprise des frères Copeland, Level 42 est noyaute par les frères Gould. L’un d’entre eux assure le management et les deux autres forment la moitié du groupe. Dans le salon de l’hôtel, je ne cache pas aux Leveliens toutes mes réserves sur leur musique, un jazz-rock timidement funky, un peu trop brouillon mon gout. Phil Gould admet bien les limites du 42éme niveau :
« Nos premiers albums étaient produits par un vieux réalisateur blues des sixties, un type super mais qui n’avait pas grandchose à exprimer au niveau des idées. On jouait, un point c’est tout et le son capture par l’ingénieur était conservé tel quel, sans modification. Le son était plat, en tous cas mai adapté à la musique d’aujourd’hui. Souvent les nouveaux groupes manquent de maturité, mais ils sont toujours accompagnés de quelqu’un qui des guide ; nous, nous avions plutot la bride sur le cou. Alors nous avons commis !’une après l’autre toutes les erreurs possibles. Cette fois, pour « Standing in the Light » nous avions avec nous en studio des décisionnaires pour extraire le meilieur de nous-mêmes. »
Phil Gould, le batteur et son frère Rowland dit « Boon », le guitariste, ont grandi sur l’ile de Wight, un triangle dans l’océan, célèbre pour ses festivals a la fin des sixties. Dix ans plus tard, la situation à Wight n’a guère changé ; que faire sinon de la musique. Les frêrots répèteront avec un bassiste insulaire, Mark King. Le trio se retrouvera au lycée en Angleterre et s’adjoindra un chanteur-claviers, Mike Lindup
« Ce que faisaient les autres groupes nous importait peu », lance Mark, « Ce qui nous liait c’est nos influences et nos idées sur la musique. On imitait Miles Davis, Herbie Hancock ou Mac Laughlin ».
En 82 les Earth, Wind and Fire tournent en Europe. Le soir, en trainant dans les clubs, ils découvrent Level 42. Larry Dunn se procure une cassette jouée en permanence sur la sono stéréo du car de tournée. Larry et Verdine White cherchaient justement un nouveau groupe croquer. À leur retour aux USA, ils contactent Level 42 et leur proposent une production. Les E, W and F brothers avaient leur petite idée derrière la tête…
« Je ne crois pas qu’ils aient essayé de nous transformer de A à Z », reprend Phil, « ils se sont contentés de nous rendre plus performants. Je crois surtout qu’ils avaient envie de nous voir réussir aux États-Unis avec un hit taillé pour les radios FM. » Level 42 grimpe dans les charts comma I’ascenseur express d’une tour infernale ; mais où diable sont-ils allés chercher un nom pareil ? « Notre premier gig était programmé pour dans une semaine et nous n’avions toujours pas de nom » raconte Boon, « Mark a suggéré 88, mais il y avait déjà un groupe à Londres qui s’appelait Rocket 88. Or nous étions tous fascinés par un bouquin de sciences–fiction satirique ( et une fameuse émission de radio de la BBC :NDR) intitulé « The hitchiker’s guide to the galaxy » (Le guide du routard des étoiles). Or, dans le bouquin tu rencontres un ordinateur qui a réponse a tout et y compris au sens de la vie. La réponse était 42, soit Level 42. C’est aussi l’équation de notre style, de notre personnalité. »
Sur la scène du Casino, Level 42 remporte un certain succès. Un public propre sur lui vibre sur ce funk jazz du 42° niveau, moi ça ne me fait pas cracher des bulles de savon. Ces garçons-là restent trop techniques à mon goût, les sensations ne sont pas assez directes : c’est un peu comme faire I’amour avec un préservatif ( en janvier 1984 Klaus Nomi était mort depuis seulement 6 mois et nul n’avait encore entendu parler du SIDA… la révolution sexuelle vivait son chant du cygne mais nul ne le savait encore : NDR) . A l’heure de la pilule et du stérilet, c’est un peu dommage.
LEVEL 42 « Standing in the Light »
Alors c’était juste une question de production ! Level 42, groupe funky britiche, s’engluait dans son jazz-rock un peu terne. Deux, trois, peut-être plus d’albums impossibles ingurgiter. Et, soudain, ce « Standing in the Light » parvient a me faire changer d’avis. Non parce que c’est génial ou l’un des albums de l’année, ou même le truc le plus groovy que j’ai écouté depuis « Yellow Submarine », simplement parce qu’il me donne envie de bouger. Cette fois, Level 42 jouait son va-tout, le super-banco étant un voyage à LA et une production Earth, Wind and Firerisée par Larry Dunn et Verdine White. Black is beautiful et ça marche. Wally Badarou et Paulinho Da Costa sont même engagés dans l’aventure, les Level et 42 méritaient bien ce coup d’épaule. Dès Ies premières mesures de « Micro Kid », on reconnait le doigté des Yankees. Touchés par le funk cosmique, nos petits britanniques semblent enfin s’être décoincés : on arrache la cravate et l’uniforme d’écolier, c’est la liberté ou jamais. Les vocaux rappellent étrangement le son E, W, and F, mais avec une naïveté qui les rapproche de Funkapolitan ou de Haircut 100. Après la paille humide des cachots de l’indifférence, Level 42 élève enfin le débat.
Gerard BAR-DAVID
Publié dans le numéro 186 de BEST daté de janvier 1984
